Affichage des articles dont le libellé est Les Quatre Dragons. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les Quatre Dragons. Afficher tous les articles

dimanche 30 mai 2010

Corée - Conclusion

Mon cher Dimitri,

Voici déjà une semaine que je suis de retour à Pékin. Mon séjour en Corée a-t-il remis en question ma vision de mon expérience en Chine, comme ce fut le cas après Taiwan et le Japon ? A vrai dire, non. Non, car cela n’a pas remis à jour de nouveaux doutes, n’a pas rompu de nouveaux idéaux que je me faisais de la Chine. Cela a surtout renforcé l’idée avec laquelle je vois la Chine, et plus particulièrement Pékin, à savoir une grande capitale, moderne et développée, dans laquelle vit une population très hétéroclite, qui ne ressemble pas à la ville dans laquelle ils vivent. 

J’ai aussi pleinement pris conscience de l’ouverture internationale que propose la capitale Chinoise. A Pékin, les étrangers sont partout. Poussée par les investissements massifs étrangers et l’organisation des Jeux Olympiques, la ville s’est adaptée aux besoins de cette population étrangère, à leur style de vie très occidental, à leurs langages incompatibles avec les accents et les caractères chinois. L’occident a pris place à Pékin. Je n’ai pas eu cette impression, et tu me l’as confirmé, en ce qui concernait Séoul. 

Afin de répondre aux quelques questions que nous nous posions, toute la semaine durant j’ai posé des questions aux chinois concernant la Corée, et aux coréennes concernant la Chine. Alors pourquoi venir étudier en Chine quand on considère si bassement ce voisin bruyant et malodorant ? La réponse a été unanime : pour le business. La Chine est le premier partenaire commercial de la Corée, et l’aptitude à s’exprimer en mandarin est un atout considérable pour les jeunes diplômés coréens. D’où ce gigantesque engouement à venir étudier en Chine. Il est d'ailleurs assez visible que les étudiants coréens qui viennent  apprendre le mandarin à Pékin sont d’ailleurs seulement motivés par la perspective du HSK (test de niveau en mandarin), et non pas par le partage culturel avec les chinois. Les contacts sont assez restreints. 

Dans l’autre sens j’ai beaucoup interrogé les Chinois sur l’opinion qu’ils ont des Coréens. J’ai été très surpris par une absence d’opinion. Les chinois qui ont toujours quelque chose à dire sur tout le monde n’ont poutant rien à dire sur leur voisin coréen. Pas d’opinion négative, pas d’opinion positive. C’est neutre. Si, une exception. Xu Xiangming m’a expliqué qu’il voyait en la Coréenne l’épouse parfaite. Très attentive à son mari, la coréenne est l’antithèse de la Chinoise. Et en bonus, avec une femme coréenne, tu n’es pas limité à un seul enfant !

Sinon pour revenir à mon séjour à Séoul, je te dois un gigantesque merci. Séoul n’est pas une ville où le tourisme est très développé. Sans contact sur place, on doit pouvoir en faire le tour en deux-trois jours. Mais c’est avec un insider que l’on découvre tous les attraits de cette ville. Cela change tout, et avec une semaine sur place, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Et quel plaisir de discuter avec quelqu’un qui comprend la culture asiatique dans laquelle nous vivons ! Car à propos de différences culturelles, il existe aussi une échelle. Au palier 0, nous ne connaissons pas la culture du pays concerné. Au palier 1, nous la connaissons. Au palier 2, nous l’acceptons. Au palier 3, nous l’adoptons ! Où te situes-tu ?

En tout les cas, je suis impatient de vous accueillir toi et Miji prochainement sur Pékin, la muraille de chine, le canard laqué, le Propaganda, ce sont des choses qui ne s’inventent pas, même en Corée ! Et ce sera peut-être l’occasion d’aller faire un tour du coté de Baekdu san ?

vendredi 28 mai 2010

La Corée, le pays du matin calme? (2/2)

Mon cher Pierre-Alain,

Je suis aujourd’hui de retour à Pékin, en provenance de Corée du Sud. J’y rendais visite à mon ami Dimitri, un camarade de promo parti en stage à Séoul à l’octobre dernier. J’y suis resté une semaine, avec l’intention de m’y reposer, loin de l’agitation Pékinoise et de mon agenda surchargé d’étudiant multi-casquettes. 

Contrairement à mes attentes, cette semaine fut bien éprouvante, et je ressens aujourd’hui un soulagement immense d’être de retour à Pékin. La vie Séoulite m’a mis à rude épreuve toute la semaine durant. Si l’appartement de Dimitri était un lieu de quiétude, la porte à peine franchie, je commençais à craindre pour mon cœur, assailli de toutes parts. 

Tu dois te demander, un peu inquiet et perplexe, ce qui a rendu mon séjour à Séoul si difficile. Les Coréens sont pourtant considérés comme un peuple chaleureux et accueillant, accordant une grande importance à l’image qu’ils donnent aux étrangers, et au gout prononcé pour les activités nocturnes, festives et à haut degré d’alcool. Tout ceci est bien vrai, je te le confirme. Un détail a cependant été omis. Un détail dont tu saisiras l’importance, j’en suis sur, au souvenir de nos longues discussions sur les athlètes féminines, en particulier les coureuses du 200m et les sauteuses en hauteur.

Là tu auras peut-être commencé à deviner le fond de mes pensées. Oui, ce sont bien les jambes des demoiselles coréennes dont je veux te faire part. Te souviens-tu des proportions que tu as recherché en vain toutes ces années ? Te souviens-tu de cet idéal alliant la fermeté du muscle longiligne à la légèreté et l’élancement féminin que tu recherchais en arpentant la montagne Sainte-Geneviève et les clubs d’athlétisme ? Mon cher ami, ne doute plus, cet idéal existe. 

Ces jambes idéales existent. Elles parcourent les rues Séoulites, nues, parfaites, insouciantes. Les talons hauts sur lesquels elles reposent sont tels des trônes modernes nous montrant la réalité du pouvoir d’aujourd’hui. Mes premières heures ici ont été un ravissement à la hauteur de ce dont tu peux imaginer. Des universitaires aux mères de famille, des serveuses aux femmes d’affaire, pas une femme coréenne n’ose couvrir la forme de ses jambes parfaites. Mais imagines-tu ce que c’est que d’être soumis à ce spectacle continuellement ? 

De retour à Pékin, j’ai remplacé l'agitation visuelle par de nouvelles explosions sonores. Mais mon âme est au repos. Peut-être pas pour longtemps. J’apprends aujourd’hui que la municipalité de Shanghai a passé une loi pour interdire aux femmes Shanghaiennes de sortir dans la rue en pyjama. Et si Pékin avait la mauvaise idée de les imiter ?

jeudi 27 mai 2010

Séoul: Fête des lanternes, Faites des Bouddhas


 Si en Chine l’athéisme est religion d’état, en Corée, la ferveur du bouddhisme est encore présente. La semaine dernière, c’était l’anniversaire de Buddha. 2554 ans le bougre. En son honneur, de nombreuses activités étaient organisées, dans les temples, comme dans les rues de la ville. Quelques photos :



Ici dans le Bongeung-sa, au Sud de la ville. Admirez les lanternes suspendues tout autour du bouddha.


 Ici dans le Jogye-sa, autour d’Insadong. Des milliers de lanternes suspendues au dessus de nos têtes.


 De jeunes enfants habillées de la Hanbok, l’habit traditionnel coréen. 


 Un gigantesque défilé dans les rues de Séoul pour célébrer la fête des lanternes. Un incroyable défilé par son nombre de défilants (le défilé a duré plus de deux heures !), leurs sourires et les lanternes qu’ils portaient, quand ils ne les poussaient pas….









La lanterne artistique, un art que je ne connaissais pas à Pékin! Ici le général coréen qui repoussa l'invasion japonais en 1590 et quelques.



mercredi 26 mai 2010

Le Coréen

Cher Aurélien,

J’ai suivi tes derniers articles avec grand intérêt, et ai découvert avec curiosité que l’aspiration était au chinois ce que le voisement était au français. J’attends avec impatience l’arrivée des fricatives. 

