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vendredi 28 janvier 2011

Pensée unique

La pensée unique en Chine, c’est une réalité. Les médias – télés, radios, journaux – sont contrôlés par l’état. Les informations restent très factuelles et les rares colonnes d’opinion sont là pour supporter l’action gouvernementale.

Le gouvernement, c’est le comité dirigeant de cette incroyablement vaste organisation qu’est le parti. Le parti, c’est aussi l’administration – centrale, et provinciale – et les entreprises d’état. Les banques, paramètre important de l’action entrepreneuriale, sont toutes détenues par l’état-parti. Dans ces conditions, un jeune chinois à la recherche du succès dans sa carrière professionnelle a tout intérêt à suivre la voie que le parti a tracé pour lui. 

Les étudiants de Tsinghua forment une partie des futures élites de la république populaire de Chine. Ils sont donc des éléments clés, et l’organisation est bien rodée pour les garder dans le bon chemin. C’est par défaut – et non par choix personnel – qu’ils accomplissent les différentes étapes qui les mèneront jusqu’au statut de membre du parti. Beaucoup de rassemblements, de séances de discussions, de rapports à écrire, etc. Si les rapports ne sont pas dans la bonne ligne, on vous demande de le corriger, et cela se passe bien. Petit à petit, vous devenez formaté, sans vous en rendre compte, 不知不觉. Et vous atteignez finalement le stage de 觉悟, la compréhension. Souvenez-vous, c’était le cas de mon camarade Ye Changliu, l’an dernière.

Mais parfois certains étudiants ne manifestent pas un intérêt suffisant – ou pire, revendiquent une certaine opposition. A partir de ce moment là, c’est l’ensemble du système qui se retourne contre eux, et ils se retrouvent particulièrement isolés. 

En tant qu’étudiant étranger, j’ai évité cette voie d’intégration. J’ai cependant pu ressentir lors d’une occasion particulière l’incroyable pression que l’on peut ressentir lorsque l’on supporte une idée, même intérieurement, seul et contre tous. 

Témoignage (datant de septembre dernier) :

......


Tsinghua, une université qui a décidé que la meilleure stratégie pour affirmer sa position d’université de premier rang mondial était encore de le répéter haut et fort, à soi-même comme aux observateurs extérieurs, jusqu’à ce que chacun soit intimement persuadé de la chose.

Cette semaine des experts internationaux, venu des Etats-Unis, d’Europe et du Japon, rencontraient une sélection d’étudiants doctorants en provenance des deux départements de génie nucléaire de l’université. La sélection d’étudiants s’était faite sur la base d’un volontariat à la chinoise, en fonction des capacités à dialoguer en Anglais. J’avais aussi été convié, bien que non doctorant. 

Les experts internationaux, impliqués dans les domaines académiques et de la recherche, avait été convié par le président de l’université pour, selon leurs propres mots, établir un rapport qui permettrait de prendre les mesures nécessaires pour faire progresser nos deux départements. Progresser pour rejoindre le rang des universités mondiales les plus brillantes. 

Les experts internationaux étaient installés autour d’une table ovale, les élèves étaient placés tout autour de la salle, le long des murs. Une caméra pointait sur les élèves qui prenaient la parole.

Les questions posées furent globalement les suivantes :

  • 1) Que voulez-vous faire après votre doctorat ? Les cours que vous avez choisis correspondent-ils à cet objectif ?
  • 2) La coopération entre les deux départements proposant des majeurs de génie nucléaire est-elle bonne ?
  • 3) La communication entre les étudiants est-elle bonne ? Apprenez-vous beaucoup des interactions mutuelles entre étudiants ?
  • 4) Participez-vous régulièrement à des séminaires, des colloques ? Dans votre direction de recherche, comme dans d’autres ?
  • 5) Avez-vous des problèmes dans votre cursus ? Comment votre cursus pourrait-il être amélioré ? Que pensez-vous que nous puissions recommander au président de l’université pour améliorer vos études ?
  • 6) Pourquoi aussi peu d’étudiantes féminines ?
  • 7) Est-ce une grande difficulté de publier un article de niveau SCI ? Avez-vous des cours vous apprenant à rédiger un article scientifique en Anglais ? Les meilleures parutions chinoises sont-elles au niveau des parutions SCI en anglais ?
  • 8) Y a-t-il des élèves étrangers dans le département ? Voyez-vous en eux des compétiteurs au sein de votre université ? Etes-vous contents de les accueillir ?
  • 9) Espérez-vous travailler en Chine ou à l’étranger dans votre future carrière ?
Je me concentrerai sur les réponses aux questions 3, 5 et 8.

A la question 3, tous répondirent : « Oui, la communication est excellente, nous apprenons beaucoup des autres étudiants ». Mais ils se trahirent en s’empressant d’ajouter : « Nous avons des réunions de groupe toutes les semaines ». L’essentiel de la communication scientifique est concentrée dans une réunion de groupe qui a lieu une fois par semaine. Le reste du temps, il n’y a pas de partage. Et pour avoir assisté à des meetings de groupe, je pense que même dans ces moments là, il n’y a pas beaucoup d’apprentissage mutuel. 

A la question 5 : Rien à améliorer. Tout est parfait Les experts voulaient vraiment des réponses à cette question, et l’ont donc répété à maintes reprises. Ce qu’ils finirent par obtenir, c’est l’intervention de Yaoli (un des étudiants de mon professeur) : « Pourquoi voulez-vous que nous ayons des problèmes ou des complaintes ? Si nous en avions, nous en ferions tout de suite part à l’université, et les problèmes seraient tout de suite résolus. Là il n’y a pas de problème, c’est Tsinghua ici, le best of the best ! » 

A la question 8, il a malheureusement fallu que j’entre en scène. Alors que les experts me posaient des questions, je sentais sur moi le regard d’une trentaine de chinois persuadés que leur université était au tout premier rang mondial. « Pourquoi êtes-vous venus ici ? Comment l’université a-t-elle jugé votre niveau en vous acceptant ? Si vous deviez faire votre PhD, le feriez-vous à Tsinghua ? Non, où alors, et pourquoi ? » Imaginez à quel point j’étais embarrassé. En répondant que j’étais venu à Tsinghua avec la principale motivation de rechercher un environnement chinois, sans insister sur le niveau d’excellence de Tsinghua qu’ils revendiquent sur la scène internationale, je sentais que je trahissais le groupe, la caméra, mon prof par étudiant interposé. Terriblement mal à l’aise, j’ai demandé à ne pas répondre pourquoi je pensais qu’il serait plus intéressant de faire un PhD en France ou aux Etats-Unis. 

Avant de quitter la salle, les experts demandèrent au groupe s’il y avait des questions. « Comment rédigerez-vous votre rapport ? » demanda un étudiant. Un des experts répondit que le plan initial était d’utiliser les témoignages de cette discussion avec les étudiants pour rédiger une série de recommandations au président de l’université. Mais malheureusement devant la pauvreté des témoignages, ils allaient devoir revoir leur stratégie.

Zhang Yaoli qui avait affirmé que bien sur aucun élève n’avait de complainte ou requête est sorti de la salle en affirmant : « Ces experts, ce sont vraiment des branleurs, ils sont venu sans rien avoir préparé, ça n’a servi à rien ! »

Oui, ça n’a servi à rien.

