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vendredi 11 février 2011

S’il vous plait… dessine-moi une lune

Connaissez-vous le jeu de la lune ? 

Réunissez quelques joueurs et joueuses autour de vous. Prenez une baguette, ou un crayon, tendez-la au premier joueur, et demandez-lui de dessiner une belle lune dans les airs. Donnez votre appréciation – la lune dessinée est-elle belle ou non – et demandez lui de faire passer la baguette au joueur suivant, qui à son tour essaie de dessiner une belle lune dans les airs, etc. 

Mais qu’est-ce qui caractérise une belle lune ? Une lune est belle si, et seulement si, le joueur qui dessine la lune a d’abord remercié le joueur qui lui a tendu la baguette ! Sans aucune considération artistique relative à ses mouvements dans les airs.

Ce jeu de la lune marche assez bien au sein d’une communauté Française. Une bonne moitié des personnes disent naturellement merci lorsqu’on leur tend un objet. Il est très amusant de voir que personne ne comprend vraiment pourquoi sa lune est belle… ou non. Et plus les "impolis" s’énervent à force d’échouer dans leur tentative de dessiner une belle lune, moins ils ont de chance de dire un petit « merci » au joueur qui leur tend la baguette. 

Remplacez maintenant les Français(es) par des Chinois(es) et/ou des Coréen(ne)s, vous réaliserez qu’aucun joueur ne parviendra à dessiner une belle lune! Le jeu est tout de suite beaucoup moins amusant. La politesse locale n’invite pas à dire « merci » lorsque l’on récupère un objet tendu par une autre personne. 

Il faut être très occidental pour dire un petit Xiexie, ou Gamsahabnida, au vendeur de journal de Pékin ou de Séoul qui vous rend la monnaie. Il faut aussi être très occidental pour dire « s’il te plait », « merci », « pardon » à son conjoint. 

Vous êtes Français(e) et votre conjoint(e) Français(e) a préparé un diner pour vous. Si vous oubliez le petit merci attendu, ce serait grossier. Vous dites merci.

Vous êtes Chinois(e) et votre conjoint(e) Chinois(e) a préparé le même diner pour vous. You enjoy it, mais vous évitez un quelconque merci, ce serait une marque de distance terriblement blessante.

Vous êtes Français(e) et votre conjoint(e) Chinois(e) a préparé le diner pour vous, toujours le même. Si vous dessinez naturellement des belles lunes dans les airs, vous avez de grandes chances de provoquer un incident diplomatique !

dimanche 6 février 2011

L'homme parfait

Cet article prend la suite de celui d’Aurélien, publié l’été dernier à propos du très populaire programme télévisé 非诚勿扰 : Non sincères, s’abstenir.

Dans ce programme 24 demoiselles célibataires se tiennent en demi-cercle, debout derrière leur pupitre respectif. Elles commencent le jeu avec leur pupitre éclairé. Entre un candidat de sexe masculin. Il se présente brièvement, puis commence un jeu de questions réponses avec le présentateur et ces demoiselles. Lorsqu’une demoiselle n’est pas satisfaite de la réponse faite par le candidat, elle lui éteint sa lampe – cela signifie qu’elle ne veut pas de lui. Le but du candidat est de convaincre au moins une de ces demoiselles de garder sa lampe allumée jusqu’à la fin du jeu : elle lui accorde alors une date.

En prêtant attention aux questions posées par ces demoiselles, et aux raisons invoquées lorsqu’elles éteignent les lampes, j’en ai synthétisé le profil de l’homme parfait. 

L’homme parfait.

L’homme parfait pourrait se résumer en un mot : 安全感 – le sentiment de sécurité. L’homme parfait fournit à ces dames  un sentiment de sécurité. Se pourrait-il que la femme chinoise d’aujourd’hui ait une telle peur de l’avenir, du présent, et des hommes ? En tout cas, le sentiment de sécurité est l’argument massue qui justifiera toute appréciation personnelle du candidat masculin.

Comment apprécier la capacité d’un candidat masculin à donner un sentiment de sécurité à ces demoiselles ? 

