Affichage des articles dont le libellé est Voyages. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Voyages. Afficher tous les articles

mardi 15 mai 2012

Souvenirs et Impressions de notre tour Taiwan en 4 jours - 四日環島的印象

Quel sentiment de vide je ressentais lundi soir après avoir débarqué du HSR à la station de Taipei et dit au revoir à Grégoire.

Il faut dire que les quatre jours que nous laissions derrière nous avaient été particulièrement intenses.

Vendredi nous marchions à flanc de falaise, loin, très loin au dessus de la rivière qui coulait dans le fond de la vallée et que nous discernions durant les brefs instants ou la brume se dissipait. Samedi c’est du sommet d’un énorme rocher pose à l’extrémité du cap des trois immortels (三仙台) que nous nous dressions fièrement, défiant le vide et l’immensité de l’océan. Dimanche nous goutions au plaisir des sources chaudes en eau de mer sur Green Island après un petit saut de cabri aérien et un tour de l’ile a scooter. Et lundi nous profitions du grand soleil de Kenting et de sa belle plage de sable fin.

Quelques temps forts de ce parcours ?

Le passeport de Matheu, l’ipad de Fabien et le parapluie de Gregoire dissemines tels les cailloux du petit poucet, les toiles d’araignée démesurées sur les falaises de Taroko, l’ouvrier aborigène fan de Lady Gaga, le parti du Wonton (餛飩黨) qui misinterpreta la soupe du même nom, la migraine envolée d’un craquement du cou, l'espadon baladé à flanc de scooter, les virages avalés au volant de notre Wish, l’election du nouveau president durant la nuit de « super pleine lune », les sprints-plongeons sur banane kentingoise, ….

Pour les photos, je vous laisse consulter mon album Facebook (ouvert au public).

mercredi 30 juin 2010

Terres Tibetaines (7/7) - Langmusi, Petit Paradis Tibétain

La seconde partie du voyage aura été la plus belle. En bout de route depuis Lanzhou, le village de Langmusi (郎木寺) et son temple (du Sichuan) ont conservé une grande partie de leur authenticité. Là les moines ne pratiquaient pas de danse à cloche pied devant les touristes, ils étaient trop occupés à prononcer les paroles sacrées d’une voix gutturale, avant d’en discuter longuement sur la place du temple. Là les montagnes qui entouraient le village suffisaient à lui donner l’allure d’un village de montagne, on pouvait encore s’imaginer la vie recluse des hauts plateaux himalayens, isolée par la haute altitude, les longues distances, les hivers rudes.

Nous restâmes donc longtemps. Le temps d’apprécier tranquillement. Le temps de voir le village briller sous le soleil éclatant des 3300 m d’altitude, le temps de le voir aussi sous la pluie, avec ses couleurs ternes et pas une âme qui vive dans les rues. Le temps de ressentir un peu le mal de l’altitude, et le temps d’essayer la shisha tibétaine pour le combattre. Le temps de prendre quelques photos aussi, admirez :


Le village se réveillant au petit matin


Vue depuis notre chambre d’hôtel


Les toits de Langmusi


Si je ne devais conserver qu'une seule image de Langmusi, je crois que ce serait celle-ci.


Du sommet d'une petite colline surplombant le village


Vue sur le temple principal. Il semble y avoir de l'activité, allons y jeter un coup d'oeil...


Nous assistâmes alors à deux cérémonies rituelles du temple. Réunis en grand nombre dans l'un des temples principaux, les jeunes moines étaient revêtus d'une tunique de la traditionnelle couleur pourpre, plus épaisse que la tunique habituelle. Pendant une heure, ce fut une alternance entre un homme, seul, et son assemblée, assise en demi-cercle et lui faisant face. Le meneur était un homme massif. Il déclamait un "chant" au rythme invariable et d'une voix grave, très grave, qui semblait s'échapper de son poitrail. L'assemblée lui répondait en cœur des mélodies peu rythmées, monocordes, transcendantales. 



Au bout d'un certain moment les jeunes moines constituant l'assemblée commencèrent a se balancer de droite a gauche, suivant le rythme lancinant de leur chant. Ils restaient malgré tout loin d'un état méditatif: ils passaient leur temps à se regarder et à échanger quelques mots. On me jettait d'ailleurs régulièrement des coups d'œil intrigués. Ils étaient dissipés. Etait-ce pour faire régner l'ordre qu'un moine plus âgé et extrêmement corpulent faisait les cent pas autour du demi-cercle?