vendredi 21 janvier 2011

Graduation : 2 mois de procédures

A la mi-novembre dernière, après de longues semaines de dur labeur consacrées à la rédaction et à la mise en page de ma thèse, celle-ci était enfin prête à être remise aux professeurs relecteurs. Je lançais ainsi la longue procédure d’évaluation de mon travail de recherche qui devait me mener à la cérémonie de remise des diplômes, deux mois plus tard. Je ne reviendrai pas sur les détails de cette procédure, peu intéressants, mais présenterai ici les facteurs qui ont fait de cette période une période psychologiquement difficile. 
  • Facteur n°1 : La menace
Entre la carotte et le bâton, Tsinghua a choisi le bâton. Chacune des étapes ponctuant la procédure de graduation est réglementée par une notice qui n’oublie jamais la traditionnelle mention « pour éviter de remettre en cause votre graduation ». Là où le bât blesse, c’est que les étapes en question ne sont pas forcément réalisables par le candidat. Je pense notamment à des documents à faire signer par des personnes absentes, un abstract de 3000 mots à entrer dans un cadre qui n’en accepte pas plus de 2000, un fichier zip à sauvegarder dans un espace qui n’accepte que des doc et pdf, etc. Le résultat, c’est le sentiment que la graduation peut vous voler entre les mains à tout moments sans que vous y puissiez grand chose.
  • Facteur n°2 : L’incertitude, ou l’art de manier le 应该…….吧.
Q : « Bonjour, mon camarade Hongwei a publié à la conférence internationale *** dont le niveau a été jugée suffisant par la commission d’évaluation des diplômes de Tsinghua, et a ainsi obtenu son diplôme en juillet dernier après avoir défendu sa thèse. J’ai publié dans la même conférence, pouvez-vous me confirmer que ma parution sera donc aussi jugée d’un niveau suffisant par la commission d’évaluation. »
A : « Hmm, étant donné que vous êtes soumis aux mêmes obligations, je dirai qu’a priori, votre publication a de fortes chances d’être acceptée »
Q : « Bonjour, une entreprise souhaiterait me convoquer pour un entretien hors du territoire. Je souhaite donc m’absenter durant quelques jours. J’ai consulté le calendrier des formalités et il semblerait que je puisse m’absenter 3 jours entre le **/** et le **/**. Pourriez-vous me confirmer que je ne louperai pas d’étapes importantes du processus de graduation en étant absent ces 3 jours ? »
A : « 嗯,应该没问题的吧 - Hmm, je dirai qu’a priori, ça doit être ok »

Bref, des « Il ne devrait pas y avoir de problèmes », j’en ai entendu beaucoup. Mais des réponses positives franches, bien rarement. Il faut dire qu’à Tsinghua les choses changent vite, avec très peu de préavis, et sans toujours se conformer à la logique ou aux règlements. Dans ces conditions, j’ai été amené à re-rédiger mon article pour le faire publier dans un journal de meilleur qualité, et je n’ai guère osé m’absenter de l’université, trop effrayé d’éventuelles convocations de dernières minutes auxquelles je devrai assister "pour éviter de remettre en cause ma graduation".
  • Facteur n°3 : L’isolement
J’ai accompli l’ensemble de la procédure de graduation seul. Non pas en tant que seul étranger, mais vraiment tout seul. Mes camarades chinois qui avaient initialement l’intention de candidater à la graduation ce semestre ont au final tous repoussé l’échéance au semestre prochain. Or c’est souvent grâce à mes camarades que j’obtenais les informations importantes du département, informations pas forcément bien relayées et/ou perdues au milieu de notices pratiques monstrueuses (Il y a besoin d’une notice de 8 pages pour décrire l’organisation de la cérémonie de graduation par ex). La conséquence de cela, c’est qu’il faut aller chercher l’information soi-même, se faire connaitre auprès des personnes importantes, s’assurer qu’elles ont votre email et qu’elles vous transmettront les informations, lire et extraire les informations importantes des notices, etc. Mais comme le soulignait très justement Grégoire, c’est au final un apprentissage à part entière, et cette aptitude à récupérer l’information pourrait se révéler utile dans le cas d’un boulot en Chine. Le côté négatif, c’est l’impossibilité de partager ses difficultés, car vous êtes seul à les affronter. Psychologiquement, ce fut éprouvant.
  • Facteur n°4 : La différence de standard
Je me souviens aussi être passé par des moments de grande frustration lorsque je me voyais imposer d’aller à l’encontre de ce que j’avais appris à considérer comme bien, ou mieux. J’illustrerai ceci sur un exemple particulièrement frappant. Les sauts de ligne dans un texte permettent par l’insertion d’espace de faire apparaitre divers paragraphes dont la délimitation spatiale reflète une certaine évolution dans la présentation des idées. Des blocs qui commenceraient en haut à gauche de la page de gauche et finiraient en bas à droite de la page de droite, peu adaptés à l’extraction rapide d’information, sont ainsi évités. Bref, l’utilisation de sauts de ligne dans la rédaction d’un rapport est un principe de base profondément ancré au fond de moi après presque 23 ans de standard français. Imaginez donc le sentiment de frustration quand H. Laoshi, très sympathique par ailleurs, m’a exprimé qu’elle ne validerait pas la mise en forme de ma thèse tant que je n’aurai pas supprimé l’ensemble de ces sauts à la ligne.

Pour toutes ces raisons, quand vendredi dernier je reçu enfin mon diplôme de Tsinghua, ce fut avec grande émotion, empli d’un sentiment de soulagement, et de libération. Il n’y avait pas cependant pas de sentiment de fierté. Je le regrette.

mardi 19 octobre 2010

Thèse et Grande Muraille

Ces dernières semaines je peine à conserver une écriture riche et dynamique de ce blog. Toute mon énergie rédactionnelle et tout mon temps passé derrière cet écran sont consacrés à l’écriture de ma thèse. 

Un sprint final lancé la première semaine de septembre lorsqu’une note d’information (étonnamment) tombée dans ma boite mail annonçait une date de remise de thèse pour le 12 novembre. Surpris par une date aussi avancée dans le semestre (plus de 2 mois avant la date officielle de graduation) je me lançais dans une course contre la montre. Tic tac tic tac. Deux mois pour finir mes travaux et rédiger la thèse, tout en évitant de rencontrer mon prof.

Pendant un mois, du matin au soir, j’accumulais les derniers résultats nécessaires pour boucler mon projet. Avec une date butoir et une idée précise de ce que je voulais obtenir, les choses avançaient vite. En consacrant toute mon attention à ce projet, mes idées restaient bien en place. Dans le même temps je réorganisais ma recherche dans un plan final astucieux qui saura peut-être, je croise les doigts, enfin convaincre mon professeur de la cohérence de ma démarche. 

Mercredi dernier j’éteignais mon ordinateur du labo à l’issue de ma dernière simulation. Tous les résultats étaient là. J'ai décidé de rester à la maison pour la suite de la rédaction de la thèse. Le labo est décidément trop bruyant, et l’environnement chinois ne m’aide pas à écrire ma thèse que j’écris en anglais. Je l’écris en anglais car si mon chinois est clairement meilleur que mon anglais à l’oral, l’équilibre est inversé à l’écrit. Ajouté à cela, l’anglais reste la langue internationale de la recherche, et je me vois mal valoriser une thèse dans le futur si elle est écrite en chinois.

Valoriser ma thèse, saurai-je vraiment le faire ? D’ailleurs, qui la lira cette thèse ? Les évaluateurs ? Il y a peu de chances. Les retours d’expérience montrent qu’ils se contentent généralement de l’abstract rédigé en chinois et placé en tête de thèse, ainsi que de la présentation orale qui suivra. Mes futurs employeurs ? Je ne souhaite pas m’engager dans une voie recherche, et je ne me sens pas contraint à rester dans le nucléaire dans ma carrière future. D’autres étudiants ? Effectivement, ma thèse sera lue par les étudiants qui me suivront dans la voix du design du réacteur hybride fusion-fission. Un lectorat qui reste malgré tout bien maigre. Le manque de lectorat potentiel explique la peine avec laquelle je m’échine à rédiger cette thèse. Une cinquantaine de pages sont maintenant finalisées, il en reste autant à reprendre…

La vision. L’une des 4 grandes qualités du leader. La vision, c’est l’objectif, c’est une image précise de la situation que l’on souhaite atteindre. De sa mise en relation avec l’image précise de la situation actuelle nait une vision tension. Comme un élastique tendu, la vision tension nous tire vers la vision

En ce qui concerne ma thèse la vision tension est maintenant bien ramollie. A l’inverse, ma vision la plus forte aujourd’hui est celle d’un emploi en Asie où je saurai partager les enseignements et conclusions des mes nombreuses expériences de ces deux dernières années. Aujourd’hui j’apprends à partager. Je fais le vieux-chouffe, comme on aurait dit sur le platal. Campus, excursions, voyages, mandarin, coutumes chinoises, etc. On ne m’a jamais autant dit que j’étais chinois ! Je préfère le titre de 内国人:)

Ce week-end j’emmenai un petit groupe d’amis sur la grande muraille. La grande muraille et moi, c’est une longue histoire d’amour. Je l’ai rencontré pour la première fois au printemps 2004 sur la section Jinshanling-Simatai. Elle s’étirait sur la cime des montagnes. Ses ondulations le long du relief inégal lui donnaient l’élégance et la puissance du dragon chinois. Depuis je l’ai revue maintes fois. Je l’ai revue torride sous les chaleurs brumeuses de l’été, je l’ai revue rougeoyante lors de la chute des feuilles automnale, je l’ai revue pure et étincelante, recouverte de neige hivernale. Je l’ai revue dans l’océan, je l’ai revue au fond d’un lac. Je l’ai revue assaillie par les touristes chinois, je l’ai revue abandonnée de tous, je l’ai revue en pleine santé, je l’ai revue effondrée. Tant de souvenirs !