Pour rester dans la même thématique linguistique, je te propose un court article sur la langue coréenne que j’ai partiellement découverte au cours de mon dernier voyage à Séoul. 

Tout d’abord, la langue coréenne sonne bien. Vraiment. Les sons sont agréables à l’oreille (les vélaires expirées y sont beaucoup plus douces), et la phrase est rythmée et mélodique, chargée de sens rien qu’à sa musique. Il n’y a pas de tons en coréens, la prosodie de la phrase n’est plus fixée et varie de nouveau en fonction de l’humeur du locuteur. 

Si l’on regarde la structure phonétique du coréen, on découvre que celle-ci est très proche du chinois. Prend aussi en compte que 70% du vocabulaire coréen contemporain est d’origine chinoise, tu comprendras aisément l’origine du terrible accent avec lequel s’expriment les coréens en mandarin, du même acabit que the formidable french accent in English. 

Avant de passer à l’analyse de la structure phonétique du coréen, il me semble important d’éclaircir le système d’écriture, ce qui nous sera utile par la suite. Peut-être connais-tu déjà l’origine du système d’écriture coréen ? Laisse-moi te le rappeler. Avant l’avènement de la dynastie Tang en Chine, les coréens n’avaient pas de système d’écriture unifié de leur langue. L’influence des Tang fut considérable en Asie et les Coréens comme les Japonais importèrent les caractères chinois. S’ensuivit une langue écrite à l’origine totalement distincte de la langue orale. Au fur et à mesure des siècles, un mix se produisit, l’écrit influença d’abord l’oral par un apport lexical massif, puis l’oral influença l’écrit quand le roi Séjong adopta au XVème siècle une transcription phonétique des termes coréens. L’écrit coréen devint alors composé de caractères chinois tels qu’on les connait, et de caractères coréens à peu près phonétiques. La coexistence perdura jusqu’à très peu, et ce n’est que durant les dernières décennies que les coréens abandonnèrent finalement les caractères chinois.

Il faut savoir qu’en remplaçant les caractères chinois par les caractères coréens, les coréens conservèrent la structure morphémique du chinois. S’il existe une lettre correspondant à chaque consonne (ㅂpour b, ㄷpour t, ㄱpour n, ㅁpour m, etc.) et à chaque voyelle (ㅗ pour o, ㅏpour a, ㅡ pour eu, ㅜ pour ou, etc.), l’écriture ne se fait pas en juxtaposant les lettres à l’horizontal, les unes derrière les autres, mais en les groupant par unité syllabique porteuse de sens. Un exemple simple, le thé qui se dit tcha en chinois et se prononce pareil en coréen, s’écrit 차. C’est là que se situe tout le génie de l’écriture coréenne. Ecriture par ailleurs extrêmement simple dont l’ensemble des lettres se mémorise en moins de deux heures, à condition de comprendre la phonétique qui va derrière. 10 voyelles et 14 consonnes qui permettent de construire un nombre impressionnant de caractères coréens. 

Revenons à la structure phonétique du coréen, commençons par les consonnes, et allons directement aux occlusives, car c’est le sujet chaud du moment. Si nous procédons par paires d’occlusives voisées et sourdes en français, par paire d’occlusives expirées et non expirées en chinois, le coréen fonctionne lui par triplet. Il suffit de mêler le voisement à l’expiration pour produire un triplet, voire un quadruplet, d’occlusives me diras-tu. Oui, mais non, car le coréen, pas plus que le chinois, ne se concentre sur le voisement des consonnes. Les occlusives coréennes se distinguent en version faible (version non voisée non expirée: ㅂ,ㄱ,ㄷ), en version expirée (non voisée expirée: ㅍ,ㅋ,ㅌ) et en version forte (tout aussi peu voisée et expirée que la version faible, mais avec une accentuation: ㅃ,ㄲ,ㄸ ). Une nouvelle distinction apparait au sein de la famille des occlusives non voisées non expirées. J’ai demandé aux français comment comprendre la différence entre les occlusives faibles et fortes, ils ne savaient pas. J’ai demandé aux coréennes, elles m’ont dit que c’était comparable à l’accentuation des syllabes en anglais. Je sens malgré tout que quelque chose d’autre se cache derrière, je continue à investiguer. 

Continuons sur les fricatives. Les deux couples (zh,ch) et (j,q) du chinois se retrouvent confondus dans un même couple en coréen : (ㅈ,ㅊ). Tu comprendras aisément la logique de la chose si tu repenses à l’analyse que tu avais faite sur les associations possibles entre consonnes et voyelles en pinyin. Les s et x du pinyin chinois sont aussi agrégés en une même consonne ㅅ pour la même raison. Les prononciations deㅈ, ㅊ etㅅ dépendent donc de la voyelle qui les suit. On en serait presque étonné à trop se rapporter au pinyin du chinois qui est une transcription phonétique exacte. Pourtant c’est aussi le cas en français comme en anglais. Girafe et gâteau, this and thank, suffiront à t’en convaincre. 

Continuons la comparaison avec le français. Au grand dam de John, le coréen est aussi une langue à liaisons. Un noiseau, deux zoiseaux, trois zoiseaux, qua troiseaux, ça marche pareil en coréen. Les consonnes finales des syllabes se prononcent différemment en fonction de ce qui suit. Si les caractères sont fixés, la prononciation ne l’est pas. La simple mémorisation de l’alphabet coréen se révèle donc insuffisante pour lire correctement une phrase coréenne, il faut aussi apprendre les règles de liaison. Mais pour un français, cela n’a rien d’effrayant. 

Bref, l’écriture est aisée, la prononciation pas trop tordue, le coréen est un outil de communication plus abouti que le chinois. Un problème de taille demeure, et il s’appelle grammaire. As-tu déjà demandé à une coréenne comment dire bonjour ? Elle aura répondu que ça dépend du degré de politesse que tu veux mettre dedans. La formule la plus simple Annyang correspond à un « salut » français, très familier et que tu ne peux dire qu’aux amis de même âge que toi. Pour un bonjour plus respectueux il faudra dire annyang haseyo. Ça fait déjà 5 syllabes. Et c’est pareil pour tout. Il existe 43 façons d’exprimer une même chose, mais des degrés de politesse différents allongent la phrase de manière assez terrifiante, même pour les idées les plus simples. C’est assez déroutant pour le débutant car s’il ne saisit pas la structure grammaticale de la phrase et les particules de politesse, il est incapable de saisir l’élément porteur de sens. Comme en français il est difficile de saisir la similitude de sens entre (je suis beau/elle est belle) en raison des variations des pronoms/verbes/adjectifs en fonction de la personne, la phrase coréenne change radicalement en fonction des degrés de politesse. Tout ça pour dire que l’apprentissage du coréen passe par un apprentissage rigoureux et intensif de la grammaire. La grammaire coréenne est LA difficulté du coréen. 

En dehors des problèmes des degrés de politesse, il faudrait évoquer deux autres points dans la structure particulière de la phrase coréenne : l’ordre des mots, et la structure agglutinante. Les verbes sont placés à la fin de la phrase, ce qui peut être assez déroutants, on l’attend un peu trop impatiemment comme en allemand dès lors qu’on utilise un verbe modal ou un participe passé. Et les mots sont modifiés par l’ajout de préfixe/suffixe en tout genre qui vont signifier les fonctions, négations, temps, degré de politesse, et j’en oublie certainement. Bref, la grammaire c’est l’enfer du coréen, du moins dans les premières étapes de l’apprentissage. Tout le monde compare la grammaire coréenne à la grammaire japonaise, un mur de difficulté durant la première phase d’apprentissage, mais une difficulté qui s’amenuise au fur et à mesure que l’on progresse. Tout l’inverse du chinois donc qui présente une structure de phrase élémentaire dans sa forme basique, mais qui devient horriblement compliqué lorsque l’on s’enfonce dans les relations de logique compliquée et la langue écrite, qui emprunte aux chinois classiques de nombreuses formes grammaticales absconses.