J’ai identifié trois critères.
  • L’homme, le vrai : le MAN.
Le mari idéal ne se doit pas d’être beau (帅), il se doit d’être viril (阳刚, Man). Son physique sera imposant – grand, fort – et il n’oubliera pas de laisser quelques marques de virilité – courte barbe, veste de costume. Il marchera toujours devant elle et ne sera gentleman qu’avec modération.
  • L’homme, le socle : 稳重. 
Il aura une maison, une voiture. Il aura un métier stable, et des perspectives d’avenir. Il aura une santé de fer et pas de parents à prendre en charge. Et il privilégiera le sérieux à l'humour et la plaisanterie. Bref, il sait trouver la bonne place dans la société chinoise encore très instable – et très inégale – d’aujourd’hui.
  • L’homme, le soumis. 乖乖 
Il obéira à sa copine, quoi qu’elle lui demande. Elle voudra qu’il reste à la maison ? Il restera à la maison. Elle voudra aller faire du shopping avec lui ? Il fera du shopping avec elle. Il acceptera ses colères avec tolérance, et bien sur, il sera fidèle.

lundi 6 septembre 2010

Chinese Life Vision

Joe, un des nos instructeurs durant STeLA Forum était un grand partisan du visionning. Le visionning, c’est l’aptitude de concevoir le résultat vers lequel on veut se diriger. Avec une vision forte, nous créons une tension de vision, et nous tendons naturellement vers cette vision. Le visionning peut s’appliquer à tout, pour des projets à court terme comme à long terme, des projets personnes, comme des projets de groupes. 

Lors d’une séance de visionning durant le forum STeLA, Joe a tenté de nous aider à former notre life vision par des techniques proches de la sophrologie. Il nous a ensuite demander de prendre des pastels et dessiner cette life vision.

Un dessin fut particulièrement frappant. Barbara, jeune étudiante chinoise de l’université de Beida, a dessiné deux personnages au centre du dessin. Ils se tiennent par la main, ils semblent épanouis, et un gros cœur rouge flotte au dessus d’eux. Ce qui se passe derrière les personnages est beaucoup plus intéressant. Derrière le jeune garçon une grande maison, une grosse voiture, et beaucoup d’argent. Derrière la jeune fille le soleil, les vacances, une glace. Un dessin au final tellement révélateur de la life vision de toutes nos jeunes chinoises !



dimanche 5 septembre 2010

De l'Expression à la Créativité Chinoise

Durant le forum STeLA tous les soirs nous nous réunissions en petits groupes pour une heure de réflexion durant laquelle nous partagions nos sentiments sur les activités de la journée pour en tirer des leçons, des conclusions, des directions de progrès.

Un soir, nous avons discuté longuement de la façon d’exprimer une idée lors d’une discussion de groupe. Nous cherchions à résoudre le problème suivant : aucun de nous, Américains, Japonais et Français, ne parvenions à saisir les idées des Chinois lorsque ceux-ci s’exprimaient en public. Pourquoi ? Le problème ne résidait pas dans la qualité de la langue parlée, il est plus facile de comprendre l’idée d’un japonais s’exprimant dans un anglais très pauvre que l’idée d’un chinois s’exprimant dans un anglais excellent. 

La difficulté résidait dans leur façon d’exprimer les idées. Lorsqu’Américains, Français, mais aussi Japonais, annonçons d’emblée notre idée en prenant la parole, avant de l’expliquer et la démontrer à force d’exemples et de raisonnements, le chinois part dans un long discours déstructuré sans conclusion dans lequel l’idée n’est pas exprimée. L’idée directrice est laissée à l’interprétation de l’auditeur.

Au cours de ma conférence à Harbin, j’ai remplacé un de mes camarades du labo pour la présentation de son article. J’ai lu attentivement cet article et je l’ai trouvé clair et plutôt bien écrit. Je comprenais bien les travaux que mon camarade avait effectué, et les résultats qu’il avait obtenu. Un problème majeur persistait cependant : mon camarade n’avait décrit nulle part pourquoi ce travail de recherche avait été effectué, et plus gênant, il ne concluait pas. Malgré mes relances par mail en lui demandant cette conclusion, je crois qu’il n’a pas compris ce que j’attendais de lui et m’a laissé partir à Harbin sans savoir quoi retenir de son travail. 