Ce week-end, elle nous a accueillis sur sa section la plus intime : la redoutable et magnifique Jiankou. Je vous propose quelques photos, et pour le récit, comme dirait papa, je soustraite à Joanne : Jian Kou, the Great Wall hike


La troupe du jour


Au loin, Pékin


Imaginez des troupes armées dévalant le long de cette muraille, de tour en tour, jusqu'à la position de l'ennemi


A perte de vue, inarrétable


Joanne, respo couleurs vives


Resplendissante sous les couleurs du soir


Couleurs du soir, again



En position, faisant face aux hordes de barbares

lundi 20 septembre 2010

Thèse et Chinese Corner

Des nouvelles de Tsinghua:

Après le forum STeLA où j’avais repris gout à ma recherche auprès de tant d’étudiants passionnés, et après la conférence à Harbin où j’avais trouvé un peu d’appui auprès d’un professeur japonais, j’était de retour à Tsinghua décidé à bien finir mon projet de recherche, car j’étais convaincu de sa valeur. De plus je sentais que j’étais enfin en mesure de « foncer », tout le travail de débroussaillage ayant déjà effectué, et les décisions stratégiques ayant déjà été prises. 

Un soir je reçu la visite de mon prof. On eut une de ces  classiques discussions où je le laisse parler, sans trop l’écouter, acquiesçant et en évitant de partager ce que j’ai en tête. Ce soir là il fut particulièrement en forme. Sortant sans doute d’une réunion, il venait me répéter ce qu’il avait entendu. Il me disait que nous devrions travailler en spectre rapide. Les avantages à travailler sous spectre rapide dans le cadre de notre projet, je les lui avais expliqué il y a quelques mois, mais il avait rejetait les arguments sans discernement. Mais cela ne m’importait plus guère, car après avoir partagé ma situation avec pas mal d’élèves étrangers travaillant aussi sous la supervision de profs chinois traditionnels, j’avais pris la décision de finir mon travail de façon totalement indépendante. Malgré tout, ce soir là il alla beaucoup trop loin. Il eut l’effronterie de me dire que ce que j’avais présenté à Harbin ne lui paraissait pas utile, et m’incitait à abandonner là mon travail, reprendre le modèle de l’étudiant chinois qui me précédait (modèle scandaleux soit dit en passant), lancer quelques simulations, rassembler les résultats, et écrire une thèse à partir de cela. Arrivé à ce point là, il  fallut bien que je dise quelque chose, quelqu'en soient les conséquences. Je défendis mes travaux, leur cohérence, leur intérêt et leur état d’avancement. En restant calme, mais avec une fureur intérieure. Peut-être le sentit-il? Peut-être, car il baissa presque la tête sur ce coup ci, et accepta que ce que j’ai fait puisse avoir un intérêt, bien que dirigé vers une direction à laquelle il ne s’attendait pas. 

Une nouvelle fois assailli, je répondis par une déferlante de travail. Comme si je cherchais à lui démontrer qu’il avait tort, j’accomplis toujours une quantité de travail hallucinante après ce genre d’entretien. L’imminence de la date de rendue de thèse est aussi là pour me faire avancer : tout doit être rendu avant le 12 novembre !

A coté de ma recherche, j’essaie de garder un peu de temps pour le Chinese Corner. Le Chinese corner, c’est cette association d’échanges culturels entre élèves chinois et élèves étrangers. Depuis l’arrivée de certains élèves internationaux dans l’organisation (Michael il y a un an, et moi-même le semestre dernier), cette association gagne progressivement en variété, en ambition, et en organisation. 

L’activité principale de la semaine, une rencontre de deux heures le jeudi soir autour d’un thème culturel chinois, a été rendu plus accessible et plus fun aux élèves étrangers. Entre autres nous avions cherché à mieux adapter l’équilibre anglais/chinois des présentations au niveau en chinois des étudiants. Si nous y arrivions plutôt bien au cours du second semestre de l’année scolaire dernière, un problème se pose à nous actuellement. Au mois de septembre, les occidentaux ne comprennent à peu près rien au chinois, mais les orientaux (coréens, japonais, etc.) sont bien plus à l’aise en chinois qu’en anglais. Nous avons donc un public très binaire, les présentations doivent être adaptées à un groupe comme à l’autre, et les activités en petits groupes sont rendu difficiles.

Au niveau de l’organisation de l’équipe, ce n’est pas encore tout à fait cela. Il y a un chef spirituel, un chef administratif, des chefs ponctuels, une communication imparfaite, une dépendance du bureau des associations, une non reconnaissance du bureau des élèves étrangers, un statut du chef particulier, etc.

Illustrons-le sur trois exemples :

1) La communication : Au cours d’une réunion nous nous mettons d’accord sur le point de rendez-vous de notre activité : point A. Quelques jours après Michael propose le point B dans un mail. Certaines personnes réceptionnent l’information et la considèrent comme une décision. D’autres personnes ne recoivent pas l’information, ou ne la considèrent pas effective tant qu’elle n’a pas été approuvé. Résultat les flyers indiquent le point A, l’affiche le point B.

2) La non reconnaissance du bureau des élèves étrangers : Un des buts de notre association est de pallier les défauts d’encadrement des élèves étrangers de la part des départements de l’université, en particulier le département de chinois. Nous sommes présents pour fournir l’information et l’aide aux élèves étrangers là où ils en ont besoin. Mais quand nous proposons une activité de découverte du campus pour aider les nouveaux étudiants à se familiariser avec les différents lieux clés, le bureau des élèves étrangers refuse de joindre la présentation de notre activité à l’emploi du temps de la semaine de rentrée des nouveaux étudiants. Avec la justification suivante (que je trouve toujours autant méprisante) : vos activités, ce sont des activités élèves, nous ne pouvons pas les mélanger avec les activités officielles.

3) La dépendance du bureau des associations et le statut du président: Toute association à Tsinghua dépend du bureau des associations, qui lui-même est apparenté aux associations des jeunesses communistes (团委, ou 共青团). Le budget et les autorisations donnés aux assoc sont donc dépendantes des bonnes relations avec ces jeunesses communistes. Quand ces derniers contactent le président de l’assoc pour lui demander de faire une activité spéciale de coopération avec eux, le président accepte immédiatement, sans se renseigner préalablement sur la disponibilité des membres de l’assoc pour organiser une activité à la date voulue. C’était tombé sur moi l’année dernière, on m’avait demandé de changer le thème de mon activité alors que tout était déjà prêt, pour un thème un peu moins exotique. Je l’avais mal pris, très mal pris, car on m’avait communiqué l’information comme un ordre, sans respect de ce que j’avais déjà préparé. J’avais un peu bataillé et obtenu la conservation de mon activité. Cela se reproduit en ce moment. On nous informa vendredi que la présidente s’était engagée pour une activité lundi soir alors que j’avais fermement indiqué au responsable correspondant des jeunesses communistes (qui bosse dans mon labo) que l’on n’accepterait pas une coopération s'il elle n'était pas correctement préparée. On me demanda pourtant d’être l’animateur de cette activité. Cette fois je refusai catégoriquement. Les conneries d’organisation à la chinoise, qu’ils assument eux-mêmes.
    Au delà de l’activité régulière du jeudi soir, nous organisons maintenant des évènements ponctuels. Michael avait lancé le Campus Tour l’année dernière : un tour dirigé du campus destiné aux nouveaux étudiants étrangers. J’ai repris l’idée ce semestre, et l’ai transformé en chasse aux trésors à travers le campus. L’idée était, un, de rendre l’exploration du campus active, motivée par une série de petits défis à accomplir, deux, favoriser la communication entre anciens étudiants et nouveaux arrivés au sein de petits groupes. Pour les défis, nous avons essayé d’être fun, tout en gardant en tête qu’en Chine, les choses doivent rester 和谐, harmonieuses. Les défis du genre : « pique et ramène la casquette d’un garde » n’étaient pas les bienvenus. Petite sélection des défis que nous avions choisi: « Compter combien de personnes peuvent réellement s’assoir dans la cantine aux 10 000 personnes », « ramener la plus grosse citrouille », « emprunter le livre le plus fin de la bibliothèque », « humidifier au maximum le porte drapeau d’une équipe adverse ». Avec une soixantaine de participants, un temps magnifique, sept groupes en vadrouille dans le campus, et des pastèques pour trois semaines, ce fut un succès. 



