jeudi 16 juillet 2009

Yubeng et ses randonnées dans le massif de la Meili shan

Nous sommes le 16 juillet, nous sommes à Deqin (德钦), l’une des villes les plus moches de Chine, mes cheveux sont gras, mon short plein de boue, mon T-shirt recouvert de poussière, je n’ose plus ouvrir mon sac de peur de laisser échapper les mauvaises odeurs, nous n’avons ni porté le bicorne, ni chanté la marseillaise il y a deux jours, 3 d’entre nous ne quittent plus les toilettes, 2 autres finissent les paquets de mouchoirs (l’intersection est loin d’être nulle), mais nous sommes heureux, car enfin, oui enfin, nous avons aperçu le Kawakarpo, ce géant de l’Himalaya qui s’est enfin découvert de son voile nuageux pour nous laisser apercevoir ses ailes monumentales et la bouche de son glacier supérieur, semblant en laisser échapper un second qui file jusqu’au Mékong et sa terne teinte rougeâtre qui traverse ces grandes valles arides.


Le Kawakarpo

Mais reprenons les choses dans l’ordre... On est en provenance de Xianggelila, on arrive dans la super 4x4 de Nima, notre copain tibétain. Comme il est sympa, il nous arrête régulièrement sur la route, pour nous montrer les spots les plus intéressants:


Le premier virage du Yangzi


Passage d'un col à 4292m d'altitude! Mon record! Dommage que ce soit en voiture...


Les 12 stupas. Attention à en faire le tour d'en le bon sens, n'est-ce pas capitaine Haddock!


Des éboulis ont lieu tout le long de la route


Les éboulis sont parfois très gros! La route était partiellement bloquée ici


Après cette route remarquable, on arrive le 12 juillet au soir à Feilaisi. Après avoir difficilement refusé les deux offres d’hébergement chez la cousine puis chez la tante de Nima, on se décide pour notre coup de foudre: la belle barre posée au sommet de la colline, l’hôtel hyper luxueux du coin: Il est bâti face au Kawakarpo, de grandes baies vitrées dans chaque chambre permettent de l’admirer des heures durant, les chambres sont grandes et superbement aménagées, le tout pour seulement 240 kuais la chambre! Petit déjeuner a 50 kuais inclus. On croit au miracle.

Notre chambre

C’est déjà l’heure de diner, on redescend donc dans le village à la recherche du Migratory Bird Cafe qui semble être le lieu incontournable du village. Laissez-moi tout de suite rétablir la vérité. Ici la bouffe occidentale est dégueu. La bouffe chinoise aussi. Les informations sur les treks du coin qui sont censés être excellentes ici sont du même acabit: désastreuses. Alors si vous décidez un jour de venir faire un pause à Feilaisi, suivez mon conseil, passez ici récupérer la carte du coin, puis enfuyez vous dans un vrai resto Chinois!

C’est d’ailleurs en cherchant un endroit qui pourrait compenser le désastre du café oisillard qui devrait migrer au plus vite, que l’on se rend compte de la difficile réalité de Feilaisi. Il s’agit d’un village construit, mal, même très mal, dans le seul but de faire face au Kawakarpo. Ici les gens ne sont pas bien sympas, il n’y a qu’une rue d’une cinquantaine de mètres, la vue sur le Kawakarpo est bloquée par les nuages... et notre sublime hôtel s’avère un échec assez redoutable. La sono de l’hôtel a été installée à l’extérieur, et elle crache ses décibels sur le village entier, comme à ses propres clients. Clients qui se retrouvent bientôt dans le noir après s’être fait retirés la carte magnétique, carte qui ne reviendra jamais. Au moins cela permet de ne plus voir le trou dans le plafond laissé par le luminaire manquant. Bref, une imitation du luxe occidental complètement ratée. On est loin d’être déçu lorsque l’on quitte Feilaisi le lendemain matin pour nous rendre dans le parc national de la Meili Shan.

La Meili shan, qu’est-ce que c’est? Il s’agit d’une haute chaine de montagne de l’Himalaya coupée en deux par la frontière Tibet-Yunnan, mais entièrement dans la zone d’influence tibétaine. Ses deux plus hauts sommets, le Kawakarpo et celle qu’on appelle sa femme, s’élèvent respectivement à 6740 m et 6054 m, et sont entourés de 12 pics moins élevés considérés comme leurs enfants, le tout formant la Meili Shan. Celle-ci est bordée par deux des plus grands fleuves du monde, et a fortiori du continent Asiatique, ayant pris leur source au Tibet: le Mékong a l’Ouest qui se jettera plus loin au Vietnam, et la Salouen a l’Ouest, dont les eaux traverseront la Birmanie avant de se jeter dans l’océan. A cet égard, comme dirait Monsieur Doguet, connaissez-vous les 4 plus grands fleuves du monde, s’étalant chacun sur plus de 6000 km ?

