samedi 29 août 2009

La Chine, le pays des libertés?

Lors de mon passage en France en janvier dernier, la maman de Marie avait peine à me croire quand je lui disais que les Chinois qui vivaient autour de moi avaient l’air heureux. « Enfin, avec un pouvoir autoritaire comme ça, ce n’est pas possible ! » me disait-elle.

Hugo me confiait aussi un jour qu’il sentait sa liberté entravée par la présence de tant d’uniformes autour de nous. Bien que ce ne soient pas des policiers mais des simples gardes, c’est vrai qu’ils sont partout : bâtiments officiels, universités, métro, etc.

Bérengère m’affirmait il y a peu que si tu pouvais te balader n’importe où en Chine et à n’importe quelle heure sans risquer pour ta vie ou ton portefeuille, c’est assurément beaucoup plus à cause du pouvoir autoritaire que de la culture ancestrale imprégnée de confucianisme.

Si Bérengère est dans le faux, Hugo fâché et la maman de Marie incrédule, c’est qu’assurément, le sentiment de liberté est tellement ancré chez nous qu’il en est devenu un des critères principaux d’une vie heureuse.

Mais contrairement aux idées reçues, à moins de venir en Chine pour rétablir la démocratie ou réaliser l’indépendance du Tibet, c’est bien en Chine que je me suis trouvé le plus libre de mes mouvements. Cette idée est d’ailleurs bien contenue dans une expression à la mode parmi la communauté française de Pékin : « La Chine, c’est là où tout le monde regarde mais où personne ne te voit ».

Personne ne te voit, tu es libre. Libre de traverser la route même si le feu est rouge, même s’il n’y a pas de passage piéton, même si les voitures sont en train de passer, et même si un flic est là pour rétablir l’ordre. Tu es libre de prendre les routes en sens inverse, quel que soit ton véhicule. Tu es libre d’intégrer les meilleures universités alors que tu ne parles quasiment pas un mot de chinois. Tu es libre de passer la nuit au Mcdo si les hôtels sont pleins. Tu es d’ailleurs libre de rentrer à peu près partout "pour voir" et les grands hôtels t’ouvrent même leurs salons privés pour te permettre de voir la vue. Tu es même libre de rentrer en boite en short et tongs. Tu es libre de laisser ta climatisation arroser les piétons qui passent sous chez toi. Tu est libre d'installer un campement sur les trottoirs pour vendre des petites merdes. Tu es libre de balancer par terre tes emballages, tes clopes et ta salive. Tu es aussi libre d’annoncer publiquement ton dégout des noirs ou ta haine des Japonais.

Je pense que vous aurez compris à la lecture de mes exemples que la liberté, c’est bien. Mais que quand tu vis dans une ville surpeuplée d’individus dotés de ces libertés à outrance, ça devient rapidement le bordel. Quand aucune règle, officielle ou officieuse, n’est respectée, on réalise que des limitations s’imposent d’évidence dès lors que l’on vit en société…

C’est sans doute la raison pour laquelle Antoine, parti au Japon, et moi, parti à Taiwan cet été, avons finalement trouvé un certain réconfort et un bonheur de vivre dans une société qui respecte quelques règles de vivre ensemble…

Je rajouterai pour finir que si la Chine est le pays où tu es libre de tes mouvements, ça n’est pas le pays de la liberté d’opinion et de la circulation de l’information. Ici je retiens mes mots devant mon prof, ici les sites internet sont de plus en plus bloqués, ici la propagande fait son boulot…

vendredi 28 août 2009

Bienvenue à Pierre !


La relève est arrivée! Bienvenue à Pierre qui suit nos traces et tente à son tour l'aventure à Tsinghua! 4ème x de l'histoire à venir faire sa 4ème année en Chine, 4ème x de l'histoire à venir faire sa 4ème année à Tsinghua. Vous avez dit grégaire ? ;-)

C'est la rentrée!

