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mercredi 17 octobre 2012

Chronique Cinéma Taïwanais

L'hiver dernier ayant été froid et humide, j'ai passé pas mal de temps dans les sales obscures. Voici un petit résumé de quelques films qui valent le coup d'être visionnés. Je les range en deux catégories. La première rassemble quelques films légers et de bonne humeur à l'image de "Hear Me" (聽說). La seconde rassemble des films plus riches, mais plus noirs aussi.


1ère catégorie - Les légers et joyeux

1. New Perfect Two (新天生一對) - Une belle histoire entre un jeune homme vivant dans une maison délabrée, mais avec tellement de charme, sur la côté Sud de Taïwan, et un petit garçon qui lui est confié quelques jours par son ex-copine. Des belles images de ce petit garçon boudinet prenant son bain dans la baignoire installée en extérieur avec vue sur la mer, et ce jeune homme, perdu dans sa vie qui va se prendre d'affection pour ce petit garçon. Bref, un film qui respire la bonne humeur!

2. Love (愛) - 4 histoires d'amour en parallèle. Une pékinoise déjantée mère célibataire. Une jeune taïwanaise enceinte de l'enfant du copain de sa meilleure ami. Une taïwanaise qui aime l'argent et au caractère ultra compliqué. Un regroupement massif de stars pour un film très agréable. J'aime toujours autant Chen Yihan. Pourquoi Shu Qi doit elle être si compliquée?


2ème catégorie - Les profonds et maussades

1. A City of Sadness (悲情城市) : En 1945 le Japon capitule face à l'armée américaine et ses colonies sont partagées par la coalition alliée. L'île de Taïwan, colonie paisible et florissante sous l'occupation Japonaise, est donnée à la République de Chine. Un représentant du gouvernement nationaliste est envoyée à Taipei, et la loi martiale est déclarée. Commence une période de trouble marquée par des affrontements entre les différents groupes d'influence. Le film décrit cette période difficile avec un jeune muet comme rôle principal, symbolisant l'impossibilité de parler sans et inquiété à cette époque.

2. Apart Together (團圓):En 1949 l'armée nationaliste repoussée par l'armée communiste embarque sur les bateaux et se réfugie à Taïwan. Cette opération de repli préparant à la reconquête s'est révélée un exil permanent, et les soldats nationalistes ayant laissé leurs familles sur le continent recommencèrent une nouvelle vie sur leur île d'exil. Le film décrit les retrouvailles d'un ancien soldat nationaliste et de sa première épouse, celle qu'il a laissé sur le continent plus de 40 ans auparavant. Beau film, mais difficile. Souvenir vibrant du repas partagé par cette vieille femme et ses deux maris, le second ayant appartenu à l'armée qui a repoussé le premier sur les bateaux en partance pour l'exil.

3. Eat Drink Man Woman (飲食男女) : Ce film est tournée dans une société taïwanaise plus moderne et apaisée que les deux précédents. Un père de famille pas comme les autres, puisqu'il est chef dans le restaurant du plus grand hôtel de la ville, prépare tous les dimanches un festin pour ces trois filles. L'histoire dévoile trois destins différents pour chacune de ses filles qui décident tour à tour de quitter le foyer. J'ai été particulièrement touché par le rôle de la cadette. A l'image de ses deux sœurs qui ont quitté le foyer après avoir trouvé l'amour, elle s'apprête à s'envoler elle aussi, non pas vers l'amour, mais vers une carrière prometteuse, aux états-unis. Rappelée par l'amour filial qui lie la dernière non mariée à ses parents, elle décide finalement de rester à s'occuper de son père.

Un second point qu'on ne peut pas ne pas mentionner à propos de ce dernier film, c'est la magnifique séquence vidéo de préparation du festin du dimanche parle père-chef, un chef-d'œuvre! 


3ème Catégories - Les entre les deux

1. Monga (艋胛): La face cachée de la société Taiwanaise est mise au grand jour dans ce film: la mafia. Dans ce film, on se bat du début jusqu'à la fin. D'abord à l'école, entre bandes, puis dans les rues, pour s'occuper, et enfin à coup de couteau, voire même de pistolet, quand les intrigues inter, et même intra, mafias commencent. Du rythme, des personnages très typés, des intrigues compliquées, et un riche aperçu de cette société de la violence.