Réponse ici.

Sinon, voici la Meili shan:

Carte (schématique... et un peu usurpée!) de la Meili Shan

Pour ces 4 jours de grande randonnée, notre but sera de rejoindre le village de Yubeng (雨崩), accessible uniquement par chemin de randonnée, depuis lequel nous étoilerons ensuite les jours suivant. Pour atteindre Yubeng, il est possible de partir directement depuis Feilaisi, descendre vers le Mékong à flanc de gorges, sur un terrain très aride, traverser le fleuve, puis remonter en face, rattraper la route de terre, et rejoindre Xidang (西当). Depuis Xidang, le chemin inaccessible aux voitures s’élève sur environ 1000 m de dénivelé, et redescend sur 600 derrière jusqu’au village de Yubeng. Ayant été informé (à tort) que le pont piétonnier franchissant le Mékong sous Feilaisi avait été détruit en attendant rénovation, on fait encore appel à Nima et à son 4x4 pour nous emmener jusqu’à Xidang d’où on attaque notre ascension après le déjeuner du midi, dans un endroit des plus spartiates…

Le resto de Xidang, et sa spécialité: le yak au caoutchouc


Sympa la cuisine! Ici, on choisit pas le menu, une casserole pour tout le monde

Notre première ascension se déroule bien, au soleil, mais la vue ne porte que sur… Feilaisi, et n’a donc pas grand intérêt. On croise et se fait doubler régulièrement par des convois à cheval portant les touristes fainéants de chinois, chevaux qui contribuent à défoncer le chemin déjà rendant boueux par les fortes précipitations des derniers jours. Au moment de passer le col, on entre dans un bois dans lequel sont disposées des prières tibétaines, on se sent dans un lieu sacré!

Le passage du col entouré des prières tibétaines


pause casse-croute

La pluie se met alors à tomber, il n’est que 4 heures, mais les gens que l’on croise nous incitent à nous dépêcher, la pluie risquant de s’intensifier avec le temps. Au cours de notre descente on voit petit à petit les sommets se dégager légèrement… et le village de Yubeng apparaitre ! Yubeng est en fait morcelé en 2 partis, Yubeng bas et Yubeng haut, séparés par environ 200 mètres de dénivelé. Le premier que l’on aperçoit est Yubeng bas, mais en poursuivant notre descente on aperçoit rapidement Yubeng haut, que l’on atteint en premier, et qui sera notre lieu de bivouac pour notre première soirée « en pleine nature ».


Jérôme guettant les sommets se découvrant


Yubeng haut (雨崩上村)


On est appelé à venir s’installer dans la première « auberge » que l’on rencontre, située sur le chemin, un peu avant Yubeng haut. On y découvre alors qu’il y a des chambres avec des lits individuels, ce n’est pas l’immense dortoir avec les grands lits dans lesquels on dort à 50 comme on s’y attendait. Il y a aussi la douche, et la bouffe n’a pas l’air dégueu. J’ai l’impression que cela ne va pas être aussi inconfortable que ce que je redoutais ! On préfère néanmoins s’enfoncer un peu dans le village pour trouver notre logement, cela fait un peu bizarre de dormir dans la première cahute rencontrée, mais on y retourne pour diner :

Des jeunes chinois à la table d'à coté

La cuisine

Après le repas, le ciel s’est bien dégagé:


Sommets enneigés surplombant Yubeng


Sommets enneigés surplombant Yubeng - 2


Pour les 2 jours suivants, on prévoit une balade par jour, l’ascension du lac glacé (冰湖) d’intensité moyenne le premier jour, de telle manière à ce que tout le monde suive malgré l’altitude, car on part tout de même de 3150 mètres d’altitude à Yubeng, puis deux balades parallèles le deuxième jour : une très intense pour monter à près de 4700 m d’altitude au lac sacré (神湖) pour les plus forts, et une plus cool qui monte à la cascade mystérieuse (神瀑), à 3700 m.

Voici les photos de notre première ascension, celle du lac glacé :

Le yak se trompe de sens au passage de la stupa


Le cheval n'est pas beaucoup plus futé


Et pendant ce temps-là, les cochons ont mieux à faire!


Le lac glacé se situe au point de chute du glacier que l'on a en face de nous

Glacier se jetant dans le lac glacé


Lac glacé


Alors que nous contemplons ce lac glacé, nos différentes affaires sont éparpillées un peu partout. Certaines sont encore proches de nous, au fond du sac a dos. Certaines sont aux mains des paysans de Yubeng, d’autres dans celles de potes de Nima, les dernières sont aux mains des Fuwuyuan de Tsinghua, désormais seules possesseurs des clés de ma chambre a Tsinghua...