Tu l’auras sans doute déjà senti, la langue coréenne m’attire énormément. J’ai très envie de m’y mettre sérieusement. Cela risque d’être difficile durant les mois prochains, il faut que j’essaie de finir ma recherche d’abord, mais ensuite pourquoi pas, tu m'accompagnes?

mardi 25 mai 2010

Séoul, les sites du pouvoir

Séoul, capitale du royaume de Corée, fut fondée autour des années 1400, soit une capitale encore plus jeune que Pékin. Son emplacement fut choisi pour des raisons autant stratégiques que géomanciques, avec un grand fleuve au Sud, et des montagnes aux trois autres points cardinaux. 

Le palais officiel, Gyongbok-gung, y fut construit dans la tradition chinoise :

Le Gyongbok-gung

 Le pavillon principal


 Chambre du roi


 Dans les jardins



Construit en 1405, le Changdoek-gung devait d’abord être une annexe du palais royal. Après les destructions de l’invasion japonaise des guerres Imjin (1592-1598), le Changdoek-gung fut reconstruit en premier, et devint le siège du gouvernement jusqu’en 1868.

  le Changdoek-gung







Pavillon de la reine

Le jardin du Changdoek-gung, aussi appelé jardin secret, est le plus bel endroit que j’ai visité à Séoul. Si les bâtiments officiels sont imposants au sein des palais royaux, perdus au milieu de la forêt, ils revêtent un charme incroyable :

 




lundi 24 mai 2010

La Corée, le pays du matin calme? (1/2)

Mon cher Fabien,

Comme tu le sais déjà très bien, j’étais en Corée la semaine dernière. J’écrivais à mon père à mon retour à Pékin à quel point j’avais été surpris des similitudes culturelles entre chinois et coréens. De la calligraphie à l’étiquette alcoolique, du système éducatif à la façon de battre les jeux de cartes, de la haine des japonais au nationalisme débordant, les coréens sont des chinois dont on entend peu parler. Un point malgré tout qui les différencie radicalement des chinois, c’est la passion avec laquelle ils font la fête. Ils aiment sortir, ils aiment s’amuser, ils aiment danser. En débarquant de Tsinghua dont les étudiants ne quittent jamais le campus, la différence est de taille.

Je tiens à te décrire ma première soirée. Les valises à peine déposées, Dimitri m’emmène dans le quartier de Hongdae pour une longue soirée. Nous commençons par un diner de grillades coréennes. Classique me diras-tu. Oui, mais l’ambiance me parait différente, enjouée et détendue. Il y a beaucoup de monde dehors, tous les restaurants sont ouverts sur la rue et quelques terrasses sont même aménagées. Les jeunes et moins jeunes se réunissent autour de bières et barbecue sans que les sonos ou autres chinois bruyants incivilisés ne viennent nous casser les oreilles. 

On enchaine avec un petit bar où l’on parvient à boire suffisamment de bières pour que la note de boissons dépasse celle du plat de fruit que l’on se voit imposer, et on débarque au Cocoon, l’une des boites les plus populaires du quartier. En découvrant la salle principale, je m’arrête, ébahi. Cela ressemble à tout sauf à une boite chinoise. D’abord c’est grand, très grand, et archi plein. La salle est aménagée en arène, avec des podiums en escalier faisant face à la piste de danse centrale. Ce qui est extrêmement amusant, c’est que tous les danseurs de la "place centrale" sont alignés, regardant dans la même direction. Ils n’osent pas se regarder ? On se sent plus libre de danser quand on ne se sent pas observé ? C’est plus adapté à la technique d’approche coréenne ?




Dans tous les cas on se mêle à la foule et on essaie de danser comme eux. On se rend compte qu’ils dansent tous pareils. En temps normal, c’est un mouvement de projection des pectoraux vers le haut amorcé par un brusque mouvement de redressement des jambes, et ce, associé à un mouvement de balancier de droite à gauche. Régulièrement une musique populaire leur inspire une choré particulière qu’ils connaissent tous parfaitement, et c’est toujours une salle qui bouge à l’unisson. Je retiendrais particulièrement les chorés sur One-Two-Three-Zero, et I’m-not-a whore. 

Alors que je monte sur les podiums pour avoir un peu d’air, je réalise une différence de taille par rapport à Pékin : il n’y a quasiment pas d’étrangers ! Nous sommes moins d’une dizaine parmi des centaines et des centaines de coréens et coréennes. Cela parait normal, mais à Pékin, ce sont les étrangers les instigateurs des activités nocturnes. Ici ce sont bien les locaux, et ça n’en ait que mieux. 

Pour terminer cette lettre je voudrais partager avec toi quelques grands tubes coréens, qui finiront d’éveiller en toi un intérêt que je sens naissant pour la culture pop coréenne.
  1. Nobody des Wonder Girls. Le tube coréen le plus populaire en Chine. Musique d’ambiance dans les boulangeries coréennes, dans les escalators, dans les magasins de vêtements, etc. Il faut absolument regarder le clip. Admire le synchronisme !
  2. Sorry Sorry des Super Junior. Un groupe que m’a fait découvrir Julien, un inconditionnel de la culture coréenne. Tu pourras y trouver un aperçu de comment s’habiller, comment se coiffer et comment danser comme un coréen. Jette aussi un coup d’œil à Super Girl .
  3. Ave Maria de Kim Ah-Joong. Entendu plusieurs fois au karaoké pékinois, les chinoises raffolent de cette chanson, même si elles ne maitrisent pas beaucoup plus que le Ave Mariaaaaaaa ! 
  4. Insomnia de Wheesung, reprise du titre du même nom de Craig David, tout aussi détonnant. Jamais entendu en Chine, elle passe pourtant en boucle dans les bars, discothèques et même dans les rues Séoulites. Un immanquable.
En conclusion, sache que la Corée fut à la hauteur de sa réputation. Un pays peu connu, peu touristique, mais qui se visite le soir! Une étape immanquable pour la liste de tes futures destinations!

samedi 22 mai 2010

La Corée, ou une petite Chine moderne.

Cher papa,

Une semaine en Corée, un blog laissé à l'abandon, un bateau sud-coréen coulé par les nord-coréens... Voici un peu de nouvelles et beaucoup de lecture. Il est 16h21 ici dans l’aéroport international d’Incheon, l’envol de mon avion est prévu dans moins de deux heures. Si je rentrais directement à Paris, j’imagine que tu serais impatient de me demander : Alors la Corée ? Une question banale mais qui plonge souvent le voyageur dans l’embarras. Dimitri me rapportait les propos d’un grand anthropologue : « Sur la Corée, après un jour, on peut écrire un livre. Après une semaine, on peut écrire une page. Après un an, on ne dit plus rien du tout. » Et c’est vrai que samedi dernier en allant me coucher après ma première soirée en Corée, j’aurais pu t’en parler pendant des heures. Mais plus le temps passe, plus on en voit, et plus l’extraordinaire se change en ordinaire. Après plus d’un an d’expérience de la Chine, je me souviens avoir discuté avec Antoine de la réponse standard à donner aux Français nous demandant : « Alors, la Chine ? ». Nous avions adopté : « C’est cool, la vie est pas chère, les filles sont jolies et la bouffe est bonne ». C’est ce que les gens veulent entendre, ça évite de s’embarquer dans de trop longues discussions.

Je me souviens de ma première semaine à Pékin, en cours de chinois à la BLCU. La professeur de chinois nous demandait de présenter les principales caractéristiques de notre pays. Un « Alors, la France ? » un peu caché. Je me souviens avoir été extrêmement désemparé. La France ? La France ? Que dire de la France quand on y a toujours vécu ? Sans la confrontation avec les valeurs étrangères ou l’expérience à l’international, la France fait office de normalité, de règle, de standard. Alors quoi dire ? Je me souviens être resté muet, et avoir laissé la prof répondre : "La France, c’est Paris et le romantisme, la France, c’est la mode et les parfums, la France, c’est la Provence et la plus belle langue du monde". 