Cette semaine, c'etait la rentree des eleves de premiere annee a Tsinghua. Le calme et la serenite qui flottaient sur le campus la semaine precedente ont ete remplace par un fourmillement agite et excite. Des stands sont installes un peu partout sur le campus, ici on vient remplir quelques formalites admnisitratives, un peu plus loin on va prendre contact avec son departement et s'informer du calendrier des semaines a venir, et en revenant vers son casert, c'est le moment de faire des affaires. Sous les parasols, on y trouve de tout, des velos aux bidons d'eau, des operateurs telephoniques aux banquiers. Il faut imaginer quelques milliers d'etudiants accompagnes de leur deux parents, venant faire leurs marches dans les rues de Tsinghua. Pendant que mademoiselle tente bien que mal de monter pour la premiere fois de sa vie sur une bicyclette, maman demarche les bassines et les thermos et papa lui reserve sa toute premiere carte bancaire, ainsi qu'une carte de rechargement telephonique consequente, histoire de s'assurer qu'elle pourra appeler la maison chaque jour. Bref, c'est la fin d'une ere pour beaucoup de 1ere annee, la fin de l'ere je suis enfant unique avec 2 parents et 4 grands parents a mes petits soins. Point de critique infondee dans mes propos, ce sont des choses que j'entend incessamment dans la bouche des Chinois. Aujourd'hui, les enfants apprennent a avoir de bons resultats a l'ecole, mais de la vie, ils n'en savent pas grand chose. En Chinois, on parle de 四二一综合症.


Le marché de Tsinghua au pied des caserts


"Ma fille, il te plait ce vélo?"

mercredi 26 août 2009

Les camions poubelles taïwanais !

Aujourd’hui, l’article qui fera vraiment perdre la face à Violette : les camions poubelles à Taiwan ! 今天是妹子好丢脸的文章:台湾的垃圾车!

Les camions poubelles, vous allez penser que je ne sais vraiment plus quoi écrire… Et pourtant, c’est bien vrai, le camion poubelle est un souvenir de Taïwan que je ne pourrai jamais oublier !

L’histoire commence à Taizhong, un petit matin alors que je dors profondément, une petite musique me sort doucement de mon sommeil. Une petite sonnerie qui me rappelle celle qui passait parfois sous ma fenêtre à New York, la sonnerie du marchand de glace ! Je me rendors en rêvant de boules au chocolat, à la vanille… Puis la musique revient. Elle ne cessera d’alterner crescendo et decrescendo jusqu’à ce que je me décide à me lever définitivement.

Puis en sortant pour aller petit déjeuner, je tombe nez à nez avec mon marchand de glace. Et là, large déception. Il ne sent pas la fraise ni le chocolat le camion. Il est tout jaune, il est gros, et il sent pas bon. Normal, c’est un camion poubelle.

Le Leseche!

Et à Taiwan, le ramassage organisé des ordures, et bien, c’est plus communiste que ce qui se fait en Chine, chacun met la main à la pate. Pas de jour prévu pour le passage du camion poubelle, pas de grosse poubelle à sortir avant d’aller se coucher, non, ici on attend d’entendre le carillon du camion poubelle pour se précipiter hors de chez soi avec les ordures dans les mains pour aller les jeter soi-même dans le camion ! Voyez ici, le ramassage des poubelles à Gaoxiong, la 2ème plus grande ville du pays :

Tel une lumière divine, le camion poubelle approche...


Et la petite dame coordonne les opérations!

A partir de ce jour, le carillon du camion poubelle n’aura cessé de retentir à toutes heures dans mes oreilles. Non qu’il soit si bruyant, mais sa musique est si caractéristique que j’ai appris à le repérer à des kms. Ah vraiment, le leseche (垃圾车c’est comme ça qu’on dit à Taïwan, ça c’est pour toi Jonathan ;-) ), un très grand souvenir !

J’ai pris une petite vidéo pour immortaliser la douce mélodie, écoutez un peu :



Et dire qu’il y a quelques années c’était la lettre à Elise…

mardi 25 août 2009

Une histoire de langues

Aujourd’hui, parlons un peu langage, après tout c’est un aspect important de ma vie et de mes pérégrinations dans la sphère culturelle Chinoise. L’île de Taïwan, malgré sa faible étendue géographique, est en effet dotée d’une très grande richesse linguistique.

Les aborigènes d’abord ont leur propre langage, dont je ne sais à vrai dire rien, n’en ayant pas rencontré un seul… Il faut dire qu’ils vivent souvent en communauté dans les montagnes, et les villages montagneux ont été mis à rude épreuve par le typhon. Ça n’était pas le moment de leur rendre visite !

Les colons de la vieille époque, si vous vous souvenez du précédent article, sont akhas ou fujianais et parlent leurs langages respectifs, plus ou moins loin du mandarin, et avec plus ou moins de tons (il en existe entre 6 et 9, comme en Cantonais, pour le minnan ou 闽南话, le langage des fujianais.