Le soir, on redescend jusqu’au village du bas, les balades du lendemain partant en effet de celui-ci. Si le premier village s’était avéré très boueux, on préfère le second, plus aéré, et directement entouré des champs de blé. On loge dans la dernière auberge du village.


Notre "ferme-auberge" à Yubeng bas

Le soir même, il faut se rendre à l’évidence : personne n’accepte de m’accompagner dans l’ascension du lac glacé le lendemain. Affaiblis par rhume, gastro, ou genou difficile, ils ne feront pas plus que la fontaine sacrée. Persuadé de ne pas y aller seul, d’autant plus que le chemin est indiqué comme non ouvert au public, je me résigne, demain sera une journée « repos » ! L’ascension est en effet très aisée, mais le spectacle n’est pas décevant, au contraire :


Au départ de la balade. On va s'enfoncer dans la vallée et remonter sur la droite derrière le versant sombre.


Magique atmosphère aux alentours de Yubeng bas


Champ de kern tibétains


Un barbu qui fait même pas peur


Me voici à la cascade!


Une petite chinoise adorable que l'on a croisé à la cascade


et qui accepte même de poser avec le barbu! Elle repartira avec une petite tour Eiffel...


Toujours à la cascade, prêts à relever la tradition débile: passer sous la cascade et ressortir trempé jusqu'aux os!


Le grand névé par lequel on a coupé à la descente


Ici, on aime les pates chinoises!


Dans la descente, comme on est très en avance, on en profite pour faire une pause sieste/lecture en pleine foret, quel calme !

Pause lecture dans les bois


Nous voici de retour à Yubeng bas!


Dernière soirée loin du bruit, dernière nuit à Yubeng, on se remet en route le lendemain matin, et on regrimpe le col du premier jour, cette fois dans l’autre sens. Seulement 600m de dénivelé, mais il faut y rajouter les 200m pour rejoindre d’abord Yubeng haut. Je profite de cette montée pour vérifier que mes capacités de montée à grande vitesse ne sont pas amoindries par nos plus de 3000 d’altitude !

Une petite heure de descente et nous voila de retour à Xidang (西当) et son désormais très renommé restaurant du coin. Aujourd’hui il y a autre chose que du Yak à la carte, nous sommes bénis. Puis on décide de se mettre en route, nous devons nous rendre jusqu’à Deqin. Tel est notre programme aurait dit Raymond Quenaud. Les chauffeurs affalés sur leur canapé à l’étage ne bougeront pas pour moins de 150 pouloutes. Mais une Tibétaine qui trainait dans le coin nous informe qu’un chauffeur qui est encore à l’étape du dessus peut descendre pour nous prendre, cela devrait lui prendre environ 20 minutes, et 120 pouloutes lui suffiront. Sachant d’expérience que cela peut signifier prés de 3/4 d’heures, je lui ajoute en plaisantant à moitié que nous baisserons le prix de 10 kuais par minutes de retard ! Extrêmement indignée par cette proposition, elle contacte néanmoins son chauffeur de mari, et lui transmet le contrat. 17 minutes plus tard, le voici haletant, il a mouillé le T-shirt, il n’a pas pris le temps de récupérer son véhicule au parking du dessus, mais il a respecté le contrat, victoire! 2 minutes après, voici le véhicule, un mini van classique, et il le parque en pleine pente. On commence à rentrer dedans lorsqu’il avance de 30 cm. Puis de nouveau 30 cm! Ca me rappelle le coup de Yangshuo lorsque nous avions commencé à foncer dans la foule de xijie quand notre chauffeur était descendu du véhicule sans en serrer le frein à main. Ici en fait, le frein à main est totalement HS et le minibus ne retient qu’au frein moteur... De quoi nous rassurer pour la descente à flan de falaise! On commence à regretter le 4x4 de Nima... Quelques minutes plus tard, on s’arrête devant chez notre chauffeur, le temps pour lui de changer de T-shirt, celui-ci étant bien mouillé après sa descente précipitée... notre petite vengeance sur les tibétains du coin. On repart. Pierre-Alain rebaptise l’endroit premier virage du Mékong et lance ainsi une nouvelle vague touristique dans ce coin et qui détrônera bientôt le beaucoup trop célèbre premier virage du Yangzi. Puis on le traverse, ce Mékong et on remonte sur la face opposée de la Gorge, celle qui fait face a la Meili Shan... Et c’est la que soudainement la couverture de nuages s’estompe et offre a notre vue l’incroyable Kawakarpo, ses 6702 m et son ascension jamais réalisée, la dernière ascension (qui s’est finie en hécatombe) remontant a 1991. Jérôme, comme a son habitude, estime que l’ascension doit être réalisable. Il reviendra.

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