La semaine dernière encore à la radio j’écoutais une émission abordant le thème des différences culturelles, et ils discutaient précisément du cas des Français. Le tableau était plus proche de la réalité : « Un, les français aiment râler. Deux, ils aiment critiquer. Trois, ils aiment dire ce qu’ils pensent. » Trois points qui se rapportent à deux valeurs très françaises : la sincérité et le cartésianisme. Le présentateur voyait les cultures françaises et chinoises comme opposées sur une échelle des valeurs. Quand le Français prône la vérité, le chinois, ou l’asiatique de manière plus générale, considère l’apparence. De là, il ne recherche pas la sincérité, mais plutôt à préserver l’image qu’il donne. C’est ce qu’on appelle sauver la face. Quand le Français fidèle à Descartes doute de tout, à commencer de ses supérieurs, ses gouvernants, ses amis, et recherche le progrès par la rationalisation, le Chinois fait confiance, suit, essaie, échoue, essaie quelque chose de nouveau, réussit, etc. Les chinois sont empiristes. C’est la méthode de grand-mère appliquée à toute la science. Pas étonnants que les Français soient si bons en maths et que les ponts chinois tombent si souvent. Pas étonnant non plus que la majorité des inventions historiques proches de la réalité quotidienne soient originaires de Chine. 

Mais sinon, la Corée ? En un mot, c’est cool. En trois mots, c’est une petite chine moderne. Laisse moi t’expliquer pourquoi. 

Tout d’abord les héritages religieux, sociaux et historiques des deux pays sont très proches. Historiquement, la Corée a toujours été très proche de l’empire chinois. Proche, mais pas au point de faire directement partie de l’empire au même titre que les nouvelles provinces régulièrement annexées au fur et à mesure de l’expansion de l’empire vers le Sud ou vers l’Ouest, mais proche car vassale de l’empire. Le roi coréen devait rendre compte à l’empereur chinois, et lui verser un lourd tribut. L’empereur chinois en retour lui promettait sa protection, et lui interdisait d’utiliser le symbole du dragon qui lui était réservé. Les échanges entre les deux pays ont été moteur d’une mise en commun des cultures, des traditions, de l’écriture, à l’image du confucianisme, du bouddhisme, et des caractères chinois. 

La doctrine de Confucius qui a été la théorie politique et sociale dominante dans l’empire du milieu jusqu’au XXème siècle l’était tout autant en Corée. La société coréenne est encore profondément confucianiste aujourd’hui, les aspects les plus visibles étant le respect de l’étiquette resté intact, et le respect des gouvernants. La Corée a beau être une démocratie dans les textes, cette démocratie ne ressemble pas beaucoup à la notre. A une vie démocratique faible est associé un nationalisme poignant. Tout comme le chinois, le coréen veut montrer bonne figure au monde entier, et ne supporte pas entendre un étranger parler de son pays avec une vision différente de l’image qu’il a voulu donner. Malgré la démocratie, la Corée n’est pas plus le pays des libertés que la Chine. 

A l’image du Confucianisme, le bouddhisme qui s’était introduit en Chine avant l’avènement du premier empereur Qin Shihuang, s’est répandu jusqu’à l’extrême Est du continent asiatique durant les siècles suivants. Le bouddhisme est rapidement devenu religion nationale, et l’est resté jusqu’au XXème siècle. Une seconde religion a aussi été introduite en Corée en provenance de Pékin : le christianisme. Les Jésuites eurent en effet une influence très grande sur l’empereur chinois dès le XVIème siècle. Aujourd’hui on peut grossièrement considérer que la moitié de la Corée est chrétienne, la seconde moitié bouddhiste. La différence avec la Chine est flagrante. D’une part les reliques religieuses n’ont pas subi la révolution culturelle, d’autre part les coréens sont encore croyants et pratiquants. 

Après le confucianisme, après le bouddhisme, le troisième grand apport de la Chine vers la Corée fut les caractères. Les coréens qui n’avaient pas adopté de système d’écriture cohérent adoptèrent durant la dynastie Tang (618-907) les caractères chinois. Durant les siècles qui suivirent, le chinois devint la langue des élites, et la seule manière de passer à l’écrit. A partir de là, la langue coréenne fut autant influencée par le chinois que l’anglais fut influencé par le français : l’apport lexical est énorme. Aujourd’hui 70% des mots coréens sont d’origine chinoise. Si les coréens adoptèrent un deuxième système d’écriture au XVème siècle pour mettre par écrit les termes d’origine coréenne, les deux systèmes d’écriture coexistèrent jusqu’au XXème siècle. Si étant jeune tu avais essayé de lire un journal en Coréen, tu aurais remarqué le grand nombre de caractère chinois au milieu des phrases. Les enfants coréens de l’époque devaient apprendre environ 2000 caractères chinois à l’école. Si aujourd’hui les coréens n’utilisent plus les caractères chinois que pour écrire leurs noms ou pour faire classe sur une affiche, l’influence est toujours présente.

Confucianisme, Bouddhisme, Système d’écriture. Que du bon ? Les deux pays partagèrent en fait aussi la guerre. Quand les mongols déferlaient sur la Chine, ils ne s’arrêtaient pas aux portes de la Corée. Quand les Japonais décidaient d’envahir la Chine, ils commençaient par la Corée. Ce n’est pas pour rien si le sentiment de haine antijaponais est encore plus fort chez les Coréens que chez les Chinois. Et s’il existe un sentiment de mépris des Coréens envers les Chinois, c’est parce qu’ils ne supportent pas de voir ce qu’est devenu ce "grand frère". « Les chinois ne se lavent pas, ils puent, ils ne sont pas civilisés » m’ont rapporté tous les coréens. En les comparant aux chinois, je faisais affront à leur modernité, pas à leur culture. La Corée du Sud est aujourd’hui un pays très moderne et civilisé. Tu t’y plairais, j’en suis sur. La modernité alliée au style de vie à la Chinoise. Une troisième variante après Singapour et Taiwan. Et tout autant qu’à Singapour et Taiwan, partout tu trouves des food stalls, ces restaurants cheap en plein air où l’on peut profiter d’un large assortiment de snacks (小吃), comme on peut en trouver en chine : soupes, raviolis, etc.

Peut-être as-tu des collègues qui ont déjà travaillé en Corée, ou avec des Coréens ? Malgré tout ce que je viens de te dire, si tu leur demandais si pour eux la Corée est plus proche de la Chine ou du Japon, ils risqueraient bien de te répondre du Japon. C’est en fait le cas dans le monde du travail Coréen.

Après la guerre de Corée et la fin de la dictature, autour des années 70, le pays est prêt à démarrer son développement économique. Les Coréens regardent autour d’eux. A l’ouest, la Chine communiste en pleine révolution culturelle, à l’Est le Japon et ses conglomérats florissants. Qui crois-tu qu’ils aient choisi ? Les Coréens se sont ainsi construit une nouvelle économie de marché axé sur les conglomérats : Samsung, Daewoo, LG, etc. Samsung est aujourd’hui la première entreprise nationale, produisant entre 10 et 20% du PIB coréen en fonction des systèmes de calculs. Dimitri aime raconter qu’en Corée on peut vivre Samsung : De la maternité aux pompes funèbres, Samsung s’occupe de tout. Avec le système des conglomérats, les Coréens ont aussi importé la notion de statut, notion si difficilement acceptée par les occidentaux. Tu rentres dans l’entreprise avec le statut le plus bas, quelque soit ta formation, et tu montes régulièrement dans la hiérarchie au cours de ta carrière que tu feras dans la même entreprise. L’entreprise et la hiérarchie décident de tout pour toi. Le CEO, c’est Dieu. Tous les mouvements sont du haut vers le bas, le subalterne obéit, mais ne soumet pas d’idée ou de propositions. Comme au Japon tu ne quittes pas le bureau tant que ton chef y est encore. Tu ne travailles pas plus, tu essaies juste de mieux étaler ton travail. Contrairement aux idées reçues, les coréens ne sont pas efficaces au travail. Peut-être parce que les heures supplémentaires ne sont pas déclarées…

La culture coréenne poussée par le développement économique s’est donc fortement japanisé aux cours des dernières décennies. Mais rassure-toi, même au niveau économique, les coréens restent des chinois. Si les entreprises japonaises créent et innovent, les entreprises Coréennes suivent le mauvais esprit chinois. Attirer les entreprises étrangères sur le marché national pour mieux se jouer d’elles. Les entreprises étrangères ne peuvent pas entrer sur le territoire coréen sans créer de joint venture et proposer de transferts technologiques. Les entreprises coréennes réutilisent aussitôt ces technologies sous leurs propres noms, et c’est l’enfer pour les entreprises étrangères. Dimitri qui bosse Séoul pour Thalès-Samsung me l’a répété régulièrement. Au sein du même groupe qu’est Thalès-Samsung défense, si ses boss français bossent pour Thalès qui possède plus de 50% des parts du groupe, tous les coréens travaillent pour Samsung ! Dans la même veine, les copies de produit étrangers sont presque aussi nombreuses et tout autant tolérées à Séoul qu’à Pékin. 