Ensuite beaucoup de personnes âgées parlent couramment le Japonais, vestige de l’occupation Japonaise, mais il n’a pas été transmis aux jeunes générations.

Le dernier langage, le mandarin, fut imposée au taïwanais suite à la « libération » de l’ile par la Republic of China et sous la loi martiale imposée par le général Chiang. Les jeunes et moyennes générations parlent donc tous mandarin. Mais le 台语, traduit littéralement en langue de Taïwan, désigne le minnan hua, le langage des colons du Fujian. Le grand-père de Violette ne parle ainsi que minnan hua, et japonais !


Concentrons-nous maintenant sur le mandarin, la seule langue que j’ai pu appréhender sur place. Bien qu’ayant été imposé par des Chinois originaires de Chine, des petites différences existent entre le mandarin de Taïwan et celui de Pékin. Mais quand on connait les différences de langage entre un marseillais et un parisien, cela ne devrait pas nous étonner. Je crois qu’on peut distinguer trois grandes différences : les caractères, le champ lexical, et l’intonation.


Tout d’abord, les caractères. A Taïwan, comme à Hong-Kong et dans toutes les chinatowns de l’étranger, on n’est passé à travers les révolutions communistes, en particulier, celle de la simplification des caractères. On écrit donc encore avec les caractères traditionnels. Je ne me suis pas intéressé en profondeur au débat relatif à la simplification des caractères en Chine, mais en quelques mots, l’idée directrice était d’accélérer l’écriture à la main à une époque où le mot d’ordre était le progrès à tout prix. Quelques exemples frappants parmi les caractères les plus courants : 讀書 devient 读书,讓 devient 让,買賣 devient 买卖. Les caractères traditionnels sont composés d’un très grand nombre de traits, et il est indéniable que l’écriture en caractères simplifiée est beaucoup rapide. Mais une partie de la culture et de la logique, une partie du charme et de la beauté aussi, ont disparu avec la simplification. Ce n’est pas pour rien que les calligraphes de Chine continuent à peindre et dessiner en caractères traditionnels.

HK et ses caractères traditionnels

D’abord un peu perdu à mon arrivée à Hong-Kong, j’ai appris petit à petit à décrypter les caractères traditionnels. Et miracle, lorsque l’on maitrise bien les constructions en caractères simplifiés, on devine assez aisément à quel caractère on a affaire, car c’est le même, mais sous des habits différents. Et j’avoue que l’excitation passée… le charme reste ! Quel plaisir encore hier de pouvoir reconnaitre les caractères laissés sur le sol par un calligraphe de rue ! Bref, la découverte des caractères simplifiés fut une petite source de jouvence dans mon apprentissage du chinois. Et puis, la lecture des caractères traditionnels, c’est l’étape obligée vers les informations en chinois, mais libre… et les karaokés, tous produits à HK !


La différence entre les caractères simplifiés et traditionnels est une chose, les différences dans le champ lexical en est une autre. Voici quelques exemples, tout en caractères simplifiés : Le vélo, 自行车, le véhicule aux roues libres, devient 脚踏车, le véhicule où l’on appuie sur ses jambes. Le taxi, 出租车, le véhicule de location, devient 计程车. Le blog, 博客 transcription phonétique du terme anglais, est ici traduit en 网志, le journal en ligne. Ça rappelle un peu les différences franco-québécoises !

Les différences lexicales se font aussi de façon plus fines, mais là, je dois m’en remettre à une totale confiance de Violette qui me dit qu’elle fut souvent frappée à Pékin en apercevant les publicités, dont les slogans ne pourraient pas passer à Taiwan, car utilisant des termes qui apparaissent choquant aux yeux des taïwanais. Il semblerait aussi que les continentaux aient fait une croix sur le chinois classique alors qu’on continue à faire appel à lui à Taiwan. Ceci dépassant mes limites, nous attendrons que Jonathan ait atteint lui aussi la belle ile pour qu’il nous en dise plus.

Une dernière chose sur le champ lexical, à propos de la langue orale. J’ai enfin découvert un 标准, un standard en arrivant sur l’ile, et cela facilite grandement la compréhension lorsque l’on est étranger ! Un autre point de vue, celui de Murielle, beaucoup initiée que moi dans la langue et la culture chinoise, c’est que la langue orale apparait du coup beaucoup plus pauvre.


