mardi 13 janvier 2009

The Place To Be

En milieu comme en fin de semestre, qu’il fasse beau et chaud ou que ce soit Noël, toute activité à Tsinghua cesse, le campus semble déserté… Mais où sont-ils donc tous passés ?

Bien longtemps, je me suis posé la question…

Tout commence en fait jeudi dernier quand avec mes camarades Français nous abordons le sujet classique du moment : les exams. Yohan passe le lendemain son examen de méca flotte. Jusque là, rien d’étonnant. Mais Yohan est en deuxième année, et malgré sa peau bien blanche et ses yeux de couleur, il a été invité à suivre ce cours de nouveau après l’avoir suivi en 1ère année. Yohan a intérêt à réussir son examen du lendemain, car après deux non validations, la règle, c’est de ne plus mettre les pieds à Tsinghua ! C’est du moins la règle pour les étudiants Chinois, et on comprend que ceux-ci soit sous tension d’une manière générale. C’est aussi visiblement la règle pour les Français, à en croire l’expérience de cet étudiant de Supelec qui fut invité à rentrer chez lui après deux non validations d’un même cours deux années de suite…

Donc moi qui m’était dit que ne pas valider un cours et le reprendre plus tard ne serait pas une tare, loin de là, car mon niveau de Chinois qui s’est pas mal amélioré depuis le début du trimestre me permettrait de comprendre le cours beaucoup plus en profondeur ; moi à qui cela ne posait pas de problème d’avoir complètement lâché un cours en me disant que le retard était trop grand, et qu’un nouveau semestre ne lui ferait pas de mal, et bien, en écoutant mes camarades parler ce soir là, j’en suis ressorti tout stressé ! La possibilité de double nonvalidation ce trimestre étant en effet plus que probable vu mon niveau de préparation…

Mais Julie me fit alors une remarque très pertinente : « attends ! Tu as 3 jours ! ça te laisse largement le temps de réviser ton exam ! » Alors même si elle ignorait certainement l’affreuse complexité du cours qui me hantait dans mes cauchemars, elle m’a persuadé qu’en m’y mettant, je pourrais y arriver.

Longue mise en bouche pour dire que vendredi dernier matin, aux alentours de 10h, je me rends à la bibliothèque, afin de me séparer de ma chambre, de mon ordi, d’internet et de Facebook (n’est-ce pas Antoine…) pour travailler sérieusement sur mes bouquins. Je peine à trouver une place pour garer mon vélo et pénètre dans cette grande et belle bibliothèque de Tsinghua. Des tables sont mises à disposition dans à peu près toutes les pièces de la bibliothèque, pièces qui sont innombrables d’ailleurs, et pourtant… et pourtant, on trouve un Chinois devant chacune de ces tables ! Après avoir fait trois fois le tour du bâtiment, je me résigne à m’installer dans la salle vidéo, avec une immense télé, et surtout les fauteuils les plus confortables de la bibliothèque… Ce n’est pas pour rien que cela devient rapidement l’endroit privilégié à l’heure de la sieste ! Donc je m’installe confortablement, je commence à lire, pas trop gêné pas la télé, et je ne sais pas si c’est une question d’hauteur de plafond, de luminosité ou d’être aux milieux de Chinois studieux, mais j’arrive enfin à me concentrer… jusqu’à ce qu’un groupe de jeunes Coréennes pré pubères en visite passe par là. La première s’assoit à l’autre bout du canapé pour se faire prendre en photo, puis la seconde, un peu plus près, plus la troisième encore plus près, avant qu’elles ne viennent à 5 en même temps jusqu’à me coller en me demandant : « together ! together !»…

Après la pause déjeuner, je reviens en espérant trouver une place plus convenable, mais étonnamment, toutes les tables sont encore occupées. En y regardant de plus près, certaines ne sont occupées que par des manteaux, ou quelques bouquins… Bizzare bizzare. Et quand arrive l’heure du diner, je remarque en effet que les Chinois en allant manger laissent toutes leurs affaires en place pour ne pas perdre leur place ! Je tente alors de m’assoir à une place où traine un modeste sac à dos fermé. Une heure après je me fais rappeler à l’ordre : « Hé Camarade, qu’est-ce que tu fais ? » Ok ok, je respecte la règle, je te rends ta place… Interdiction de prendre la place de quelqu’un une fois qu’il l’a acquise ! Une place acquise l’est pour la journée !

Evidemment vous dites-vous, ça doit être la guerre le matin pour récupérer une bonne place à l’ouverture. C’est-ce que j’ai pu vérifier dès le lendemain en me rendant aux aurores (8h30) sur ces terres studieuses. Et voyez par vous-même, le résultat est impressionnant !