Apres la séance du nianjing (念经 : lecture des paroles saintes) démarra la séance de bianjing (辩经) sur la place faisant front au temple. Les jeunes disciples bouddhistes se rassemblèrent en petits groupes, comprenant entre 10 et 20 personnes, parfois seulement 2, pour discuter de vive voix des écritures - a moins que ce ne soit des choix stratégiques de Domenech. 




C’était extrêmement vivant, voire même agressif. Afin de soutenir leur argumentation, Ils amorçaient des claques vers le parti adverse, des claques qui finissaient finalement dans leur propre main. Ils n’hésitaient pas non plus a s'attraper vigoureusement, ou a se donner de franches accolades. Qui aurait cru que les écritures bouddhistes étaient si passionnantes ?



lundi 28 juin 2010

Terres Tibetaines (6/7) - Xiahe, Rencontre Tibétaine n°3

Arrivé à Xiahe (夏河) je cherchais à grimper sur une petite montagne alentour. Au sommet d’une d’entre-elle une maisonnette rouge brique surplombait la ville, elle devint donc mon objectif. Après quelques minutes d'ascension, un gamin du coin m'aborda dans un mandarin impeccable: "Mais que fais-tu? Où vas-tu?" je lui répondis que je cherchais à atteindre la maisonnette rouge que j'avais aperçue depuis le bas.

"Allons-y ensemble" me répondit-il! Et nous continuâmes, à deux, discutant et lui me fatiguant bien vite. J'appris qu'il avait 15 ans (bien qu'il en fasse 10), qu'il avait arrêté l'école après le primaire pour travailler avec ses parents, et qu'il aimait beaucoup aller au café internet.

Il me dit aussi qu'il aimerait devenir guide. L'excellent mandarin qu'il parlait et l'aisance avec laquelle il communiquait avec les étrangers me disent qu'il y arrivera. Mais un guide, ca veut dire passer beaucoup de temps avec les Hans, l'ethnie majoritaire chinoise pas très aimée des tibétains. Je lui demandai donc si plus tard il aimerait se marier avec une Han ou avec une tibétaine. ''Avec une Han'' me répondit-il à ma grande surprise. Mais pourquoi pas une tibétaine ?, m'enquis-je. "Parce que les tibétaines sont sales, et ont le cœur mauvais", me répondit-il. Mais tu es pourtant tibétain, m'écriais-je!

"Oui, mais moi je ne suis pas comme les autres, moi j'ai le cœur bon", finit il par ajouter.

dimanche 27 juin 2010

Terres Tibétaines (5/7) - De Tongren à Xiahe

Notre trajet reliant Xiahe depuis Tongren nous aura fait traverser les verts pâturages du plateau du Qinghai, puis du Gansu. Avec l’élévation en altitude les vaches se seront couvertes de poils, et avec le passage de la frontière la route de bitume sera devenue route de terre. Quelques photos prises sur le chemin :


Des Yacks, le symbole des contrées tibétaines. C’est à peu près la seule chose qui survit ici toute l’année - avec les moines bouddhistes. Du coup toute la nourriture tourne autour du yack. Mais le yack, ça a jamais été un met très fin, et la cuisine tibétaine est restée peu convaincante.



Nous voici au Gansu !


 Arrivée à Ganjia. 


Le village aux huit coins : 八角城. Un mignon petit village placé au milieu d'un système ancestral de fortifications en terre selon le plan d'une croix grecque.


Deux fillettes perchées sur un mur affairées à assembler des petites couronnes de fleurs.


Aurélien prend toujours garde à ne pas effrayer l’autochtone.


Un monastère Bön (本教) = religion anterieure au bouddhisme tibétain. 


Les moines arrivent en force



vendredi 25 juin 2010

Terres Tibetaines (4/7) - Tongren, Rencontre Tibétaine n°2

L’histoire se passe dans le village de Nianduhu. Le village est entouré d’un double rempart fortifié. En terre. Le chevelu, pris entre ces deux murs, hésite. Devant lui, une cinquantaine de mètres le sépare de la colline. Une colline pentue, dont l’ascension lui parait difficile dans ce pays où l’oxygène se fait rare. Derrière lui une bande approche. Ils balancent les épaules, à droite, à gauche, ils s’avancent, menaçants. Ils portent tous la cigarette à la bouche.