     Discussion de groupe durant la chasse aux trésors


     Bataille d'eau


    Toujours au sein du Chinese Corner, l’année dernière j’avais lancé un petit groupe d’explorations des meilleurs restaurants traditionnels de Pékin. Avec une nouvelle destination par semaine, essayant de faire partager au maximum les expériences de restos pékinois, nous avions papillonné sur des destinations dans toute la partie Nord de Pékin. J’aurai aimé reprendre le projet, mais occupé comme je le suis par ma recherche, je ne peux me le permettre. D’autre part, au début du mois de septembre, avec des étudiants internationaux fraichement arrivés sur Pékin, je pourrai bien me retrouver à choisir presque toutes les destinations, ce qui serait dommage, car on perdrait l’idée du partage de bonnes adresses… 

    Enfin nous organisons pour la semaine à venir à une sortie à Cuandixia, petit village pittoresque situé dans l’ouest montagneux de Pékin. Pour cette destination, l’organisation initiale s’est révélée d’une parfaite efficacité. Propagande directe lors du premier chinese corner + par les adresses email récupérées au cours de la chasse au trésor, nous récupérions 26 inscriptions en une quarantaine d’heures. Un petit coup fil et les logements étaient réservés, et la première agence de voyage acceptait de nous fournir un bus avec chauffeur pour un prix très raisonnable. Parfait, vous disais-je. Les choses se passaient trop parfaitement. Une heure après la gérante du logement me rappelle, et m’annonce 1) le village organise une compétition internationale d’ascension de montagne durant les jours où vous voulez venir, vous ne serez donc pas autorisés à entrer dans le village 2) je ne peux pas tous vous loger, je n’ai que 16 places. Consterné par le problème n°1, je me demande malgré tout pourquoi elle m’annonce le problème n°2 dans ces circonstances. On vient de recevoir l’information me dit-elle, et on ne sait pas si cela sera stricte ou non… Elle me fournit un second numéro de téléphone pour compléter les besoins en logement, et on décide de tenter le coup. En Chine, rien n’est impossible. Il s’agira d’en être bien persuadé quand on se verra refuser l’entrée du village avec un car rempli de 27 personnes chauffées à blanc !

    vendredi 3 septembre 2010

    Le Nucléaire Harmonieux

    Vous vous souvenez peut-être de l’engouement avec lequel j’ai écris mon premier article au cours du mois de juin dernier ? Après l’avoir peaufiné calmement, j’envoyais la version définitive à cette conférence à laquelle je postulais : ISSNP 2010, International Symposium on Symbiotic Nuclear Power 2010 – le titre chinois est plus amusant : 和谐核能, l’énergie nucléaire harmonieuse, une conférence internationale créée par 3 parties du Nord-est asiatique : la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Elle avait eu lieu en Corée l’été dernier, cette année elle se tenait à Harbin du 23 au 25 aout. 

    Fin juillet alors que j’étais en France, je recevais la réponse définitive : mon article était accepté, et j’étais appelé à Harbin pour y faire une présentation ! Quelle excitation, mon premier article, ma première conférence ! Je découvrais de plus dans le programme que le professeur Wu, un professeur de l’institut chinois des plasmas qui publie régulièrement des travaux très avancés dans mon domaine, serait aussi présent à la conférence. J’étais excité à l’idée de le rencontrer. 

    De retour à Pékin je préparais donc activement ma présentation. En réalité, je passais plus de temps en détails administratifs et dans la préparation de la présentation d’un camarade qui me demandait de le remplacer à cette même conférence. 

    Le 22 aout nous étions cinq de l’institut à partir pour Harbin, mon prof compris. La conférence durait 3 jours avec quelques keynotes par des intervenants étrangers (Norvège, Danemark, Japon) et des sessions de présentations d’articles regroupés par thèmes. Les présentations étaient effectués en majorité par des étudiants, dont les 2/3 étaient originaires des universités chinoises. Alors, à quoi peut ressembler la présentation d’un élève chinois ?



    L’étudiant chinois fait face à l’assemblée. Assis sur sa chaise et à moitié caché derrière son ordinateur il fixe le tableau sur lequel est projetée sa présentation. Pendant que nous admirons sont profil gauche, il tente péniblement de lire les phrases de son PPT. J’apprécie particulièrement le moment où il saute des lignes sans s’en rendre compte.

    Arrive ensuite le temps des questions. Pas de questions. Personne n’a écouté, personne n’a compris de quoi il parlait. Le chairman tente une question en anglais. L’étudiant chinois ne comprend pas et prend un air paniqué. Au suivant. 

    Mais pourquoi de si mauvais aptitudes à la présentation en public ? L’inaptitude à s’exprimer en anglais est certes un facteur important. Mais cela ne change pas tout. La description d’un meeting au labo ressemblerait beaucoup à la présentation précédente, au débit de paroles pres. En fait, s’ils sont nuls dans cet exercice, c’est qu’on ne leur a jamais appris. Avant la conférence j’ai moi-même demandé à mon professeur ses précieux conseils pour préparer ma présentation. Il m’a répondu trois phrases imprécises sur l’organisation du PPT, puis a pris un air sombre devant ma mine insatisfaite. J’ai malgré tout posé d’autres questions, plus précises, sur le contenu à mettre en valeur, sur le type d’auditoire auquel je devais m’adresser. Il n’a pas eu l’air de trop comprendre là où je voulais en venir. 

    Retournons à la conférence. Des étudiants se sont régulièrement adressés à mon professeur pour faire des éloges à mon égard. Je fus étonné des réponses de ce dernier, allant systématiquement à l’encontre de ces éloges :

    - Votre élève parle très bien chinois !
    - Bof, comme ci comme ça
    - Mais si, il parle vraiment bien !
    - Mouais, enfin, tout au plus un peu mieux qu’attendu.

    - C’est bien votre élève ?
    - Il semblerait que oui
    - Il s’exprime vraiment bien en Anglais !
    -Oh, vous savez, l’anglais c’est du français avec une prononciation un peu différente.

    Et tout le long comme ça. J’ai pensé à trois interprétations : 1) Il le prend comme un compliment personnel et montre donc de la modestie, 2) Il a l’impression que ça lui fait de l’ombre alors il essaie de minimiser le truc, 3) Il m’aime pas.

    Revenons à nos moutons. Pour ma présentation, j’ai tenté de faire tout l’inverse des étudiants chinois. Debout, pas mal de gestuelle, un PPT attrayant. Cependant, personne n’écoutait… En fait on m’avait déplacé de mon groupe Integrated aspects with new energy system pour me mettre dans le groupe Fluid Flow Analysis and Plant Simulator. Il faut dire que tous les autres participants de mon groupe qui passaient durant la même session que moi avaient tous annulé, et je m’étais retrouvé seul avec le Chairman ! On avait donc choisi de déménager. Mais le résultat fut pire, car s’adresser à une assemblée qui n’a rien à faire de ta présentation, c’est un peu difficile. Il faut dire que la méca flotte et la neutronique en réacteur (ultra) nouvelle génération, ça ne se recoupe pas beaucoup. 

    Néanmoins une personne m’écoutait: mon chairman qui avait déménagé avec moi,. Il m’écoutait même attentivement. C’était un professeur japonais en provenance de l’université de Kyoto. S’il était intéressé par ma présentation, c’est qu’à Kyoto, ils font des expériences sur l’ADS et les réactions de fusion DT. Ça se rapprochait donc beaucoup de mon sujet, et mes conclusions pouvaient l’intéresser. A la fin de la présentation, j’ai pu aller discuter plus longuement avec lui, et ces quelques minutes de conversation furent le bref et intense moment utile de cette conférence ! Il me conseilla une référence particulière, et remit en cause le choix « stratégique » que m’avait fait prendre mon prof et sur lequel je me cassais la tête depuis quelques mois...

    vendredi 11 juin 2010

    Graduation?

    Ce mercredi avait lieu la grande séance de soutenance de thèse, dernière étape avant la graduation pour nous autres, élèves master de Tsinghua. Après quelques mois printaniers où mes camarades étaient assez stressés par l’avancée de leur recherche et la nécessité de trouver une conférence ou un journal qui accepterait leurs travaux, l’ambiance des dernières semaines était beaucoup plus relax. Pour tous l’autorisation ou non de soutenir la thèse était déjà sortie au cours du mois de mai. Or l’accord de son professeur pour soutenir sa thèse est un accord tacite de graduation, donc après cet accord, seul le peaufinage de la thèse et la préparation d’un beau PPT restaient à faire. 