La File commence loin avant l'entrée de la bibli!

Les portes s'ouvrent!


Malgré cette foule immense, je trouve une place au dernier étage, et m’apprête à vivre une expérience forte : une journée bibliothèque ! Quand arrive l’heure de manger, je laisse trainer mon manteau et mes bouquins, je ne déverrouille pas mon vélo, et utilise mes pieds (ce qui arrive en fait à peu près jamais dans cet immense campus) pour aller me sustenter à la cantine d’à coté. Bien sur, aucun Chinois n’aura oser déplacer mes affaires à mon retour, et je reste ici jusqu’à des heures tardives.

Après cette grand expérience, et les chapitres devant être lus avant l’heure fatidique étant encore terriblement nombreux, et de plus en plus ardus au fur et à mesure que l’étendu de mon ignorance est mise à jour, je m’apprête à renouveler l’expérience le lendemain. Malheureusement, la bibliothèque est fermée le matin car on est dimanche, donc en arrivant à 8h30 encore (oui oui, dimanche…) il ne me reste qu’une seule solution, c’est l’ancienne bibliothèque, la laoguan comme on l’appelle ici.

La laoguan, c’est un batiment à 2 ailes, chacune constituées essentiellement d’une unique et gigantesque pièce. Incroyablement lumineuses, avec un plafond très haut, et de belles tables en bois, elles sont pleines de charme, ce qui est finalement rare dans cette université qu’est Tsinghua.


Je regarde à gauche, tout est plein… à droite, pareil ! Il n’est pourtant que 8h30 du matin et on est dimanche ! En discutant avec un de mes camarades de classe qui s’y trouve, il me confie qu’évidemment, en arrivant aussi tard, je n’ai aucune chance de trouver une chaise de libre ! Alors, dépité, je m’apprête à revenir vers mon petit sushe (chambre dans notre petit dialecte) bas de plafond et sa micro-fenêtre éclairée 3h dans la journée, et surtout son ambiance où tu as l’impression que tu es tout seul à travailler au fond de ta chambre.

Mais là, c’est le miracle, deux personnes sortent de la pénombre qui règne dans le fond de la pièce. Je crois reconnaitre, oui, c’est bien lui, Wang Long, le dragon roi, notre président de la fanfare, accolé de son acolyte le grand saxophoniste. Il me lance alors : « Hé, Sheng Hongyu, qu’est-ce tu fais là ? Tu cherches une place ? Viens avec nous mon p’tit, on a c’qui faut pour toi. » Et ils me conduisent alors jusqu’à une table où des bouquins trainent par dizaine sur la table mais où pourtant seulement 3 personnes sont assises. Ces petits chenapans réservent la table pour la famille ! Et ils m’en offrent gracieusement une, quelle chance !

Je suis ravi ! Je remarque aussi autour de moi un tongxue (camarade de classe, toujours dans notre dicton), une deuxième, puis encore un autre. En faisant un petit tour, je remarque que près de la moitié d’entre eux se trouve ici ! Et ils ne sont pas seuls, beaucoup de mes connaissances des diverses associations montagne, fanfare et gens gentils sont présents ici ! Et là, je réalise soudainement que j’ai la réponse à ma profonde interrogation : En période d’examen, c’est ici que tout Tsinghua est. La Laoguan, c’est The Place To Be !

L’ambiance est bonne, la lumière est excellente, et le fait d’entouré d’autant de gens motivés par le travail suffit à me motiver. Je m’y mets avec pas mal d’efficacité. Je demande à mon voisin, le saxophoniste, qui passe son temps à s’écrier qu’il est épuisé, à quelle heure il s’est couché la veille. Il me répond 4. Quoi, tu n’as dormi que 4h ! Non non, je me suis couché à 4h, puis levé à 6h30 pour être assez en avance pour chopper une table à la laoguan ! Conclusion : 1) La laoguan, il faut en vouloir pour l’avoir, 2) ils bossent vraiment comme des tarés en ces périodes d’examens.

Sur ce, pour moi, c’est fini, bien fini je ne sais pas, mais enfin fini, après 6 mois de travail presque sans interruption, un break s’impose ! Alors je pars dès demain en cascade de glace… Admirez le petit sac à dos spécialement préparé pour l’occaz…


1 commentaire:

Benjamin a dit…

Ah, quel bonheur quand même,
a voir ou t'en es maintenant, je suis décidé, je vais bosser d'arrache pied pendant deux ans en prépa pour décrocher une école d'ing de ouf, et après je pourrai glander... hein ?
damn ! why always got to work ? =(