Le chevelu hésite toujours. Alors que la bande n’est plus qu’à quelques pas, il sort son appareil et cherche à les avoir. Zut, plus de pellicule. La bande sort de l’ombre des murs. Ils jettent un 抽烟 ? (tu fumes ?) au chevelu. 我不会 (Je ne sais pas fumer), répond penaud le chevelu, qui regarde la bande passer devant lui, la clope entre les doigts et un air de victoire sur le visage. 



jeudi 24 juin 2010

Terres Tibétaines (3/7) - Tongren et ses environs - Photos

Balade en photos autour de Tongren:

Autour du monastère haut de Wutun (吾屯上寺)


Bien qu'appartenant à la secte des bonnets des jaunes (Gelugpa), certaines bouddhas sont représentés avec les cheveux bleus. C'est en fait le cas de tous les bouddhas d'origine indienne.


Notre première khora: promenade mystique tibétaine autour d'un lieu sacré, et à la durée / nombre de tours très variables. On y actionne généralement un grand nombre de moulins à prières. Un TRES grand nombre! Pas étonnant que les mamies tibétaines aient un bras droit surdimensionné. On suppose aussi que Nadal soit venu faire un stage dans les monastères du coin - Il se serait trompé de sens.


Vue sur le temple Nianduhu (年都乎寺), au hasard d'une balade


En s'approchant un peu


A l'intérieur d'un des "pavillons" du temple. Vous avez de la chance, la photo ne retransmet pas l'odeur.


Les Buddhas du temple - Ils rappellent généralement un bouddha historique/mythique, et ont été construits par un bouddha vivant du coin. Et oui, dans le bouddhisme tibétain, l'accession à l'état de bouddha ne signifie la fin du cycle des réincarnations. Les bouddhas vivants vivent donc par dizaines, voire par centaines, dans les contrées tibétaines. 


 Dans un autre temple (le 吾屯下寺) - ici le bouddha vivant était un peu plus fortuné, la statue du bouddha doit faire une dizaine de mètres.


 En ressortant du temple et en montant sur la colline - une des plus belles images du voyage


De l'autre côté de la colline, le temple Guomari (郭麻日寺), dont on retiendra surtout sa magnifique stupa - shörten - tour bouddhiste suivant les interprétations.

mercredi 23 juin 2010

Terres Tibétaines (2/7) - Tongren, Rencontre Tibétaine n°1

J2, on reprend toutes les bonnes habitudes: levés à l’aurore, et un bon bol de lamian. Nous en sommes à 3/3. J’ai comptabilisé qu’il y aurait 19 repas au cours de ce voyage, tiendrons-nous le rythme ?

Quelques heures de car pour Tongren, ses temples bouddhistes, son quartier Hui, et malheureusement son quartier Han. Je devrais vous parler des temples, des Thangkas, des plats du resto du Sichuan, mais non, j’ai plutôt envie de vous parler d’une rencontre tibétaine :

Il s’appelait Bob, il était rentré au temple à l’âge de cinq ans, et il n’en était jamais ressorti. Il ne regrettait pas trop la vie de célibataire, mais semblait fatigué d’étudier toute la journée : « seulement deux heures l’après-midi pour se reposer » nous confiait-il. D’ailleurs c’est justement durant ces deux heures qu’il vit deux français rentrer dans sa cour. L’un d’eux dissimulait son long nez sous ses cheveux longs, le second cachait sa blancheur sous un grand chapeau. Avec ses potes moines il décida d’aller entamer la discussion avec ces voyageurs originaux. Et comme c’était le seul à connaitre un peu de mandarin, il se retrouva à mener la discussion : « D’où venez-vous ? La France ? Ouh, mais c’est loin ça ! » Tellement loin que votre 日落 (coucher du soleil) est notre 日出 (lever du soleil), lui répondit le chapeauté, qui soignait sa pratique des métaphores à la chinoise. Le chevelu tenta de lui expliquer que c’était mathématiquement impossible, mais Bob resta convaincu par l'image du soleil. 