Je suis convaincu que, au moins dans les domaines de la science et du management, une communication qui laisse à l’interprétation est un frein important. Elle ne permet pas aux différents acteurs de s’orienter sur une même direction. Elle ne permet pas le dialogue. 

Pendant toute la semaine de forum STeLA, j’étais fermement de retour dans le système de communication à l’occidentale. J’exprimais mon point de vue, que ce soit un accord ou un désaccord, et quelque soit le statut de mon interlocuteur. Celui-ci considérait cet avis avec respect (au moins dans le cas d’une bonne communication) quel que soit nos rangs respectifs et sans avoir eu l’impression d’être challengé. Résultat, sa réponse permettait de faire avancer le dialogue. Ce système de communication permettait un grand brassage d’idée. Il permettait aussi un développement des bonnes idées. Et surtout des idées créatives. La créativité est boostée par cette bonne communication de groupe. Un groupe a l’opportunité, à partir du moment où il communique bien, de créer beaucoup plus vite et beaucoup plus loin qu’un individu isolé. A titre d’illustration, toujours au cours de STeLA, notre petit groupe de travail était considéré comme le groupe ou l’on communiquait le mieux. Cela n’était certainement pas étranger au fait que nous ayons ensuite remporté le prix du meilleur projet de groupe.

Avec mon professeur, c’est l’antagonisme d’une bonne communication. Quand j’exprime une idée, il semble toujours la prendre comme une attaque personnelle. Comme si écouter et accepter une idée d’un élève consistait une remise en cause de son statut, et de ses connaissances. Au cours d’une des sessions de la conférence à Harbin, un petit dialogue a débuté entre le chairman de la session (d’origine finlandaise), mon prof et moi-même. Il était remarquable de constater que quand l’un m’écoutait, pour comprendre l’idée que je cherchais à exprimer, le second fronçait les sourcils en cherchant comment il pourrait s’opposer brutalement à ce que je venais de dire. Le résultat d’un tel comportement, c’est que les élèves chinois ne partagent pas avec leurs professeurs. Ils sont isolés, et leur capacité créative est sabotée.

La bonne communication, ouverte à toute idée tant qu’il ne s’agit pas d’attaques personnelles, va souvent à l’encontre des valeurs chinoises du respect et de l’harmonie. Il en résulte un échange bridé (!) et trop partiel des idées, et de là un blocage des idées créatives. Les Japonais, historiquement tout aussi confucéens que les chinois, se sont pourtant bien accommodés d’une bonne communication dans la démarche scientifique. Cela doit donc être accessible aux chinois aussi. Quand ils se mettront à communiquer comme les américains savent le faire, c’est là qu’il faudra avoir peur de l’innovation chinoise !

mardi 6 juillet 2010

De l’objectif au subjectif : 客观还是主观?

A Pékin les cultures s’entrechoquent. Les valeurs sont différentes, les standards aussi. Dans un resto français on parle suffisamment doucement pour ne pas être trop entendu par la table de ses voisins, dans un resto américain on crie pour être entendu de la personne avec qui l’on dine. Une situation perçue comme confortable par une personne d’une première culture pourra être ressentie comme très embarrassante pour une deuxième personne issue d’une seconde culture. Midji, coréenne, aime que l’on parle peu, que l’on s’accorde quelques instants pour respirer, pour réfléchir, mais pour Norah, mexicaine, le moindre temps mort dans la conversation témoigne d’un très fort ennui, ça la met mal à l’aise. Des notions qui semblent universelles varient pourtant d’une culture à l’autre. Pour Li Yonghui l’amour est une chose sérieuse, pour Laura c’est avant tout un sentiment, pour Michael c’est un artifice inventé pour répandre ses gènes. Et l’humour ? Sans doute l’élément de la culture le moins bien partagé d’un pays à l’autre.