La dernière différence est dans la façon de parler. En 3 mois, Les continentaux reconnaissent les taïwanais, et ça marche à chaque fois ! Ils décrivent d’ailleurs le mandarin parlé par les taïwanais comme une langue très douce, articulée avec plus de suavité, qui se distingue des voix rocailleuses pékinoises… Ajouté à cela une accumulation de 尾音, son que l’on ajoute à la fin de presque chaque phrase à l’oral pour adoucir : a, ya, la, ye, o, etc. Vous avez tout compris - la - ? Parfait – oh - ! A bientôt pour le prochain article et un sujet beaucoup plus original !

dimanche 23 août 2009

慢慢吃! Bon appétit !

Le Lonely explique que le but principal d’un guide de voyage est de donner au lecteur les quatre informations suivantes. D’abord, pourquoi y aller ? Puis, qu’y voir, qu’y faire, quoi y manger ?

Pour Taiwan, je crois qu’on pourrait résumer les réponses ainsi : Pourquoi y aller ? Pour manger. Qu’y voir ? Des night market avec leurs multiples petits stands pour tous les appétits. Qu’y faire ? La tournée des night market. Qu’y manger ? La liste est longue, la bouffe est tellement variée, et jamais identique d’un endroit à un autre !

好吃,好吃! 这个很好吃! 你吃看看吧!你吃过这个吗? 吃看看吧! 我去过这里,非常好吃!我们去吃一下吧! 嘿,这里也好吃! 你吃饱了?没关系,你一定要吃这个喔!

C’était l’exemple d’une discussion que l’on peut avoir en passant à travers un marché de nuit. Vous n’avez pas tout compris ? Pourtant, c’est simple, je n’ai quasiment utilisé que les caractères gouter, manger, bon, très, super…


La préoccupation première d’une taïwanaise ? Manger !

Mais au fait, qu’est-ce que c’est exactement un marché de nuit ? C’est un marché qui envahit les rues commerçantes, on en trouve généralement plusieurs par ville, ils sont là tous les soirs pour les plus populaires, et c’est un déploiement de petits stands qui viennent se juxtaposer aux boutiques en dur. On y déambule à la sortie du lycée, du boulot, on picore un petit ravioli ici, on attrape un verre de jus de pastèque frais, on essaye les nouvelles paires de converses, on commande une petite galette, on va lancer quelques ballons de basket dans la salle d’arcade en attendant que ça refroidisse, on termine avec une salade de légume, touffu et viande marinée que l’on va déguster assis sur un banc en écoutant un sympathique chanteur de rue.

Ça vous fait envie ? Venez à Taïwan ! Il parait qu’on en trouve aussi dans le sud de la Chine, mais à Pékin, c’est encore un peu maigre, un peu crado aussi. Plus que l’absence de politesse ou de service correct, je crois que ce qui manque le plus à un taïwanais à Pékin, c’est vraiment le marché de nuit !

Quelques photos avec ou sans rapport avec les marchés de nuit

Des petits stands de bouffe les uns dernière les autres au night market de yizhong (一中)


Ici, on commende ce qu'on veut, le monsieur derrière nous découpe tout en petit morceau et nous tend une sympatique petite salade


Pareil, mais avec d'autres ingrédients

Second exemple du « manger à l’asiatique », déjà rencontrés à Singapour, les food courts rassemblent un grand nombre de stands et restaurants, toujours à petits prix, mais l’hygiène et la diversité sont là ! A Taipei, on en trouve entre autres au premier étage de la gare centrale, ou ici au basement de 101, la tour la plus haute du monde (du moins pour quelques semaines encore !)

Food court luxueux au sous-sol de 101

Notre visite du port de Taizhong. Bien sur, on admire les bateaux de pécheurs qui entrent et sortent du port, on respire l’air marin, mais comme d’habitude, ce qui nous intéresse ici, c’est : que put-on y manger ! A peine rentrés dans l’enceinte du port, on est accueilli par tout un tas de petits stands qui proposent des petites barquettes de coquillages, histoire de se mettre en appétit. Puis on rentre dans le marché à proprement dire, et là, c’est magnifique !