Alors pour résumer en neuf mots, la Corée, une petite chine qui se serait déguisée en Japon ? 

Je te laisse quelques photos en guise de conclusion.
 
 Une touche de tradition sur fond de modernité


Quand ni les talibans, ni les communistes ne sont passés par là, le Buddha tient encore debout



 Temps moyen de prière dans un temple bouddhiste chinois: 12 secondes, le temps de faire les 4 flexions.
Temps moyen de prière dans un temple bouddhiste coréen: plus que ma patience


Les food-stalls

Et le cuistot qui va avec!


Samsung s'occupe de tout


Louis Vuitton et Dolce Gabbana. Ils auraient pu essayer d'être plus originaux sur les noms...



Comme Tokyo, comme Shanghai, Séoul ne faillit pas à la règle: toujours un petit tour chez Paul pour finir le séjour!

vendredi 14 mai 2010

Corée - Introduction

Mon impression la plus ancienne de la Corée doit remonter aux cours d’histoire du lycée, et la furieuse remontée vers le Nord du général McArthur, ramené par les chinois dans ses 38 scellant ainsi la limite entre l’Asie communiste et l’Asie capitaliste. Au Nord, la moitié Nord du pays qui débouche sur les territoires du Nord-Est de la Chine, Pékin n’est pas bien loin. Au Sud, la moitié Sud du pays, bien plus proche de Tokyo que de Pékin.

Depuis la France, La Corée, c’est un tout petit bout de terre que l’on distingue à peine, caché par ses deux grands voisins chinois et japonais. La Corée a d'ailleurs historiquement longtemps été un pendule, oscillant entre l’Ouest chinois, et l’Est japonais

A Tsinghua, la Corée semble à ma porte. Plus de la moitié des étudiants vivant à mon étage sont d’origine Coréenne, il y a un parfum de kimchi qui règne dans les couloirs, et partout résonnent des Anyang, sorte de cri de rassemblement dans un langage déroutant, saccadé et très musical. 

A Wudaokou, les restaurants sont coréens, les boulangeries françaises sont coréennes, les jupes les plus courtes sont aussi coréennes. 

Vu d’ici, la Corée, c’est un peu la lune chinoise. Certes petite de taille et de population, mais par sa position intermédiaire, elle est capable d’éclipser Tokyo aux Pékinois. Et certes le corps massif qu’est la Chine a imposé sa période de rotation à son petit voisin coréen, mais ce sont bien des marées coréennes qui débarquent aujourd’hui tous les jours à Pékin. 

Demain, je prend la chemin inverse. Séoul, me voilà !

mercredi 26 août 2009

Les camions poubelles taïwanais !

Aujourd’hui, l’article qui fera vraiment perdre la face à Violette : les camions poubelles à Taiwan ! 今天是妹子好丢脸的文章:台湾的垃圾车!

Les camions poubelles, vous allez penser que je ne sais vraiment plus quoi écrire… Et pourtant, c’est bien vrai, le camion poubelle est un souvenir de Taïwan que je ne pourrai jamais oublier !

L’histoire commence à Taizhong, un petit matin alors que je dors profondément, une petite musique me sort doucement de mon sommeil. Une petite sonnerie qui me rappelle celle qui passait parfois sous ma fenêtre à New York, la sonnerie du marchand de glace ! Je me rendors en rêvant de boules au chocolat, à la vanille… Puis la musique revient. Elle ne cessera d’alterner crescendo et decrescendo jusqu’à ce que je me décide à me lever définitivement.

Puis en sortant pour aller petit déjeuner, je tombe nez à nez avec mon marchand de glace. Et là, large déception. Il ne sent pas la fraise ni le chocolat le camion. Il est tout jaune, il est gros, et il sent pas bon. Normal, c’est un camion poubelle.

Le Leseche!

Et à Taiwan, le ramassage organisé des ordures, et bien, c’est plus communiste que ce qui se fait en Chine, chacun met la main à la pate. Pas de jour prévu pour le passage du camion poubelle, pas de grosse poubelle à sortir avant d’aller se coucher, non, ici on attend d’entendre le carillon du camion poubelle pour se précipiter hors de chez soi avec les ordures dans les mains pour aller les jeter soi-même dans le camion ! Voyez ici, le ramassage des poubelles à Gaoxiong, la 2ème plus grande ville du pays :

Tel une lumière divine, le camion poubelle approche...


Et la petite dame coordonne les opérations!

A partir de ce jour, le carillon du camion poubelle n’aura cessé de retentir à toutes heures dans mes oreilles. Non qu’il soit si bruyant, mais sa musique est si caractéristique que j’ai appris à le repérer à des kms. Ah vraiment, le leseche (垃圾车c’est comme ça qu’on dit à Taïwan, ça c’est pour toi Jonathan ;-) ), un très grand souvenir !

J’ai pris une petite vidéo pour immortaliser la douce mélodie, écoutez un peu :



Et dire qu’il y a quelques années c’était la lettre à Elise…

mardi 25 août 2009

Une histoire de langues

Aujourd’hui, parlons un peu langage, après tout c’est un aspect important de ma vie et de mes pérégrinations dans la sphère culturelle Chinoise. L’île de Taïwan, malgré sa faible étendue géographique, est en effet dotée d’une très grande richesse linguistique.

Les aborigènes d’abord ont leur propre langage, dont je ne sais à vrai dire rien, n’en ayant pas rencontré un seul… Il faut dire qu’ils vivent souvent en communauté dans les montagnes, et les villages montagneux ont été mis à rude épreuve par le typhon. Ça n’était pas le moment de leur rendre visite !

Les colons de la vieille époque, si vous vous souvenez du précédent article, sont akhas ou fujianais et parlent leurs langages respectifs, plus ou moins loin du mandarin, et avec plus ou moins de tons (il en existe entre 6 et 9, comme en Cantonais, pour le minnan ou 闽南话, le langage des fujianais.

Ensuite beaucoup de personnes âgées parlent couramment le Japonais, vestige de l’occupation Japonaise, mais il n’a pas été transmis aux jeunes générations.

Le dernier langage, le mandarin, fut imposée au taïwanais suite à la « libération » de l’ile par la Republic of China et sous la loi martiale imposée par le général Chiang. Les jeunes et moyennes générations parlent donc tous mandarin. Mais le 台语, traduit littéralement en langue de Taïwan, désigne le minnan hua, le langage des colons du Fujian. Le grand-père de Violette ne parle ainsi que minnan hua, et japonais !


Concentrons-nous maintenant sur le mandarin, la seule langue que j’ai pu appréhender sur place. Bien qu’ayant été imposé par des Chinois originaires de Chine, des petites différences existent entre le mandarin de Taïwan et celui de Pékin. Mais quand on connait les différences de langage entre un marseillais et un parisien, cela ne devrait pas nous étonner. Je crois qu’on peut distinguer trois grandes différences : les caractères, le champ lexical, et l’intonation.