    La liste des élèves soutenant leur thèse était longue, très longue, à tel point que le département décida de raccourcir les temps de soutenance à 20 min, temps de question compris. Soit moins de temps que la présentation du kaiti, rapport d’ouverture de recherche que l’on réalise un an avant. Ça en dit long sur l’importance qu’ils accordent aux travaux de recherche des élèves master. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que mes camarades du labo plaisantent régulièrement avec moi en m’incitant à aller présenter ma thèse avec les élèves doctorant et non les élèves master: j’ai clairement entrepris un projet bien trop ambitieux. Un projet qui me demandera encore du temps avant d’être achevé, et c’est l’une des raisons qui m’a amené à retarder ma soutenance de thèse au semestre prochain. Cui Pengfei, un fidèle camarade du labo, m’accompagnera encore durant ces six nouveaux mois. Lui n’avait pas envie de retourner à l’armée. Pour tous les autres qui ont soutenu ce jeudi, le travail est à peu près fini. Il leur reste un mois avant la cérémonie de graduation pour espérer publier leurs travaux finaux, et non des fake de pré-recherche comme on est encouragé à le faire en début de recherche (cf la recherche a la chinoise). Il leur reste aussi un mois pour partir en voyage de graduation ( 毕业旅行). 

    Un voyage de graduation, mais ça a l’air sympa ça ! Et si on n’a pas gradué ? No problem, Aurélien, le spécialiste des ocluflexes rétrosives s’occupe de tout et nous emmène en voyage de non-graduation ( 非毕业旅行). Ça commence demain, ça commence tôt, et ça commence haut. On s’envole en direction du Sud du Gansu, situé au Nord-Est du plateau himalayen, avec une altitude qui dépassera allégrement les 3000 mètres au plus fort du voyage ! Au programme des monastères, des lamians, des temples, des lamians, des lacs, des prairies et des lamians ! A dans dix jours pour plus de nouvelles !

    jeudi 10 juin 2010

    La Recheche Passive

    Si vous deviez écrire un article présentant le résultat de vos travaux de recherche, choisiriez-vous la voix active ou la voix passive ?

    Un article rend compte de nos travaux, de nos résultats, de nos conclusions. Si nous n’étions pas fiers de ces travaux, de ces résultats, de ces conclusions, nous ne les publierions pas. Et soyons aussi responsables, assumons les conclusions que nous proposons à la communauté scientifique. Bref, utilisons la voix active.

    C’est à peu près ce que j’ai seriné à mes camarades du labo à chaque fois qu’ils me demandaient de relire leurs abstracts en anglais cette année. Ils corrigeaient, puis allaient montrer la nouvelle version de leur abstract à leurs professeurs. Ces derniers leur ordonnaient de repasser immédiatement à la voix passive. Bref, la recherche à la chinoise se conjugue à la voix passive.

    Cette semaine j’ai écris mon article en anglais car la conférence à laquelle je postule est une conférence internationale. Mais à l’encontre des grands principes de rédaction des articles scientifiques en anglais, je l’ai écrit à la voix passive, car la conférence est sino-nippo-coréenne. Mais je devrais le retraduire en version anglaise-voix-active si je décidais de l’envoyer à une revue internationale américaine ou européenne ! Bref, se pourrait-il qu’en terme de recherche scientifique l’occident soit actif et l’orient passif ?

    Défilé de Mode - La Finale

    Dimanche dernier avait lieu la grande finale de mode de l’université. Je suis devenu aussi efficace pour assister à ce genre d’évènement que je le suis pour ne plus louper les rendez-vous du labo. Alors cette finale de mode, c’était comme la pré-finale qui avait eu lieu le mois précédent, mais en mieux, avec une salle deux fois plus grande, avec une sono quatre fois plus bruyante, avec six fois plus de spectateurs, et avec en plus des défiles, des chants, des danses, des bulles et des mannequins professionnels! Le reste en photos :

     Je vote pour le nouvel uniforme de l'université


     Deux de mes candidates préférées sont cachées dans cette photo, saurez-vous les retrouver?


    Flamenco? Je ne sais pas trop. La demoiselle au fond à gauche n'en sait visiblement pas beaucoup plus non plus.


    龙泉, la source du dragon, qui a oublié de boire sa soupe quand elle était petite. Enfin, quand elle était jeune.


    A moins que ce ne soit sa grande sœur qui ait tout bu à sa place?


    Enfin, clairement, même dans un pays communiste, la redistribution de la soupe n'est pas très égalitaire. Ici la troupe des professionnels.


    Et voici les deux vainqueurs de la soirée. Le jeune homme sur la photo est l'ultime beau-gosse chinois. Le futur  Takeshi Kaneshiro? En tout cas il a reçu plus un chèque de plus de 10 000 RMB pour aller se rhabiller chez le couturier local. En ce qui concerne la demoiselle, Norah lui trouve un visage de victime, à moins que ce ne soit un fâcheux air hypocrite. Et surtout d'ignobles chaussures. Quand je vous dit que les occidentales sont jalouses des asiatiques!

    mardi 8 juin 2010

    Recherche: un premier article?

    Depuis que j’ai arrêté de nouveau les cours de chinois, j’ai libéré un peu de temps et beaucoup de disposition psychologique pour accélérer la progression de ma recherche. Ce qui ne m’empêchera pas de vous proposer dès que le temps me le permettra, ne vous inquiétez pas, des articles sur le dingyu en chinois, ainsi que sur l’origine étonnante des 假借字, une famille originale parmi les caractères chinois. 

    Souvenons-nous que j’avais conclu la première partie de mes recherches au lendemain de mon week-end à Shanghai et que j’étais passé à la seconde activement depuis, rejoignant ainsi les modèles théoriques que j’avais élaborés un peu aveuglément au 1er semestre. Je progresse assez bien, mais malgré tout toujours très seul. Malgré un relationnel très bon avec mon prof, le dialogue scientifique est à peu près nul. D’une part parce qu’il n’écoute pas mes idées et suggestions dès lors qu’elle sortent de ce qu’il a l’habitude de lire ou entendre, d’autre part car il fait de la physique à la chinoise, en se contentant de conclusions hâtives, sans creuser les problèmes en profondeur. C’est donc toujours le même dilemme : bâcler une thèse à la chinoise, vite fait mal fait, sans application potentielle mais en se sentant soutenu, ou réaliser un travail rigoureux et en profondeur, en espérant que ce travail sera un jour utilisé par quelqu’un, mais en sachant que l’environnement scientifique de piètre qualité restreint de toute manière la qualité et la portée de ce travail.

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    Un camarade m’a incité ce matin à postuler à une conférence internationale sino-nippo-coréenne à laquelle il a été accepté et qui aura lieu ce mois d’aout. J’ai décidé de commencer la rédaction de l’article concernant la première partie déjà conclue de mes recherches. Je dois l’avoir fini d’ici samedi matin 5 heures, heure de départ pour une destination lointaine à l’occasion de la fête des bateaux dragons. D’ici là, je rédige, je rédige, je rédige. Je compte bien recupere les 4 points de la 5eme coutume du test Mali-Qing.

    lundi 10 mai 2010

    Défilé de Mode

    Dimanche c’était défilé de mode à Tsinghua. Défilé de mode organisé par le département d’art. Les "models" issues d’une première phase de qualifications le mois dernier venaient de tous les départements, y compris les départements de mécanique automobile, de chimie industrielle et de physique nucléaire. Ah non, en fait, tous sauf le nucléaire. Une longue scène revêtue d’un tapis rouge, des projecteurs dans tous les sens, et des spectateurs de part et d’autre de la scène venus regarder. Regarder quoi ? Mme Li, présidente du jury, lors de son petit bilan à l’issue du défilé : « C’était vraiment très bien, on sent une progression forte par rapport aux années précédentes. Par contre, vous n’avez pas dit clairement ce qu’il fallait juger : la silhouette des models, leur démarche, leur allure, leurs vêtements ? Du coup j’ai pas su quoi regarder»


     Belle salle


    Les hommes ont la classe. Ou pas.


     Robes longues, robes courtes. Les secondes sont assurément plus à la mode à Wudaokou.


    +1,68m


    Inspiration asiatique


     Avec Lucy, qui nous a infiltré dans la salle ce soir là. Elle en a profité pour gagner le 1er prix dans -1,68m

    mercredi 28 avril 2010

    Repas 8ème

    Jeudi soir au Ouïghour d'Wudaokou avec les amis du 8ème.