Des stands de poissons et de fruits de mer partout, ils donnent tous envie ! Et bien qu’ils ressemblent aux poissons de chez nous, ce ne sont pas les mêmes espèces ! Je vous assure que j’ai essayé de savoir quel genre de poisson c’était. Les marchands ne connaissaient généralement le nom des poissons qu’en taïwanais, Violette m’aidait à traduire en mandarin, mon dico me donnait la traduction en anglais, et Wikipédia me donna la traduction ultime en français… et ce ne sont pas les poissons que l’on a habituellement dans nos assiettes ! Enfin, je parle pour vous, parce qu’ici, on achète le poisson qui nous fait envie, et on peut le déguster sur place à la sortie du marché, magique, non ?

On peut même acheter juste les têtes :-)


Le 挫冰, plat typiquement taïwanais, une ile habituée à avoir chaud : tu prends de la glace pilée, et tu rajoutes pleins de choses dedans, en fondant, dans l’assiette ou dans la bouche, tout se mélange, et c’est so refreshing !


Ici un food court sur l'ile de Qijin, on y déguste que des fruits de mer.


L'anguille était un délice!


Visite de Jiufen (九分). Objectif principal: déguster les spécialités locale! Mmm, un peu trop QQ à mon gout...

Bon appétit!

jeudi 20 août 2009

Taïwan et la Chine

Maintenant que l’on connait un peu mieux les origines de Taiwan et de ses habitants, nous pouvons espérer appréhender avec un peu plus de discernement l’épineux problème de ses relations avec Pékin. Commençons par quelques faits :

  • Le nom officiel de la Chine est 中华人民共和国, République Populaire de Chine. Celui de Taiwan est 中华民国, République de Chine.
  • L’une des deux compagnies aériennes internationales basées à Taiwan est dénommée China Airlines, que l’on ne doit pas confondre avec Air China, elle propriété de la république populaire de Chine. Comme cette compagnie aérienne, la majorité des grandes entreprises publiques de Taiwan portent le nom China : China Steel, China Telecom, Chinese Petroleum, China Shipbuilding, etc.
  • Taiwan est dotée du statut administratif de région (省) par la République Populaire de Chine. Pékin propose à l’ile de prendre le statut de région administrative spéciale en suivant l’exemple de Hong-Kong ou Macao.
  • Les vieux scooters portent sur leur plaque l’inscription 台湾省, région de Taiwan, les scooters neufs ne l’ont plus.
  • Jamais aucun traité d’indépendance ne fut déclaré par Taiwan.
  • Actuellement, seulement 23 états reconnaissent la république de Chine.
  • Une délégation taïwanaise était présente aux JO de Pékin. Elle portait le nom de Chinese Taipei. Hong Kong avait aussi sa délégation propre.
  • Taiwan a eu un siège de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU dès la création de l’institution, jusqu’en 1971, date à laquelle la république populaire de Chine fut admise à l’ONU tandis que Chiank Kai Check retirait la république de Chine.
  • Les Etats-Unis ont déclaré le Taiwan’s Relations Act stipulant qu’ils reconnaissaient la République Populaire de Chine comme légitime sur l’ensemble du territoire Chinois, incluant Taiwan, mais qu’ils défendraient Taiwan en cas de toute agression.


Reprenons maintenant la trame historique un tout petit peu plus en arrière que nous ne l’avions laissé, alors que Chiank Kai Check est toujours président de ROC (Republic of China) et dictateur de Taiwan placée sous loi martiale. Son idée première en investissant Taiwan était de revenir pour renverser les communistes et retrouver sa légitimité sur toute la Chine en prenant appui sur cette base arrière que représentait Taiwan. De cette période là subsistent deux systèmes politiques revendiquant la légitimité sur le territoire incluant la Chine continentale comme l’ile de Taiwan.

Avec la fin des combats et la mort du général Chiank, la dictature se fait moins dure à Taiwan, et la loi martiale est petit à petit abandonnée. La fin de la loi martiale est déclarée en 1987 et l’ancien premier ministre devient le premier président de Republic of China né sur l’ile de Taiwan.

Avec la progression du débat démocratique ressortent deux partis majoritaires : le guomindang conservateur, et dont la politique se conjugue avec la volonté d’améliorer le dialogue avec Pékin, et peut-être arriver un jour à une réunification. On parle du parti bleu. Le deuxième est le parti progressiste. Son but est opposé, donner à Taiwan une indépendance effective vis-à-vis de la Chine. Il s’agit du parti vert.