La discussion hésita longuement avant de tomber sur le sujet rigolo du coin : 中国西藏 (Le Tibet Chinois). Soignant son mandarin reformulé à la lumière de la grammaire tibétaine, Bob donna la bonne parole au chapeauté et au chevelu : ************* (Censuré) (Dommage, c'était vachement drôle)

mardi 22 juin 2010

Terres Tibétaines (1/7) - Beijing, Lanzhou, Xining - Temple de Youningsi

Me voici de retour à pékin après une semaine de voyage dans les terres tibétaines du Qinghai, du Gansu, et du Sichuan. Comme pour le nord du Yunnan, une partie de chacune de ces régions fait partie de la sphère tibétaine qui s'étend beaucoup plus loin que les frontières de la province administrative du Tibet.

Parti avec Aurélien, camarade de promo, et de Xiao Ting et Enmin, deux de ses collègues chinoises de bureau, nous avons voyagé de Lanzhou (兰州) à Langmusi (郎木寺), en passant par Youningsi (佑宁寺), Tongren (同仁) et Xiahe (夏河). Je vous propose de découvrir vous aussi à travers quelques photos, quelques impressions et le récit de quelques rencontres, ce que nous avons vécu toute cette semaine.

J'essaierai de ne pas m'appesantir sur les sentiments que m'ont inspirés la pauvreté des villes et villages rencontrés, ainsi que sur la dureté qui ressort de l'art bouddhiste des tibétains, de leurs temples, et de leurs caractères. Et pour des impressions différentes sur ce même voyage n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à l’excellent En Jaune et Rouge.

Voici le programme:
1. Pékin - Lanzhou - Xining
2. Tongren
3. Xiahe
4. Langmusi

Commençons dès aujourd’hui par la première séquence, qui nous a vus relier Pékin au temple de Youningsi (佑宁寺) durant la première très longue journée :

La vue à l'approche de l'atterrissage à Lanzhou surprend. L’avion survole un bac à sable. Un très grand bac à sable aux dimensions déroutantes. Le terrain est très irrégulier, constitué de multiples collines aux couleurs jaunes pales et aux pentes abruptes. Celles ci restent malgré tout cantonnées à basse altitude, et leur aspect sablonneux s'estompe peu a peu au fur et a mesure de notre descente. De ci de là quelques étendues planes attirent l'œil, que ce soit par leur forme parfaitement rectangulaire, ou par leur couleur, verte, luxuriante.

L'aéroport est loin de la ville. Une quatre vingtaine de km. Peut être ne disposaient-ils pas de terrain plat à proximité de la ville? A la gare de Lanzhou nous avalons notre premier bol de 牛肉拉面, cette soupe de pâtes symbolique de la région. Le gout est léger, les petits oignons ont remplacé la couche d'huile de leur équivalente pékinoise. Ce sera le premier d'une longue série. 



Dans le train je suis frappe par rudesse des traits des visage des autres passagers : des locaux. Leur allure est passive. Nos deux compagnes de voyage, elles aussi chinoises, élevées dans le confort des grandes villes, font figure de barbies. On les prend d'ailleurs pour des coréennes.

Le trajet en train est marqué par les multiples interventions des employés du train, venus vendre des livres, des dvd, des casse-têtes aux voyageurs ennuyés. Comme pour les petits stands de rue, ils font leur pubs de leur voix forte, et les prix se négocient sévères.

Arrivés à Xining, nous ne nous appesantissons pas et continuons directement vers le Youningsi, un temple lamaïste situé sur les hauteurs à une bonne heure de la ville. L'endroit est presque désert. Nous croisons quelques moines et moinillons. On échange quelques mots en mandarin, l'un d'eux nous apprend que la majorité du village fut rasé par Mao. Avant cela 4000 moines arpentaient les lieux.

En continuons sur les hauteurs, nous atteignons le dernier pavillon, simple et raffiné, devant laquelle est assise une vieille femme qui semble avoir conservé toute sa sante malgré son grand âge. Elle grimpe jusqu'ici tous les jours!

Photos :





mardi 25 mai 2010

Séoul, les sites du pouvoir

Séoul, capitale du royaume de Corée, fut fondée autour des années 1400, soit une capitale encore plus jeune que Pékin. Son emplacement fut choisi pour des raisons autant stratégiques que géomanciques, avec un grand fleuve au Sud, et des montagnes aux trois autres points cardinaux. 