2. GF。BF (男朋友。女朋友) - Je verrai bien ce film recevoir le cheval d'or au festival du film de Taipei, non pas pour sa première séquence tournée dans un lycée qui m'a rappelé l'horrible "You are the Apple of my Eyes" (那些年,我們一起追的女孩) au succès que je ne m'explique toujours pas. Non, si je pense que ce film sera récompensé, c'est qu'il nous présente un groupe de jeunes qui ne supportait plus le poids de la loi martiale quand ils étaient au lycée, se réunissaient en foule pour réclamer plus de liberté après la levée de la loi martiale en 1987, et qui luttent individuellement dans la société Taiwanaise moderne pour trouver leur place. Lui est homosexuel, Elle l'aime. Entre eux deux, le troisième compagnon. Pour conclure, un film d'une richesse incroyable, présentant des thèmes riches d'histoire et de société.

3. The Ox-cart for Dowry (嫁妝一牛車) - Un film aussi vieux que moi, un couple de paysans, lui mène des chariots tirés par des bœufs, et rêve de pouvoir un jour en posséder un lui même, elle décortique des cacahouètes, élève leur enfant, et s'ennuie dans leur maison sans voisins. Un jour, justement, un nouveau voisin vient s'installer. Et l'histoire, terriblement comique pour commencer, plus difficile par la suite, se lance alors. Un super film!

vendredi 19 mars 2010

Cinéma en Chine, Cinéma Chinois

2046 ? Hero ? Jackie Chan ? Zhang Ziyi ? Ces noms de films ou d’acteurs vous disent assurément quelque chose et représentent une petite partie du cinéma chinois, celle qui s’exporte jusque dans nos contrées occidentales. Vivre en Chine et apprendre le Chinois, c’est aussi une belle opportunité de se plonger un peu plus dans ce cinéma chinois, qui, une nouvelle fois, se joue de nos critères occidentaux. 

La salle obscure n’est pas encore très répandue en Chine. Les quelques super complexes qui existent aujourd’hui dans les grandes villes sont assez récents, et encore très rares en regard de l’immense public potentiel. Les cinémas ne sont en réalité pas très attractifs pour le commun des chinois. Ils n’ont pas cette culture d’apprécier les films au cinéma, et le prix exorbitant ne les incite pas à le faire. Le prix du billet est sensiblement le même que dans les grandes salles parisiennes, alors que le niveau de la vie est 4 à 10 fois plus faible à Pékin qu’à Paris. Dernièrement un évènement: Avatar. Le film qui a fait buzz. Toute la Chine s’était jurée de le voir. Les cinémas ne passaient quasiment plus que lui dans toutes les salles et il fallait faire des queues interminables pour espérer acheter un ticket deux fois plus cher qu’à l’ordinaire, pour des séances plusieurs jours après, et souvent à des heures avancées de la nuit. Mais Avatar était une exception. Ordinairement le chinois rechigne à sortir de chez lui (ou du labo) pour un film. 

Mais cela ne signifie pas que la culture du film n’est pas développée. Au contraire, ils adorent regarder des films. Pas au cinéma, pas en DVD non plus, malgré des prix dérisoires : 3€ pour le DVD copyright, 0.5€ pour le DVD dans la rue. Ils téléchargent tout, et regardent d’un œil bizarre les gens qui achètent des DVD. Ils regardent une quantité de film assez hallucinante, et de toute provenance : chinoise, américaine, française. Le cinéma n’a ainsi pas tardé à devenir un de mes premiers sujets de conversation avec les chinois. C’est l’un des rares sujets avec lequel je suis à près sur de toucher tout le monde, et sur lequel ils ont des gouts et opinions assez variées, que ce soit en terme de qualité de films ou de silhouettes des actrices. 

Mes premières expériences de films en Chine ont été au cinéma. La salle obscure a un effet hypnotique qui décuple mes capacités de compréhension, et m’empêche dans le même temps de céder à la tentation de la « barre espace -> majuscule gauche » toutes les deux minutes. Souvent sur un coup de tête, je choisissais alors mes films devant le guichet, avec comme seul critère la tête de l’affiche… Les résultats furent variés, du très bon avec 非常勿扰, au summum du ridicule avec 全城热恋. 

Ensuite j’ai tenté de faire comme mes camarades : télécharger, télécharger, télécharger. Mais après quelques expériences de soirée film gâchées par des lecteurs vidéos qui n'affichaient pas les sous-titres en chinois ou autres conneries du genre, je me suis mis à acheter des DVD. J’ai choisi quelques titres d’après les  recommandations que l’on m’a faite, et j’ai complété en demandant conseil à la vendeuse. Immense connerie. Tous les films qu’elle m’a conseillés étaient d’une médiocrité sans nom. Quand au reste, les bons films, pour une raison qui m’échappe totalement, mon ordinateur ne parvient pas à les lire. J’apprends donc à jongler entre Corsair, le logiciel de téléchargement sur le réseau de Tsinghua, et la boutique de DVD du coin. 