    Taux d'absence des Coréen(ne)s: 92%
    Taux de présence des non Coréen(ne)s: 92% aussi...

    samedi 3 avril 2010

    马杯 ou la coupe sportive interdépartement de Tsinghua

    Enfin un truc vraiment bien à Tsinghua : la coupe sportive interdépartementale (马杯). C’est une grande coupe échelonnée sur toute une année scolaire, et tous les sports praticables sur un campus sont au programme. A chaque compétition chaque département présente une équipe, et cette équipe rapporte des points pour son département en fonction de son résultat. Ce mois-ci c’était la compétition de volley. 

    J’ai été ravi quand Wan Xin, un camarade que je n’avais pas revu depuis plus d’un an, s’est souvenu qu’un beau jour de 2008 je lui avais dit aimer jouer au volley, et m’a appelé pour rejoindre l’équipe. Pour une fois on m’a appelé spontanément, un miracle ! J’ai été ravi car notre équipe était sympa et de niveau assez homogène. Mais surtout l’état d’esprit était 认真 sans être 严肃, appliqué tout en restant détendu. Quelques entrainements préalables, des postes assignés, une stratégie élaborée. 

    La compétition commençait par des matchs de poules, les 2 meilleures équipes de chaque groupe se qualifiant pour la phase finale. Pour notre premier match nous étions opposés à 新闻, l’équipe du département de journalisme. Un département très féminin dans son effectif, mais qui a malgré tout trouvé assez de renforts masculins pour présenter une belle équipe. Etant les deux équipes de niveau intermédiaire dans le groupe, ce match avait grand enjeu. Une défaite serait quasi synonyme d’élimination pour les deux équipes. Avant de commencer à jouer on serre la main de chaque membre de l’équipe adverse en leur adressant un « 向你学习 – de toi je vais apprendre », une belle réminiscence de l’humilité chinoise. Mais ne vous méprenez pas, chacun la veut, la victoire. 

    Tous les points sont accrochés. Chaque équipe arrive à développer son jeu. On perd le premier set de 3 points, on gagne le suivant de 2 points. Notre 拉拉队 – rang de supportrices est bien plus conséquent que celui d’en face et se fait entendre : 核研院!核研院! 核研院!Malheureusement ce ne sera pas suffisant , et nous nous inclinerons 3 sets à 1, un peu déçu de ne pas décrocher la victoire malgré une belle prestation de notre part. 

    Le lendemain on affronte l’ogre du groupe, 工业工程, l’équipe d’industrial engineering. Présents en finale l’année précédente, ils sont connus pour être redoutables, avec notamment deux membres de l’équipe officielle de Tsinghua. Dans notre équipe avec 4 joueurs de plus d’1m80 on n’est pas petit, mais on ne faisait pas les fiers quand on a vu arriver un mec de plus de 2 mètres qui n’avait qu’à tendre la main pour nous fusiller d’une balle puissante et irrattrapable. Comme quoi on trouve de tous les physiques parmi les chinois. Nous perdîmes en 3 courts sets, avec l’impression de ne jamais avoir l’occasion de vraiment développer notre jeu. Pas de déception, il aurait fallu un formidable exploit de notre part, comme dirait Dominique Glouglou, pour faire tomber l’équipe d’en face ce jour-là. 

    Avec deux défaites en deux matchs, nous n’avions plus d’espoir de qualifications au moment de rencontrer 热能, l’équipe du département de thermal engineering, elle aussi défaite lors de ses deux matchs précédents. Du coup pas beaucoup de sérieux pour ce match que nous avons finalement enlevé 3 sets à 0.

    Samedi midi Wan Xin, le capitaine de l’équipe invitait toute l’équipe et les supporters à déjeuner en guise de conclusion. On a perdu, mais on s’est bien amusé. Et c’était cool !

    jeudi 25 mars 2010

    « J’ai gagné mon samedi matin ! »

    Organisation a la chinoise, réponse a la chinoise

    Jeudi, 10h, alors que je suis en cours de chinois, je reçois un texto de Cui Pengfei : « Réunion ce samedi matin, 8h30, à propos du réacteur hybride. Il semblerait que ton prof veuille que tu y fasses une présentation, t’es au courant ? » Je lui répond « pas entendu parler. De toute manière samedi matin, je suis occupé. » Il rétorque : « ce n’est pas toi qui décide, pas mal de profs veulent écouter ton rapport ». ca m’a mis dans une colère noire. Un, c’est le week-end. Deux, c’est 8h30. Trois, je suis prévenu deux jours avant. Quatre, c’est même pas mon prof qui m’en informe. Cinq, je ne sais même pas qui sont les participants de la réunion et ce qu’ils attendent de moi.

    Un peu plus tard un mail arrive pour nous informer de la réunion. Parmi les intervenants figure mon nom. Il y a même le sujet de la présentation que je vais faire. Amusant. Enfin, après coup. Sur le moment, je me suis dit non, non, non et non. Vraiment pas du tout envie d’aller à cette *** de réunion ! Alors j’ai tenté un coup a la chinoise. J’ai tenté un, la négociation, deux, avec du vide. J’ai appelé mon prof, et je lui ai dit la phrase ultime : 我周六有事儿,开会实在不方便 : Samedi, je suis pris (j’ai des «shir », littéralement choses), c’est vraiment vraiment pas pratique pour moi de venir à la réunion. On a discuté un peu, pas sur le contenu de mes shir bien sur, mais sur comment remédier au problème. On a finalement trouve un consensus. Je prépare le PPT, et il le présente. Plus besoin d’aller à la réunion !

    Ah, qu’est-ce que je vais bien dormir samedi matin...

    jeudi 28 janvier 2010

    Mais où sont-ils tous?

    C’est la fin du semestre à Tsinghua. Vendredi dernier se sont achevées les deux semaines d’examen. Par bonheur, je n’ai pas eu besoin de repasser par là, mon travail de cette année se limitant à mon travail de recherche. Vendredi dernier, c’était donc une grosse moitié des étudiants de Tsinghua, soit plus de 10 000 jeunes chinois et chinoises, qui se sont mis en route vers leur province natale pour profiter des grandes vacances d’hiver. Le traditionnel défilé des curieux véhicules de déménagement a eu lieu entre les dortoirs et la station de métro. Véhicules à 4 roues -2 grandes, 2 petites- 2 sièges, 2 paires de jambes. Un chinois assis devant appuie sur les pédales, une chinoise assise derrière fait rouler la valise à bout de bras sur le sol. Un grand sourire aux lèvres.

    Pour les élèves master, la date de libération était une semaine plus tard. Fin d’une sacrément longue période de travail non-stop depuis le 5 octobre. Notre département a organisé ce mercredi un grand banquet dans le campus secondaire. Nous étions des centaines et des centaines rassemblés dans un gigantesque hall pour écouter quelques bons mots des actuels et anciens directeurs de l’institut, pour partager quelques bons petits plats… et surtout pour faire couler le baijiu, le si renommé (redouté ?) alcool local. Ce mercredi, j’ai joué le jeu. J’ai trinqué avec toutes les personnes venues partager un verre à notre table, et j’ai fait ma petite ronde entre les tables des camarades et des professeurs que je connaissais. Ces derniers n’étaient d’ailleurs pas les moins atteints…

    Les élèves master sont maintenant repartis. A peu près tous. Au labo Il reste bien Zuo Hongwei, pris d’une soudaine motivation pour finir son sujet avant l’été. Au 8ème du bâtiment 21, il reste bien Kévin, mon voisin malaisien qui attend la visite de ses parents, ou Camille, doctorante coréenne seule à l’autre bout du couloir. Mais dans l’ensemble, Tsinghua semble bien vide. Les fenêtres des bâtiments étrangers traditionnellement allumées à toute heure ne brillent plus. Les embouteillages de bicyclette ne viennent plus troubler la quiétude du midi. L’immense campus de Tsinghua a été abandonné. 

    Vous pourriez imaginer un silence mortuaire. Il s’agit plus d’une agréable quiétude. Le vent souffle doucement, dégage l’atmosphère et découvre un beau soleil radieux.