Tout d’abord, les caractères. A Taïwan, comme à Hong-Kong et dans toutes les chinatowns de l’étranger, on n’est passé à travers les révolutions communistes, en particulier, celle de la simplification des caractères. On écrit donc encore avec les caractères traditionnels. Je ne me suis pas intéressé en profondeur au débat relatif à la simplification des caractères en Chine, mais en quelques mots, l’idée directrice était d’accélérer l’écriture à la main à une époque où le mot d’ordre était le progrès à tout prix. Quelques exemples frappants parmi les caractères les plus courants : 讀書 devient 读书,讓 devient 让,買賣 devient 买卖. Les caractères traditionnels sont composés d’un très grand nombre de traits, et il est indéniable que l’écriture en caractères simplifiée est beaucoup rapide. Mais une partie de la culture et de la logique, une partie du charme et de la beauté aussi, ont disparu avec la simplification. Ce n’est pas pour rien que les calligraphes de Chine continuent à peindre et dessiner en caractères traditionnels.

HK et ses caractères traditionnels

D’abord un peu perdu à mon arrivée à Hong-Kong, j’ai appris petit à petit à décrypter les caractères traditionnels. Et miracle, lorsque l’on maitrise bien les constructions en caractères simplifiés, on devine assez aisément à quel caractère on a affaire, car c’est le même, mais sous des habits différents. Et j’avoue que l’excitation passée… le charme reste ! Quel plaisir encore hier de pouvoir reconnaitre les caractères laissés sur le sol par un calligraphe de rue ! Bref, la découverte des caractères simplifiés fut une petite source de jouvence dans mon apprentissage du chinois. Et puis, la lecture des caractères traditionnels, c’est l’étape obligée vers les informations en chinois, mais libre… et les karaokés, tous produits à HK !


La différence entre les caractères simplifiés et traditionnels est une chose, les différences dans le champ lexical en est une autre. Voici quelques exemples, tout en caractères simplifiés : Le vélo, 自行车, le véhicule aux roues libres, devient 脚踏车, le véhicule où l’on appuie sur ses jambes. Le taxi, 出租车, le véhicule de location, devient 计程车. Le blog, 博客 transcription phonétique du terme anglais, est ici traduit en 网志, le journal en ligne. Ça rappelle un peu les différences franco-québécoises !

Les différences lexicales se font aussi de façon plus fines, mais là, je dois m’en remettre à une totale confiance de Violette qui me dit qu’elle fut souvent frappée à Pékin en apercevant les publicités, dont les slogans ne pourraient pas passer à Taiwan, car utilisant des termes qui apparaissent choquant aux yeux des taïwanais. Il semblerait aussi que les continentaux aient fait une croix sur le chinois classique alors qu’on continue à faire appel à lui à Taiwan. Ceci dépassant mes limites, nous attendrons que Jonathan ait atteint lui aussi la belle ile pour qu’il nous en dise plus.

Une dernière chose sur le champ lexical, à propos de la langue orale. J’ai enfin découvert un 标准, un standard en arrivant sur l’ile, et cela facilite grandement la compréhension lorsque l’on est étranger ! Un autre point de vue, celui de Murielle, beaucoup initiée que moi dans la langue et la culture chinoise, c’est que la langue orale apparait du coup beaucoup plus pauvre.


La dernière différence est dans la façon de parler. En 3 mois, Les continentaux reconnaissent les taïwanais, et ça marche à chaque fois ! Ils décrivent d’ailleurs le mandarin parlé par les taïwanais comme une langue très douce, articulée avec plus de suavité, qui se distingue des voix rocailleuses pékinoises… Ajouté à cela une accumulation de 尾音, son que l’on ajoute à la fin de presque chaque phrase à l’oral pour adoucir : a, ya, la, ye, o, etc. Vous avez tout compris - la - ? Parfait – oh - ! A bientôt pour le prochain article et un sujet beaucoup plus original !

dimanche 23 août 2009

慢慢吃! Bon appétit !

Le Lonely explique que le but principal d’un guide de voyage est de donner au lecteur les quatre informations suivantes. D’abord, pourquoi y aller ? Puis, qu’y voir, qu’y faire, quoi y manger ?

Pour Taiwan, je crois qu’on pourrait résumer les réponses ainsi : Pourquoi y aller ? Pour manger. Qu’y voir ? Des night market avec leurs multiples petits stands pour tous les appétits. Qu’y faire ? La tournée des night market. Qu’y manger ? La liste est longue, la bouffe est tellement variée, et jamais identique d’un endroit à un autre !

好吃,好吃! 这个很好吃! 你吃看看吧!你吃过这个吗? 吃看看吧! 我去过这里,非常好吃!我们去吃一下吧! 嘿,这里也好吃! 你吃饱了?没关系,你一定要吃这个喔!

C’était l’exemple d’une discussion que l’on peut avoir en passant à travers un marché de nuit. Vous n’avez pas tout compris ? Pourtant, c’est simple, je n’ai quasiment utilisé que les caractères gouter, manger, bon, très, super…


La préoccupation première d’une taïwanaise ? Manger !

Mais au fait, qu’est-ce que c’est exactement un marché de nuit ? C’est un marché qui envahit les rues commerçantes, on en trouve généralement plusieurs par ville, ils sont là tous les soirs pour les plus populaires, et c’est un déploiement de petits stands qui viennent se juxtaposer aux boutiques en dur. On y déambule à la sortie du lycée, du boulot, on picore un petit ravioli ici, on attrape un verre de jus de pastèque frais, on essaye les nouvelles paires de converses, on commande une petite galette, on va lancer quelques ballons de basket dans la salle d’arcade en attendant que ça refroidisse, on termine avec une salade de légume, touffu et viande marinée que l’on va déguster assis sur un banc en écoutant un sympathique chanteur de rue.

Ça vous fait envie ? Venez à Taïwan ! Il parait qu’on en trouve aussi dans le sud de la Chine, mais à Pékin, c’est encore un peu maigre, un peu crado aussi. Plus que l’absence de politesse ou de service correct, je crois que ce qui manque le plus à un taïwanais à Pékin, c’est vraiment le marché de nuit !

Quelques photos avec ou sans rapport avec les marchés de nuit

Des petits stands de bouffe les uns dernière les autres au night market de yizhong (一中)


Ici, on commende ce qu'on veut, le monsieur derrière nous découpe tout en petit morceau et nous tend une sympatique petite salade


Pareil, mais avec d'autres ingrédients

Second exemple du « manger à l’asiatique », déjà rencontrés à Singapour, les food courts rassemblent un grand nombre de stands et restaurants, toujours à petits prix, mais l’hygiène et la diversité sont là ! A Taipei, on en trouve entre autres au premier étage de la gare centrale, ou ici au basement de 101, la tour la plus haute du monde (du moins pour quelques semaines encore !)

Food court luxueux au sous-sol de 101

Notre visite du port de Taizhong. Bien sur, on admire les bateaux de pécheurs qui entrent et sortent du port, on respire l’air marin, mais comme d’habitude, ce qui nous intéresse ici, c’est : que put-on y manger ! A peine rentrés dans l’enceinte du port, on est accueilli par tout un tas de petits stands qui proposent des petites barquettes de coquillages, histoire de se mettre en appétit. Puis on rentre dans le marché à proprement dire, et là, c’est magnifique !


Des stands de poissons et de fruits de mer partout, ils donnent tous envie ! Et bien qu’ils ressemblent aux poissons de chez nous, ce ne sont pas les mêmes espèces ! Je vous assure que j’ai essayé de savoir quel genre de poisson c’était. Les marchands ne connaissaient généralement le nom des poissons qu’en taïwanais, Violette m’aidait à traduire en mandarin, mon dico me donnait la traduction en anglais, et Wikipédia me donna la traduction ultime en français… et ce ne sont pas les poissons que l’on a habituellement dans nos assiettes ! Enfin, je parle pour vous, parce qu’ici, on achète le poisson qui nous fait envie, et on peut le déguster sur place à la sortie du marché, magique, non ?