A Pékin on évite d’exprimer trop de jugements qui se veulent objectifs. C’est trop épicé - la musique est trop forte - c’est nul - t’es trop con. L’objectivité suppose un même standard, une même échelle de valeurs, une même notion du bien et du mal. Dans un mélange de culture, quel standard adopter ? Celui du plus fort ? Celui du plus con ? Celui de la langue dans laquelle on s’exprime ? Celui du pays dans lequel on se trouve ? Une question bien difficile. Mais indéniablement le passage au jugement subjectif permet d’exprimer ses opinions et ses sentiments sans outrepasser les standards des autres cultures, sans blesser ses interlocuteurs : Je ne peux pas manger épicé - j’ai les oreilles sensibles, je préférerai un endroit plus calme – je n’aime pas - tu m’as blessé par ces paroles

Et puis ensuite on réalise quelque chose. Même au sein d’une même culture, les standards sont loin d’être si bien partagés par chacun. Les divergences restent nombreuses. Et l’objectivité blesse tout autant. Alors je le dis haut et fort : la subjectivité, quel bonheur !

jeudi 3 juin 2010

入乡随俗 - Le test Mali-Qing

Voici un petit questionnaire qui t’aidera à déterminer ton aptitude à 入乡随俗 (= à Pékin fais comme les pékinois)

Pour chaque concept, tu marques 1 point si tu savais que c’était une coutume chinoise, tu en marques 2 si tu l’as accepté, et tu en marques 4 si tu l’as adopté !

Un exemple. Supposons que le chinois ait pour habitude de cracher. Cracher avec un raclement de gorge retentissant. Ça doit bien être de notoriété mondiale, tout le monde marque un point. Si tu ne te retournes même plus aux avertissements pré-jets salivaires, tu marques 2 point. Et si tu craches en faisant encore plus de bruit que les chinois, tu marques 4 point. Compris ? C’est parti.




Comment comprendre ton score :

  • Si tu as moins de 10 points, tu ne sais même pas que Mao est arrivé à pied par la Chine. Tu penses que Pearl Harbour a été bombardé par les coréens et les sushis cantonais te dégoutent. Bref, ce blog n’est pas fait pour toi. C’est dommage, tu ne sais même pas à quel point tu serais romantique de ce coté du globe.

    • Si tu as entre 10 et 40 points, tu es incollable sur les questions de culture chinoise, tu as lu tous les écrits d’André Chieng, tu connais la fréquence de crachage moyenne par habitant et sa croissance annuelle, tu peux raconter les guerres sino-japonaises en précisant toute l’abomination des soldats nippons, et tu as lu tous les articles d’Aurélien sur les rétroflexes et les occlusives. Malheureusement tu n’as jamais approché le moindre chinois, parce que tu ne dines jamais avant 18 heures, parce que tu restes cloitré chez toi durant les tempêtes de sables et parce que tu trouves la musique du propaganda vraiment trop relou. Tu peux mieux faire.

      • Si tu as entre 40 et 60 points, plus rien ne t’étonne de la part des chinois. Tu vieux-chouffises avec les nouveaux arrivant embarrassés quand on leur demande s’ils cherchent une copine chinoise ou s’ils savent nager, les locaux arrêtent de te demander de parler chinois alors que c'est ce que tu faisais, et tu es capable de remonter les rues à contre-sens à vélo avec un parapluie dans une main et le sac en plastique de fruits que tu vas offrir à tes amis pour le diner auquel tu es invité pour 17h30.

        • Si tu as entre 60 et 80 points, tu as compris que ta nationalité française te garantissait le romantisme à vie. Tu te permets donc de parler avec un affreux erhua pékinois, tu laisses trainer tes petits os sur la table et tu fais des blagues sur le cours de l’immobilier pékinois. Bref, tu as 入乡随俗é, bravo ! Attention, le prochain retour en France va être dur ! 

          • Si tu as plus de 80 points, tu as triché. C'est mal.