    En sortant de Tsinghua, je réalise que la ville entière semble suivre le même chemin. On dirait que tous les habitants de Pékin ont suivi l’exemple des étudiants de Tsinghua, ont pris leur train et sont partis se reposer en province. Les rues habituellement si agitées et si bruyantes semblent prises dans une certaine léthargie. Ces rues si larges dévoilent aujourd’hui leurs réelles dimensions, une fois dénudées de leur habituel flux intense de piétons et véhicules en tous sens. Que ce soit à Wudaokou, à Dongzhimen ou à Gulou, j’ai l’impression de découvrir de nouveaux quartiers. Et je réalise que c’est dans ces conditions que Pékin dévoile réellement ses charmes…

    vendredi 22 janvier 2010

    Quel banquet?

    Un gigantesque plaisir aujourd’hui.

    Une dame est venue au labo pour nous informer que le départ des bus pour le banquet de jeudi prochain serait à 10h en bas du bâtiment. « Quel banquet ? » s’est écrié Cui Pengfei ? « Le banquet de fin de semestre, qui aura lieu dans le campus secondaire de Tsinghua la semaine prochaine », lui a expliqué Ye Changliu. « Pourquoi je ne le savais pas ? », s’est indigné Cui Pengfei !

    Pour une fois j’avais été présent au bon moment et au bon endroit pour recevoir l’info. Et pour une fois, c’est un camarade chinois qui s’est fait couillonné a ma place... ce fut ma revanche et mon plaisir sadique de l’après-midi !

    lundi 21 décembre 2009

    La recherche à la Chinoise.

    Hier encore, je me faisais la réflexion qu’une année de recherche pour clôturer un cycle d’étude commencé au lendemain du bac, c’est quand même génial. Quel plaisir de se plonger dans son projet de recherche et de recourir à tous ces outils étudiés ces dernières années. Quel plaisir d’être capable de poser clairement un problème, de l’analyser, de le résoudre. Pas d’énoncé initial, c’est en fait à nous de le trouver, on tente dans une direction, des fois ça marche, des fois non, on retourne un peu en arrière, on prend la bonne direction, on progresse. Petit à petit les choses se déroulent, l’ensemble prend forme, on commence à cerner notre système, notre but, nos contraintes.

    A chaque pas on se pose des questions. Des questions physiques d’abord. On se surprend soi-même de ne pas se les être posé avant, et on réalise qu’il n’y a rien de mieux qu’être seul devant son problème pour se poser les bonnes questions : Pourquoi cette croissance régulière dans les sections efficaces à basse énergie ? Pourquoi choisir une température aux alentours de 300°C pour le caloporteur dans nos réacteurs à eau pressurisé ? Comment la densité de l'eau dans les réacteurs peut-elle être de 0.85 alors que les liquides sont censés être incompressibles? Pourquoi avoir privilégié la filière des réacteurs à neutrons lents quand le taux de réaction est beaucoup plus élevé pour des neutrons rapides ? Pourquoi ne trouve-t-on que des tables de sections efficaces à 27°C quand les températures dans les réacteurs sont plutôt de l’ordre des 300°C ? Comment le profil de température en régime constant dans le revêtement entre une source de chaleur et une source froide peut-il être totalement indépendant des caractéristiques du matériau ?

    On se pose aussi des questions pratiques, de modélisations. On cherche les bonnes hypothèses, les bonnes contraintes, les bonnes input. On cherche à les relier, mais tout en gardant un réseau le plus simple possible.

    Toutes ces questions, je ne les garde pas pour moi. Si on est rassemblé à une bonne dizaine dans un laboratoire, c’est que ça doit bien servir à quelque chose. Alors je les partage avec mes camarades. Je réalise alors pas mal de choses. Ceux qui sont spécialisés dans la partie thermodynamique des réacteurs ne s’intéressent pas aux problèmes de neutronique qui vient en amont. Et les autres, aussi concernés par la neutronique des réacteurs, ils ne se les ont jamais posé, ces questions. Ils sont déroutés la plupart du temps. Des fois mes questions ne les intéressent pas trop, mais des fois on part en grand débat physique dans tout le labo, et tout ça en Chinois. Je trouve ça génial, surtout quand on conclue à la fin.

    Mais je trouve toujours dommage que eux ne s’en posent pas de questions. De questions physiques sur le système qu’ils étudient. Il faut se demander parfois pourquoi. Pas seulement comment, comme quand ils viennent me demander de résoudre quelques problèmes de maths.

    Je remarque aussi que le seul qui est vraiment capable de rassembler pas mal de paramètres pour chercher une réponse aux questions est un doctorant, pas un élève master. Et ce n’est finalement pas étonnant. Car ce que les profs demandent à un élève master à Tsinghua (au moins dans mon département, les autres confirmeront ou non pour leur département), ce n’est pas très fou, et ça peut se résumer ainsi.
    1. Assister avec assiduité à tous les cours, et les valider.
    2. Trouve un sujet simple, pour ne pas dire pipo, en fin de première année, récupérer 2-3 résultats, écrire un paper, l’envoyer à une conférence, être accepté, et publier.
    3. Faire tourner un programme durant toute l’année suivante pour accumuler des résultats, remplir une thèse, et graduer.
    Un paper et une batterie de résultats étalés sur une centaine de page, c’est la condition de graduation. Je trouve ça assez terrible. Mon idéal scientifique est meurtri. On publie pour que le nom de son prof apparaisse une fois de plus en tête d’un paper, pas pour partager des résultats avec la communauté scientifique dans son domaine. Et on est censé faire tourner des programmes comme des veaux, sans se demander ce qu’il y a derrière, sans aucune analyse scientifique. Le vrai travail de recherche, c’est celui que mènent les doctorants m’a finement fait remarqué Pierre ce soir.

    Cet après-midi, j’ai revu mon professeur de recherche. Un vaste mot pour désigner celui qui m’accordera ou non en juin prochain l’autorisation de graduer. Un professeur devant lequel s’extasient tous mes camarades du laboratoire, mais qui n’a pas encore vraiment compris l’intérêt d’un modérateur dans un réacteur nucléaire. Je lui ai présenté l’avancée de mes travaux de ces quatre dernières semaines durant lesquelles j’ai beaucoup avancé. Plus précisément, je lui ai présenté l’analyse physique de mon système. Mais il n’était pas content. Lui, il s’en fout que l’on ait une bonne compréhension du système. Il s’en fout que l’on réfléchisse sur l’influence de chaque paramètres. Ce qu’il veut, c’est que je fasse tourner un programme de simulation en jonglant au hasard sur les paramètres, que je récupère des résultats numériques, et que je fasse des conclusions sur ces seuls résultats. C’est ce qu’a fait Xu Hong, l’étudiant chinois qui m’a précédé, le prof en est pleinement satisfait, il me dit régulièrement que je devrais m’inspirer de son travail et le calquer sur mon système. La thèse de Xu Hong, je l’ai déjà lu. Et elle n’est pas glorieuse: Je teste la valeur de la constante multiplicative énergétique du système avec différentes proportions eau/combustible. Je constate qu’avec le rapport 4, c’est mieux qu’avec le rapport 2, qui est encore mieux qu’avec le rapport 1. OK, nous prendrons le rapport 4 alors. Où est l’analyse physique ? Où est la compréhension du système ?

    A chaque fois que je vois mon prof, il me le fait comprendre. Il ne s’attend pas à ce que je fasse de la physique en faisant des maths (ie la physique à la française), il ne veut pas que je fasse de la physique en raisonnant avec les mains sur des modèles simples (ie à l’américaine), il veut que je fasse tourner un programme et que j’accumule des résultats ! Vive la recherche à la Chinoise !

    dimanche 20 décembre 2009

    Des Chinois à Tsinghua: Xu Xiangming (徐向明)

    Xu Xiangming, c’est un mec qui refuse de mettre des pulls en laine en hiver. Il faut dire qu’il est originaire du Dongbei. C'est-à-dire le Nord-Est de la Chine. Là ou il fait froid. Terriblement froid! Du coup il trouve qu’à Pékin, il fait chaud. Même en plein hiver. Une chemise et une parka, rien de plus !



    Deuxième enfant de sa famille, il est heureux que ses parents n’aient pas hésité à investir 800 RMB, une fortune à l’époque, de l’ordre d’une année de salaire, pour le faire naitre. Il a grandi à la campagne, dans un cadre assez traditionnel.

    Performant 621 points au Gaokao, il a fièrement intégré la 哈尔滨工业大学, une université de Ha’er bin, la capitale de sa province. Quatre ans après il brillait au concours des graduate students, et s’en allait vers le Sud, loin vers le Sud, vers la capitale du Pays, Pékin, ses seulement – 15°C en hiver et sa mythique université Tsinghua.