Le palais officiel, Gyongbok-gung, y fut construit dans la tradition chinoise :

Le Gyongbok-gung

 Le pavillon principal


 Chambre du roi


 Dans les jardins



Construit en 1405, le Changdoek-gung devait d’abord être une annexe du palais royal. Après les destructions de l’invasion japonaise des guerres Imjin (1592-1598), le Changdoek-gung fut reconstruit en premier, et devint le siège du gouvernement jusqu’en 1868.

  le Changdoek-gung







Pavillon de la reine

Le jardin du Changdoek-gung, aussi appelé jardin secret, est le plus bel endroit que j’ai visité à Séoul. Si les bâtiments officiels sont imposants au sein des palais royaux, perdus au milieu de la forêt, ils revêtent un charme incroyable :

 




samedi 22 mai 2010

La Corée, ou une petite Chine moderne.

Cher papa,

Une semaine en Corée, un blog laissé à l'abandon, un bateau sud-coréen coulé par les nord-coréens... Voici un peu de nouvelles et beaucoup de lecture. Il est 16h21 ici dans l’aéroport international d’Incheon, l’envol de mon avion est prévu dans moins de deux heures. Si je rentrais directement à Paris, j’imagine que tu serais impatient de me demander : Alors la Corée ? Une question banale mais qui plonge souvent le voyageur dans l’embarras. Dimitri me rapportait les propos d’un grand anthropologue : « Sur la Corée, après un jour, on peut écrire un livre. Après une semaine, on peut écrire une page. Après un an, on ne dit plus rien du tout. » Et c’est vrai que samedi dernier en allant me coucher après ma première soirée en Corée, j’aurais pu t’en parler pendant des heures. Mais plus le temps passe, plus on en voit, et plus l’extraordinaire se change en ordinaire. Après plus d’un an d’expérience de la Chine, je me souviens avoir discuté avec Antoine de la réponse standard à donner aux Français nous demandant : « Alors, la Chine ? ». Nous avions adopté : « C’est cool, la vie est pas chère, les filles sont jolies et la bouffe est bonne ». C’est ce que les gens veulent entendre, ça évite de s’embarquer dans de trop longues discussions.

Je me souviens de ma première semaine à Pékin, en cours de chinois à la BLCU. La professeur de chinois nous demandait de présenter les principales caractéristiques de notre pays. Un « Alors, la France ? » un peu caché. Je me souviens avoir été extrêmement désemparé. La France ? La France ? Que dire de la France quand on y a toujours vécu ? Sans la confrontation avec les valeurs étrangères ou l’expérience à l’international, la France fait office de normalité, de règle, de standard. Alors quoi dire ? Je me souviens être resté muet, et avoir laissé la prof répondre : "La France, c’est Paris et le romantisme, la France, c’est la mode et les parfums, la France, c’est la Provence et la plus belle langue du monde". 

La semaine dernière encore à la radio j’écoutais une émission abordant le thème des différences culturelles, et ils discutaient précisément du cas des Français. Le tableau était plus proche de la réalité : « Un, les français aiment râler. Deux, ils aiment critiquer. Trois, ils aiment dire ce qu’ils pensent. » Trois points qui se rapportent à deux valeurs très françaises : la sincérité et le cartésianisme. Le présentateur voyait les cultures françaises et chinoises comme opposées sur une échelle des valeurs. Quand le Français prône la vérité, le chinois, ou l’asiatique de manière plus générale, considère l’apparence. De là, il ne recherche pas la sincérité, mais plutôt à préserver l’image qu’il donne. C’est ce qu’on appelle sauver la face. Quand le Français fidèle à Descartes doute de tout, à commencer de ses supérieurs, ses gouvernants, ses amis, et recherche le progrès par la rationalisation, le Chinois fait confiance, suit, essaie, échoue, essaie quelque chose de nouveau, réussit, etc. Les chinois sont empiristes. C’est la méthode de grand-mère appliquée à toute la science. Pas étonnants que les Français soient si bons en maths et que les ponts chinois tombent si souvent. Pas étonnant non plus que la majorité des inventions historiques proches de la réalité quotidienne soient originaires de Chine. 

Mais sinon, la Corée ? En un mot, c’est cool. En trois mots, c’est une petite chine moderne. Laisse moi t’expliquer pourquoi. 