On peut même acheter juste les têtes :-)


Le 挫冰, plat typiquement taïwanais, une ile habituée à avoir chaud : tu prends de la glace pilée, et tu rajoutes pleins de choses dedans, en fondant, dans l’assiette ou dans la bouche, tout se mélange, et c’est so refreshing !


Ici un food court sur l'ile de Qijin, on y déguste que des fruits de mer.


L'anguille était un délice!


Visite de Jiufen (九分). Objectif principal: déguster les spécialités locale! Mmm, un peu trop QQ à mon gout...

Bon appétit!

jeudi 20 août 2009

Taïwan et la Chine

Maintenant que l’on connait un peu mieux les origines de Taiwan et de ses habitants, nous pouvons espérer appréhender avec un peu plus de discernement l’épineux problème de ses relations avec Pékin. Commençons par quelques faits :

  • Le nom officiel de la Chine est 中华人民共和国, République Populaire de Chine. Celui de Taiwan est 中华民国, République de Chine.
  • L’une des deux compagnies aériennes internationales basées à Taiwan est dénommée China Airlines, que l’on ne doit pas confondre avec Air China, elle propriété de la république populaire de Chine. Comme cette compagnie aérienne, la majorité des grandes entreprises publiques de Taiwan portent le nom China : China Steel, China Telecom, Chinese Petroleum, China Shipbuilding, etc.
  • Taiwan est dotée du statut administratif de région (省) par la République Populaire de Chine. Pékin propose à l’ile de prendre le statut de région administrative spéciale en suivant l’exemple de Hong-Kong ou Macao.
  • Les vieux scooters portent sur leur plaque l’inscription 台湾省, région de Taiwan, les scooters neufs ne l’ont plus.
  • Jamais aucun traité d’indépendance ne fut déclaré par Taiwan.
  • Actuellement, seulement 23 états reconnaissent la république de Chine.
  • Une délégation taïwanaise était présente aux JO de Pékin. Elle portait le nom de Chinese Taipei. Hong Kong avait aussi sa délégation propre.
  • Taiwan a eu un siège de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU dès la création de l’institution, jusqu’en 1971, date à laquelle la république populaire de Chine fut admise à l’ONU tandis que Chiank Kai Check retirait la république de Chine.
  • Les Etats-Unis ont déclaré le Taiwan’s Relations Act stipulant qu’ils reconnaissaient la République Populaire de Chine comme légitime sur l’ensemble du territoire Chinois, incluant Taiwan, mais qu’ils défendraient Taiwan en cas de toute agression.


Reprenons maintenant la trame historique un tout petit peu plus en arrière que nous ne l’avions laissé, alors que Chiank Kai Check est toujours président de ROC (Republic of China) et dictateur de Taiwan placée sous loi martiale. Son idée première en investissant Taiwan était de revenir pour renverser les communistes et retrouver sa légitimité sur toute la Chine en prenant appui sur cette base arrière que représentait Taiwan. De cette période là subsistent deux systèmes politiques revendiquant la légitimité sur le territoire incluant la Chine continentale comme l’ile de Taiwan.

Avec la fin des combats et la mort du général Chiank, la dictature se fait moins dure à Taiwan, et la loi martiale est petit à petit abandonnée. La fin de la loi martiale est déclarée en 1987 et l’ancien premier ministre devient le premier président de Republic of China né sur l’ile de Taiwan.

Avec la progression du débat démocratique ressortent deux partis majoritaires : le guomindang conservateur, et dont la politique se conjugue avec la volonté d’améliorer le dialogue avec Pékin, et peut-être arriver un jour à une réunification. On parle du parti bleu. Le deuxième est le parti progressiste. Son but est opposé, donner à Taiwan une indépendance effective vis-à-vis de la Chine. Il s’agit du parti vert.

Le guomindang fut au pouvoir sous l’ère des Chiank puis durant les premières années de la démocratie, jusqu’en l’an 2000. Durant ces années là, Taiwan prospérait économiquement et était un formidable partenaire commercial pour la Chine continentale. La population taïwanaise bénéficiait d’un enrichissement et d’une amélioration des conditions de vie. Les hommes d’affaire taïwanais investissaient de larges sommes en Chine continentale, les fabriques étaient délocalisées sur le continent où la main d’œuvre était moins chère, et l’industrie de l’ile se reconvertissait dans le secteur high-tech de l’informatique, ils sont toujours numéro un dans le domaine, avec deux marques de prestige : Acer et Asus.

Mais. Car bien sur, il y a un mais. Mais il existe un gouffre entre la population de l’ile et celle du continent. Elles ont beau avoir des origines communes, celles-ci remontent à un ou plusieurs siècles. Aujourd’hui, il est bien difficile de trouver un taïwanais dont une partie de la famille se trouve sur le continent. C’est seulement le cas des derniers immigrants arrivés avec le général Chiang, mais ceux-ci sont très minoritaires et ne furent que difficilement intégré à la société.

Ensuite, et c’est certainement là le plus important, il existe un gigantesque mépris des taïwanais envers les continentaux. A Taïwan, on les appelle les daluren (大陆人), les continentaux, quand il faut faire bonne figure, les A-la-a quand ils sont entre eux, c’est en taïwanais, et c’est un terme très condescendant. Arrêtez de leur demander en plaisantant (tout le monde le fait) s’ils sont Chinois, ils détestent ça !

Et puis quand les taïwanais arrivent à Pékin, comme ce fut le cas de Violette pendant 6 mois, ils ont bien du mal à comprendre pourquoi la rue ressemble à un décharge publique, pourquoi on jette les détritus à travers les vitres des bus, pourquoi on crie aussi fort dans la rue ou dans les restaurants, pourquoi on s’insulte aussi facilement dans la rue, pourquoi on fait preuve d’un tel manque de courtoisie, de politesse.

Bref, le taïwanais ne ressemblait déjà pas tant que ça au continental il y a un siècle, et pendant que les uns étaient dirigés par les occupants Japonais vers la modernité, les autres étaient plongés au fond du trou à coup de bond en avant et de révolution culturelle. Si la Chine d’aujourd’hui n’est plus celle de l’ère Mao, elle en garde les conséquences. Indéniablement, au moins par l’aspect culturel, le Taïwanais ne ressemble pas au Chinois.

Ainsi comment la population taïwanaise peut-elle supporter d’entendre Pékin répéter inlassablement que Taiwan est une province Chinoise comme une autre ? (Le quidam d’en la rue de Pékin en est d’ailleurs intimement persuadé.) Evidemment, pas très bien. Il ne fut donc pas bien étonnant d’assister à une large victoire du parti vert, le parti progressiste, en 2000, qui allait enfin mener Taïwan vers la place qu’elle mérite : un pays indépendant et reconnu.

Mais. Et oui, il y a encore un mais. Mais les mesures qui furent prises ne plurent pas. Et pour cause. Si pendant les 8 ans de pouvoir du parti vert, aucun traité d’indépendance ne fut déclaré officiellement, le gouvernement taïwanais ne cessa de titiller la Chine, à l’image de l’annulation de tout vol direct entre l’ile et le continent. Tant et si bien que les relations commerciales se compliquèrent, et les affaires se firent de moins en moins nombreuses. Conséquence directe : appauvrissement de la population qui le ressent fortement. Ajouté à cela pas mal de « bétises » et d’histoires de corruption ou affiliées, ce furent 8 ans finalement bien difficiles pour Taiwan. En 2008, même si le taïwanais ne se sent toujours pas plus proche du Chinois, c’est poussé par des considérations économiques qu’il remet le parti bleu au pouvoir.

Que dire en conclusion ? Je crois que la situation peut en faire se modéliser très simplement. Taiwan, c’est un noyau périphérique dans une molécule. La force coulombienne créée par les noyaux centraux cherche à repousser ce noyau périphérique, mais les liaisons covalentes créées par la mise en commun d’électrons est plus forte et les empêche de se séparer . Si les électrons grossissent beaucoup, une fusion peut avoir lieu. Mais si on secoue beaucoup la molécule, l’atome périphérique sera éjecté...