    A Tsinghua Xu Xiangming s’est lancé dans un master de recherche au sein du département de micro-électronique. Parmi ses camarades, Fairy, un mec qui ne faillit pas à la réputation des indonésiens : c’est un énorme branleur. Ça doit être ça qui les a rapproché. Du coup quand Fairy, mon presque-voisin a fait une bouffe dans le couloir d’étage, il a invité Xu Xiangming. Et Xu Xiangming est venu, j’ai donc eu la chance de faire sa connaissance.

    On avait discuté en Chinois. Je me souviens qu’il m’avait dit être grand fan de films français, notamment Amélie Poulain, les Choristes, Tais-toi. Il m’avait surtout dit qu’il adorait l’humour français. Particulièrement dans Rrrrrr !!! C’est ça qui a du m’amuser chez lui !

    Xu Xiangming, c’est aussi mon partenaire de sport. Son directeur de recherche lui fait étaler son projet sur deux ans, du coup il n’est pas très occupé, et à chaque fois que je lui propose un petit plouf à la piscine, il est toujours partant. Après quoi on va souvent bouffer des pizzas au café de l’université.

    Un truc excellent avec Xu Xiangming, c’est qu’il déjeune tard le midi. Très tard. Comme je n’aime pas manger avant 11h30, ce que font à peu près tous mes camarades chinois, quand je me retrouve tout seul au labo, je l’appelle pour aller manger, et il est à peu près toujours dispo. En plus il sort la tête de son écuelle à la cantine et prend le temps de prendre un café à la fin des repas, donc c’est cool !

    En plus avec lui on peut discuter de tout et n’importe quoi… même s’il déteste que l’on dise du mal de la Chine, même s'il s'agit de la pollution. Aujourd’hui il a fait de gros progrès car il nous a dit que s’il était président, il obligerait toutes les usines à sortir des villes !

    Xu Xiangming est aussi adulé par la communauté française depuis qu’il s’est présenté un jour au coin français : « Bonjour, je m’appelle Xu Xiangming, je suis chinois, j’ai 23 ans et j’ai une grosse …. ».

    Enfin, et je pense que c’est le plus important. Xu Xiangming, c’est avant tout quelqu’un qui a déjà bu 6,60 litres de bière dans sa vie !!

    samedi 19 décembre 2009

    Des Chinois à Tsinghua: Zuo Honwei (左宏伟)

    左宏伟 - Zuo Honwei, c’est avant tout un mec dont le nom de famille signifie Gauche !



    Zuo Hongwei, c’est le papa du labo, bientôt la trentaine. Il a déjà bossé, mais est revenu à Tsinghua pour un master en génie nucléaire. Il est secrètement amoureux d’Ophélie (la française aussi en masterà l’Inet), il me parle d’elle à peu près à chaque fois qu’on se voit ! Zuo Hongwei, c’est d’ailleurs mon contact en matière de copines chinoises.

    Zuo Hongwei, quand il vient au labo, c’est pour planter des choux et voler la vache de ses amis sur internet. C’est clairement le plus gros branleur du labo, il en fait encore beaucoup moins que moi ! La semaine dernière en rentrant d’une bonne bouffe à Chaoyang, j’ai été testé l’assiduité de nos camarades : A 11h, sur la quinzaine de postes, seuls deux étaient abandonné. Le mien et celui de Zuo Hongwei !




    Zuo Hongwei, il nous apporte presque tous les jours des fruits pour gouter. Je crois que c’est pour ça que je l’aime bien ! Mais c’est aussi le chinois le plus traditionnel, 保守, parmi ceux que je fréquente. Pour mon anniversaire il a non seulememnt amené un gigantesque gateau, mais il y a aussi joint un petit mot sympa : 生日快乐,早结良缘,早生贵子 . Il me souhaitait un bon anniversaire, de rapidement rencontrer mon âme sœur, et de rapidement avoir un fils !!!

    vendredi 18 décembre 2009

    Des Chinois à Tsinghua: Cui Pengfei (崔鹏飞)

    崔鹏飞 - Lui, c’est Cui Pengfei. Et il est beaucoup malin en réalité qu’il n’en a l’air quand il lève ses doigts en l'air en signe de victoire !



    Cui Pengfei est originaire du Henan, la région des grandes capitales historiques chinoises, en plein entre le fleuve jaune et le Yangze. Comme beaucoup de chinois il est parti vers le grand nord après son Gaokao, et a effectué un bachelor à Ha’er Bin, plus précisément à哈尔滨工程大学. Son bachelor en poche, il n’a pas continué immédiatement en master, mais a préféré s’enrôler dans l’armée ! Cui Pengfei, c’est donc un officier de l’armée chinoise ! Mais il n’en est pas moins sympathique pour autant.

    Plus particulièrement, il est dans la marine, et s’occupe des sous-marins. Et c’est précisément pour bosser sur les systèmes de propulsion des sous-marins nucléaires qu’il a passé le concours des graduates student et étudie aujourd’hui à l’INET.

    Même si je ne suis désormais plus membre actif de l’armée française, on discute souvent de nos armées respectives. Il est ainsi grand fan de nos mirages, mais ne connait même pas les rafales…

    Sinon Cui Pengfei, c’est assurément le mec le plus sérieux du labo. Je ne l’ai jamais vu piquer des légumes à ses amis sur internet (ce que font tous les autres). Il n’a pris que 10 jours de vacances cet été, il préférait revenir au labo car il ne savait pas quoi faire chez lui. Il vient aussi au labo le week-end d’ailleurs…

    Du coup il connait pleins de choses, et il est toujours présent pour m’aider à résoudre des problèmes physiques, et ça, c’est super cool !

    Enfin, je dirai que ce qui caractérise avant tout Cui Pengfei, c’est le bruit hallucinant qu’il fait quand il éternue !

    jeudi 17 décembre 2009

    Des Chinois à Tsinghua: Ye Changliu (叶长流)

    L’année dernière j’avais écrit quelques courtes présentations d’amis français qui comme moi avaient décidé de tenter l’aventure du master en chinois à l’université de Tsinghua. Aujourd’hui je viens compléter le tableau avec la présentation de quelques camarades et amis Chinois !

    Commençons par 叶长流, le mec qui saute à la corde à sauter:



    Ye Changliu. Le petit comme l’appellent les autres français qui le connaissent. Ye Changliu est originaire du Fujian, la région du Sud de la Chine en face de Taiwan. Comme tout bon fujianais, il est incapable de prononcer correctement une syllabe avec un h dedans, ce qui fait de lui mon camarade au mandarin le moins règlementaire et entraine parfois quelques bien belles confusions !

    Ye Changliu, ça doit être une tête, parce qu’avec 661 au Gaokao, il a intégré directement Tsinghua en Bachelor. Après quatre ans dans le département de thermodynamique, il a décidé au moment de rentrer en master de rejoindre l’INET, le département spécialisé en nucléaire et nouvelles énergies, mon département.

    Elu délégué du groupe 81, il fut le premier à m’inclure dans des listes l’année dernière. Depuis c’est mon contact pour tout ce qui a un rapport avec le labo, l’INET, ou même Tsinghua en général. C’est donc grâce à lui que je suis à peu près au courant de ce qui se passe ici.

    Cette année, on est dans le même labo, c’est mon voisin d’en face à droite. Même s’il reste souvent après 11 heures le soir, on ne peut pas dire qu’il soit très efficace. Pas de réveil le matin, des siestes interminables le midi, et il adore regarder des films au labo. Films qui doivent être sacrément comiques à l’entendre rigoler aussi fort !



    Quand personne ne l’invite à partir de bonne heure, il peut rester tard au labo le midi, du coup on bouffe souvent ensemble et on a des discussions toujours passionnantes. Des fois on parle de sa copine qui ne fait pas bien à manger : « elle devrait faire des progrès » me dit-il. D’autre fois on parle histoire, souvenez-vous par exemple de son historique des relations sino-japonaises. Mais même si sa conscience politique est très haute (il vient d’être promu membre du parti), on ne discute pas politique. Pas politique, mais administration oui. Il est toujours intéressé par notre système des grandes écoles et les 4 grandes symboliques X, HEC, Ulm et ENA qui rassemblent à elles-quatre les grandes valeurs de Tsinghua : 学术大师,兴业之士,治国之才。

    Enfin, même s’il déteste Sarkozy, il reste grand fan de De Gaulle, l’un des premiers grands dirigeants mondiaux à avoir reconnu la Chine communiste !