Tout d’abord les héritages religieux, sociaux et historiques des deux pays sont très proches. Historiquement, la Corée a toujours été très proche de l’empire chinois. Proche, mais pas au point de faire directement partie de l’empire au même titre que les nouvelles provinces régulièrement annexées au fur et à mesure de l’expansion de l’empire vers le Sud ou vers l’Ouest, mais proche car vassale de l’empire. Le roi coréen devait rendre compte à l’empereur chinois, et lui verser un lourd tribut. L’empereur chinois en retour lui promettait sa protection, et lui interdisait d’utiliser le symbole du dragon qui lui était réservé. Les échanges entre les deux pays ont été moteur d’une mise en commun des cultures, des traditions, de l’écriture, à l’image du confucianisme, du bouddhisme, et des caractères chinois. 

La doctrine de Confucius qui a été la théorie politique et sociale dominante dans l’empire du milieu jusqu’au XXème siècle l’était tout autant en Corée. La société coréenne est encore profondément confucianiste aujourd’hui, les aspects les plus visibles étant le respect de l’étiquette resté intact, et le respect des gouvernants. La Corée a beau être une démocratie dans les textes, cette démocratie ne ressemble pas beaucoup à la notre. A une vie démocratique faible est associé un nationalisme poignant. Tout comme le chinois, le coréen veut montrer bonne figure au monde entier, et ne supporte pas entendre un étranger parler de son pays avec une vision différente de l’image qu’il a voulu donner. Malgré la démocratie, la Corée n’est pas plus le pays des libertés que la Chine. 

A l’image du Confucianisme, le bouddhisme qui s’était introduit en Chine avant l’avènement du premier empereur Qin Shihuang, s’est répandu jusqu’à l’extrême Est du continent asiatique durant les siècles suivants. Le bouddhisme est rapidement devenu religion nationale, et l’est resté jusqu’au XXème siècle. Une seconde religion a aussi été introduite en Corée en provenance de Pékin : le christianisme. Les Jésuites eurent en effet une influence très grande sur l’empereur chinois dès le XVIème siècle. Aujourd’hui on peut grossièrement considérer que la moitié de la Corée est chrétienne, la seconde moitié bouddhiste. La différence avec la Chine est flagrante. D’une part les reliques religieuses n’ont pas subi la révolution culturelle, d’autre part les coréens sont encore croyants et pratiquants. 

Après le confucianisme, après le bouddhisme, le troisième grand apport de la Chine vers la Corée fut les caractères. Les coréens qui n’avaient pas adopté de système d’écriture cohérent adoptèrent durant la dynastie Tang (618-907) les caractères chinois. Durant les siècles qui suivirent, le chinois devint la langue des élites, et la seule manière de passer à l’écrit. A partir de là, la langue coréenne fut autant influencée par le chinois que l’anglais fut influencé par le français : l’apport lexical est énorme. Aujourd’hui 70% des mots coréens sont d’origine chinoise. Si les coréens adoptèrent un deuxième système d’écriture au XVème siècle pour mettre par écrit les termes d’origine coréenne, les deux systèmes d’écriture coexistèrent jusqu’au XXème siècle. Si étant jeune tu avais essayé de lire un journal en Coréen, tu aurais remarqué le grand nombre de caractère chinois au milieu des phrases. Les enfants coréens de l’époque devaient apprendre environ 2000 caractères chinois à l’école. Si aujourd’hui les coréens n’utilisent plus les caractères chinois que pour écrire leurs noms ou pour faire classe sur une affiche, l’influence est toujours présente.

Confucianisme, Bouddhisme, Système d’écriture. Que du bon ? Les deux pays partagèrent en fait aussi la guerre. Quand les mongols déferlaient sur la Chine, ils ne s’arrêtaient pas aux portes de la Corée. Quand les Japonais décidaient d’envahir la Chine, ils commençaient par la Corée. Ce n’est pas pour rien si le sentiment de haine antijaponais est encore plus fort chez les Coréens que chez les Chinois. Et s’il existe un sentiment de mépris des Coréens envers les Chinois, c’est parce qu’ils ne supportent pas de voir ce qu’est devenu ce "grand frère". « Les chinois ne se lavent pas, ils puent, ils ne sont pas civilisés » m’ont rapporté tous les coréens. En les comparant aux chinois, je faisais affront à leur modernité, pas à leur culture. La Corée du Sud est aujourd’hui un pays très moderne et civilisé. Tu t’y plairais, j’en suis sur. La modernité alliée au style de vie à la Chinoise. Une troisième variante après Singapour et Taiwan. Et tout autant qu’à Singapour et Taiwan, partout tu trouves des food stalls, ces restaurants cheap en plein air où l’on peut profiter d’un large assortiment de snacks (小吃), comme on peut en trouver en chine : soupes, raviolis, etc.