Le guomindang fut au pouvoir sous l’ère des Chiank puis durant les premières années de la démocratie, jusqu’en l’an 2000. Durant ces années là, Taiwan prospérait économiquement et était un formidable partenaire commercial pour la Chine continentale. La population taïwanaise bénéficiait d’un enrichissement et d’une amélioration des conditions de vie. Les hommes d’affaire taïwanais investissaient de larges sommes en Chine continentale, les fabriques étaient délocalisées sur le continent où la main d’œuvre était moins chère, et l’industrie de l’ile se reconvertissait dans le secteur high-tech de l’informatique, ils sont toujours numéro un dans le domaine, avec deux marques de prestige : Acer et Asus.

Mais. Car bien sur, il y a un mais. Mais il existe un gouffre entre la population de l’ile et celle du continent. Elles ont beau avoir des origines communes, celles-ci remontent à un ou plusieurs siècles. Aujourd’hui, il est bien difficile de trouver un taïwanais dont une partie de la famille se trouve sur le continent. C’est seulement le cas des derniers immigrants arrivés avec le général Chiang, mais ceux-ci sont très minoritaires et ne furent que difficilement intégré à la société.

Ensuite, et c’est certainement là le plus important, il existe un gigantesque mépris des taïwanais envers les continentaux. A Taïwan, on les appelle les daluren (大陆人), les continentaux, quand il faut faire bonne figure, les A-la-a quand ils sont entre eux, c’est en taïwanais, et c’est un terme très condescendant. Arrêtez de leur demander en plaisantant (tout le monde le fait) s’ils sont Chinois, ils détestent ça !

Et puis quand les taïwanais arrivent à Pékin, comme ce fut le cas de Violette pendant 6 mois, ils ont bien du mal à comprendre pourquoi la rue ressemble à un décharge publique, pourquoi on jette les détritus à travers les vitres des bus, pourquoi on crie aussi fort dans la rue ou dans les restaurants, pourquoi on s’insulte aussi facilement dans la rue, pourquoi on fait preuve d’un tel manque de courtoisie, de politesse.

Bref, le taïwanais ne ressemblait déjà pas tant que ça au continental il y a un siècle, et pendant que les uns étaient dirigés par les occupants Japonais vers la modernité, les autres étaient plongés au fond du trou à coup de bond en avant et de révolution culturelle. Si la Chine d’aujourd’hui n’est plus celle de l’ère Mao, elle en garde les conséquences. Indéniablement, au moins par l’aspect culturel, le Taïwanais ne ressemble pas au Chinois.

Ainsi comment la population taïwanaise peut-elle supporter d’entendre Pékin répéter inlassablement que Taiwan est une province Chinoise comme une autre ? (Le quidam d’en la rue de Pékin en est d’ailleurs intimement persuadé.) Evidemment, pas très bien. Il ne fut donc pas bien étonnant d’assister à une large victoire du parti vert, le parti progressiste, en 2000, qui allait enfin mener Taïwan vers la place qu’elle mérite : un pays indépendant et reconnu.

Mais. Et oui, il y a encore un mais. Mais les mesures qui furent prises ne plurent pas. Et pour cause. Si pendant les 8 ans de pouvoir du parti vert, aucun traité d’indépendance ne fut déclaré officiellement, le gouvernement taïwanais ne cessa de titiller la Chine, à l’image de l’annulation de tout vol direct entre l’ile et le continent. Tant et si bien que les relations commerciales se compliquèrent, et les affaires se firent de moins en moins nombreuses. Conséquence directe : appauvrissement de la population qui le ressent fortement. Ajouté à cela pas mal de « bétises » et d’histoires de corruption ou affiliées, ce furent 8 ans finalement bien difficiles pour Taiwan. En 2008, même si le taïwanais ne se sent toujours pas plus proche du Chinois, c’est poussé par des considérations économiques qu’il remet le parti bleu au pouvoir.

Que dire en conclusion ? Je crois que la situation peut en faire se modéliser très simplement. Taiwan, c’est un noyau périphérique dans une molécule. La force coulombienne créée par les noyaux centraux cherche à repousser ce noyau périphérique, mais les liaisons covalentes créées par la mise en commun d’électrons est plus forte et les empêche de se séparer . Si les électrons grossissent beaucoup, une fusion peut avoir lieu. Mais si on secoue beaucoup la molécule, l’atome périphérique sera éjecté...

Vous m’avez compris ?

Si non, j'ai plus simple:

Tu vends les shots de Tequila à 5 kuais, ça rapproche tout de suite!