Parlons enfin de quelques titres, acteurs et réalisateurs. D’abord Zhang Yimou (张艺谋). Il est internationalement connu depuis la cérémonie d’ouverture des JO où il avait dirigé ce spectacle qui sortait de l’ordinaire par ses effets de masse de figurants. Avec papa, Charlotte et Benj nous avions admirés un autre de ses spectacles à Yangshuo, avec toujours autant d’effets de sons et lumières, toujours autant de figurants. Extrêmement impressionnant. On retrouve ce côté visuel incroyable de la masse de figurants dans certains de ces films, notamment La Cité Interdite (满城尽带黄金带). Je n’ai pas franchement accroché à l’intrigue, mais on ne peut nier que les scènes en extérieurs dans la cité interdite sont magnifiques. Ce film est néanmoins plus renommé pour les costumes de l’impératrice et des courtisanes, savant remède au problème des filles-aéroport si finement soulevés par notre ami Aurélien. Du même réalisateur j’ai beaucoup plus apprécié Épouses et concubines (大红灯笼高高挂), avec toujours la même actrice principale, Gong Li, mais cette fois dans un cadre beaucoup plus restreint. L’intrigue se développe entièrement au sein de la demeure d’un riche homme dans une société encore traditionnelle ou le maitre de la demeure s’entoure de plusieurs concubines. Le film est centré sur les relations existant entre les différentes concubines, et la terrible cruauté qui en émerge. Le rythme est lent, les images sont belles, l’histoire parfois terrifiante. Un beau film.

Pour rester dans le domaine des films historiques, je tiens à citer L’empereur et l’Assassin (荆轲刺秦王).Un beau film d’un autre très grand réalisateur chinois, Chen Kaige (陈凯歌) mettant en scène la tentative d’assassinat de l’empereur Qin Shihuang, cet empereur ambivalent, à la fois révéré par les Chinois pour avoir unifié la Chine il y a plus de 2000 ans, mais décrié pour ses terribles pratiques barbares. J’avais beaucoup aimé pour l’aspect historique de l’histoire, et parce que j’y découvrais pour la première fois l’actrice immanquable du cinéma chinois : Gong Li (巩俐). 

Ensuite Jay Chou (周杰伦). Il faudrait un article complet pour parler de cette immense star. D’origine taïwanaise, c’est l’une des coqueluches des chinois et chinoises. Il chante, il interprète, il réalise. Son premier film en tant que réalisateur, Secret (不能说的秘密) tourné en 2007, est assez joli. L’ambiance du film est assez légère, beaucoup plus légère que dans les films de chine continentale. Une histoire de fantômes (鬼故事, un style de narration très répandu en Chine) pas trop effrayante, accompagnée par une bande originale magnifique. Bref, un film simple que j’ai beaucoup aimé. 

Une jeunesse Chinoise (颐和园) est à l’opposé. On y retrouve comme rôle principale une jeune chinoise qui rejoint la capitale pour étudier à l’université de Pékin durant la période troublée qui précède les évènements de Tian’an Men. Le film n’est pas politique, beaucoup plus psychologique, avec un personnage central au tempérament fort, et qui est loin d’apporter la paix et répandre le bonheur autour de soi. Un film dur, très dur, mais magnifiquement bien réalisé. Passé totalement outre la censure chinoise il est interdit ici, et ça, c’est presque un gage de qualité !

Toujours à Pékin, Beijing Bicycle (十七岁的单车) est un film comme je les aime. Simple, et avec de la passion. De la passion pour un vélo. La passion de deux jeunes hommes pour un vélo. Malheureusement, le même vélo. Alors forcément ça va au clash ! Un deuxième aspect auquel j’ai particulièrement prêté attention, c’est le ressenti du jeune homme en provenance de la campagne profonde quand il arrive à Pékin. Tout est si différent ici. Il ne comprend rien à ce qui se passe autour de lui. Il est en réalité bien plus désemparé qu’un étranger débarquant tout juste en Chine.

Nous finirons avec If you are the one (非诚勿扰). La belle histoire d’un homme déjà plus tout jeune qui décide qu’il est temps pour lui de trouver une épouse. Je n’en dirais pas plus ici sur le contenu du film, mais j’ai vraiment adoré. Si j’ai adoré, c’est bien sur parce que le film est très bien. C’est aussi parce qu’il met en scène deux acteurs et actrices géniaux : Ge You (葛优), la star masculine passe-partout chinoise, et Shu Qi (舒淇), l’actrice à la grande bouche taiwanaise. Mais c’est encore et surtout parce que c’est le premier film devant lequel je m’étais vraiment posé l’année dernière, et j’avais bien compris ! Cela faisait 6 mois que je galérais sur mon chinois, et j’avais réalisé ce jour-ci que cela m’ouvrait enfin de nouvelles portes !

Voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Je suis preneur de tous vos conseils en termes de beaux films !