Peut-être as-tu des collègues qui ont déjà travaillé en Corée, ou avec des Coréens ? Malgré tout ce que je viens de te dire, si tu leur demandais si pour eux la Corée est plus proche de la Chine ou du Japon, ils risqueraient bien de te répondre du Japon. C’est en fait le cas dans le monde du travail Coréen.

Après la guerre de Corée et la fin de la dictature, autour des années 70, le pays est prêt à démarrer son développement économique. Les Coréens regardent autour d’eux. A l’ouest, la Chine communiste en pleine révolution culturelle, à l’Est le Japon et ses conglomérats florissants. Qui crois-tu qu’ils aient choisi ? Les Coréens se sont ainsi construit une nouvelle économie de marché axé sur les conglomérats : Samsung, Daewoo, LG, etc. Samsung est aujourd’hui la première entreprise nationale, produisant entre 10 et 20% du PIB coréen en fonction des systèmes de calculs. Dimitri aime raconter qu’en Corée on peut vivre Samsung : De la maternité aux pompes funèbres, Samsung s’occupe de tout. Avec le système des conglomérats, les Coréens ont aussi importé la notion de statut, notion si difficilement acceptée par les occidentaux. Tu rentres dans l’entreprise avec le statut le plus bas, quelque soit ta formation, et tu montes régulièrement dans la hiérarchie au cours de ta carrière que tu feras dans la même entreprise. L’entreprise et la hiérarchie décident de tout pour toi. Le CEO, c’est Dieu. Tous les mouvements sont du haut vers le bas, le subalterne obéit, mais ne soumet pas d’idée ou de propositions. Comme au Japon tu ne quittes pas le bureau tant que ton chef y est encore. Tu ne travailles pas plus, tu essaies juste de mieux étaler ton travail. Contrairement aux idées reçues, les coréens ne sont pas efficaces au travail. Peut-être parce que les heures supplémentaires ne sont pas déclarées…

La culture coréenne poussée par le développement économique s’est donc fortement japanisé aux cours des dernières décennies. Mais rassure-toi, même au niveau économique, les coréens restent des chinois. Si les entreprises japonaises créent et innovent, les entreprises Coréennes suivent le mauvais esprit chinois. Attirer les entreprises étrangères sur le marché national pour mieux se jouer d’elles. Les entreprises étrangères ne peuvent pas entrer sur le territoire coréen sans créer de joint venture et proposer de transferts technologiques. Les entreprises coréennes réutilisent aussitôt ces technologies sous leurs propres noms, et c’est l’enfer pour les entreprises étrangères. Dimitri qui bosse Séoul pour Thalès-Samsung me l’a répété régulièrement. Au sein du même groupe qu’est Thalès-Samsung défense, si ses boss français bossent pour Thalès qui possède plus de 50% des parts du groupe, tous les coréens travaillent pour Samsung ! Dans la même veine, les copies de produit étrangers sont presque aussi nombreuses et tout autant tolérées à Séoul qu’à Pékin. 

Alors pour résumer en neuf mots, la Corée, une petite chine qui se serait déguisée en Japon ? 

Je te laisse quelques photos en guise de conclusion.
 
 Une touche de tradition sur fond de modernité


Quand ni les talibans, ni les communistes ne sont passés par là, le Buddha tient encore debout



 Temps moyen de prière dans un temple bouddhiste chinois: 12 secondes, le temps de faire les 4 flexions.
Temps moyen de prière dans un temple bouddhiste coréen: plus que ma patience


Les food-stalls

Et le cuistot qui va avec!


Samsung s'occupe de tout


Louis Vuitton et Dolce Gabbana. Ils auraient pu essayer d'être plus originaux sur les noms...



Comme Tokyo, comme Shanghai, Séoul ne faillit pas à la règle: toujours un petit tour chez Paul pour finir le séjour!