Vous m’avez compris ?

Si non, j'ai plus simple:

Tu vends les shots de Tequila à 5 kuais, ça rapproche tout de suite!

mercredi 19 août 2009

Le Typhon

Bon, d’abord, qu’est-ce que c’est un typhon ? Je jette un coup d’œil au petit Robert, du chinois taifeng (台风), grand vent, désigne les cyclones des mer de Chine et de l’océan Indien. Ahhhh, un typhon, c’est simplement un cyclone, et la désignation typhon rajoute une précision géographique. Voilà, cela vous servira peut-être si vous allez à Question pour un champion, ou comme papa à coller les gens autour de vous.

Alors un typhon, c’est un cyclone de mer de Chine. Bon, qu’est-ce qu’on trouve en mer de Chine ? Hong-Kong, ok, Taiwan, ok, le Japon, ok, tous les trois auront eu le droit à leur typhon respectif durant la première quinzaine d’aout, pas de jaloux !

Durant mon passage à HK, j’avais vu quelques images des typhons les plus violents de l’histoire de la ville, et c’est très très impressionnant. Je me souviens notamment des images d’un immense tas de voitures encastrées et empilées les unes sur les autres, balancées par les vents terriblement puissants du typhon. Cette année le premier typhon de l’été à attendu que je m’éloigne de la ville pour s’approcher, et il s’est abattu sur les grattes ciels le lendemain de mon départ.

J’avais manqué le typhon d’HK, j’étais un peu déçu. Le lendemain, Violette m’annonce, l’air dépité, qu’un nouveau typhon est en approche, et ne devrait pas éviter Taiwan comme le précédent. Moi sur le moment j’étais plutôt content de pouvoir assister à cette force de la nature, en toute sécurité dans un pays qui à l’habitude de ces phénomènes météorologiques, il en arrive toutes les années en été et en automne. Maintenant je n’ose plus trop l’avouer quand on sait les graves conséquences qu’il a eues, en particulier un village de montagnes ravagé par une gigantesque coulée de boue provoquée par les précipitations monstrueuses. Notre typhon était baptisé Morakot, et vous en avez certainement entendu parler en France, même si les sites d’information du monde et du figaro sont restés bouche cousue jusqu’à ce qu’il commence à menacer la Chine et provoque le déplacement d’environ un million de Chinois.

Revenons un peu sur comment nous avons vécu le passage du typhon. Dès samedi soir (le 1er aout), le soir de mon arrivée, la ville de Taoyuan (桃园) était balayée par des bourrasques de vent violent. Le signe annonciateur de l’approche d’un typhon répétaient les taïwanais. Et effectivement, les télévisions commençaient à annoncer la formation d’un typhon à l’est, et recommandaient à la population de se maintenir au courant en vue de son arrivée prévisible sur l’ile la semaine suivante. Le lendemain les bourrasques ont continué, et dès lundi soir, alors que nous étions à Taipei sur la tour la plus haute du monde (101) les fortes pluies ont commencé à tomber.

Le ciel s'assombrit au dessus du palais impérial de Taipei...


... comme sur la tour 101.

Mardi, jour de répit alors qu’on se balade autour de Taipei, et mercredi à Taizhong (台中), les choses sérieuses commencent. Des de fortes précipitations s’abattent à partir de la mi-journée, et les télévisions commencent à lancer leurs alarmes typhon car celui-ci est proche !

Le lendemain vendredi, pareil, une pluie très abondante qui débute en mi-journée (le retour de Dajia fut très très humide !) et en début de soirée le typhon est là : le vent s’est levé, il est fort, très fort. Entre les précipitations massives et ce vent en furie, on ose même plus sortir pour aller diner ! Le lendemain, grasse mat à la place d’aller visiter Tainan, accalmie au niveau de la pluie, on en profite pour sortir prendre le petit dej. Le vent est toujours très fort, et ce qui est incroyable, c’est qu’il change de directions toutes les 30 secondes ! Bref, c’est un cyclone !

On profite d’une des dernières lignes de bus encore ouverte pour nous rendre à Gaoxiong (高雄) avant la nuit, et j’insiste pour que nous nous approchions du bord de mer pour admirer la violence de l’océan dans ces conditions infernales, comme on pourrait le faire au Tréport un jour d’orage. Mais un typhon, ce n’est pas qu’un simple orage, il nous tombe des paquets d’eau sur la tête (il aura plu 2m d’eau dans la semaine) et le vent souffle, souffle, et nous claque la pluie dans la figure. Arrivés sur le littoral, on constate que la police a interdit l’accès aux plages, chemins, et route sur bord de mer. C’est pas plus mal comme ça, et on peut quand même admirer la violence des vagues de loin. C’est fou, c’est fou la violence avec laquelle les vagues viennent se briser sur les rochers. Bien sur pas de photos, avec cette pluie, il me faudrait un appareil amphibie !

Le soir, toutes les chaines sont branchées sur le typhon. On décrit son avancée, son centre est encore sur la partie Est de l’ile, ralentie par la haute chaine de montagne centrale (sympa pour les habitants de l’est). On passe en situation 停班停课, les élèves ne vont plus en cours, les parents ne vont plus au travail. Le lendemain matin, on voit une journaliste à la télé sur le lieu de notre « promenade de la veille », elle s’est approchée du bord, et elle a raison de pas être rassurée ! Comme on ne va quand même pas rester une journée entière sans sortir, on prend un taxi jusqu’au métro, et on passage la journée au centre commercial-ciné. Les portes et fenêtres sont cadenassées pour résister à la force du vent…

Dimanche, le gros du typhon est passé. On peut sortir et aller se balader sur l’ile de Qijin (旗津) et constater quelques effets du passage du typhon : le littoral est recouvert de sable qui s’est avancé beaucoup plus loin que la plage, la plage est recouverte d’ordure… et un peu plus loin c’est un bateau échoué.


A Gaoxiong


Sur l'ile de Qijin


A ce moment là, l’œil du typhon a quitté Taiwan, les vents violents ont cessé, mais les péripéties ne sont pas encore finies, et le pire reste à venir concernant Taiwan. Ce dimanche en fin de journée ainsi que les 3 jours suivants, il a continué de pleuvoir, pleuvoir, pleuvoir, et associées à toutes les précipitations déjà tombées, cela fait beaucoup. Beaucoup trop. Plus de 2m. Ce sont les précipitations les plus abondantes des 50 dernières années. Les fleuves grossissent, emportent les ponts, les routes et les constructions trop proches de la rive. Des coulées de boue apparaissent un peu partout dans cette ile très montagneuse, et dans un village, c’est la catastrophe. D’une manière plus générale, les villages de montagne (compter quand même plusieurs dizaines de milliers d’habitants, Taiwan est le deuxième pays le plus densément peuplé au monde derrière le Bangladesh) se retrouvent coupé du monde, et l’armée intervient à grand renfort un peu partout pour secourir les blessés et approvisionner la population. 380 hélicoptères et 20 000 hommes ont été déployés pour l’occasion.

Mercredi alors que nous nous dirigeons vers Kenting, nous voyons les dernières gouttes de pluie, et jeudi, ça y est, le beau temps est revenu !

Bord de mer, dans le parc de Kenting


Une conséquence, elle heureuse pour les taiwanais, du passage du cyclone, ce sont les bancs de poisson qui s’agglutinent le long des cotes. Ici sur une plage à Kenting, les maitres nageurs et loueurs de jet-ski se sont reconvertis en pécheurs à la ligne. Un poisson par minute, c’est époustouflant. Il lance la ligne. 10 secondes plus tard, ça a mordu. Des fois, c’est même deux poissons d’un coup ! On les voit faire l’aller-retour en courant entre leur caisson ou ils entassent les poissons et se rechargent en amas, au pas de course bien sur, c’est une occasion à ne pas manquer (不可以错失良机!)!

Des pécheurs en rang d'onions


Aujourd'hui, c'est le pactole!

A ce moment là, le typhon était loin, parti vers Shanghai...