mardi 7 septembre 2010

Montagne Baekdu - Changbai Shan (长白山)

Un soir durant ma conférence à Harbin, j’appris de la bouche d’un chauffeur de taxi local que les chinois étaient très forts pour organiser des réunions dans le seul prétexte de voyager dans le pays. Devant le relatif échec académique de mon aventure dans le Nord-Est de la Chine, il me fallait donc chercher à être meilleur sur le contenu voyage ! 

Une destination du Nord-Est Chinois me tentait justement insidieusement depuis quelques mois : la montagne Baekdu, aussi appelée montagne Changbai en chinois (长白山). Placée sur la frontière actuelle séparant la Chine de la Corée du Nord, cette montagne est un monument de la mythologie Coréenne : c’est de cette montagne que serait descendu l’ancêtre du peuple Coréen !

Depuis Harbin, un train de nuit m’emmena jusqu’à Yanji (延吉), capitale du comté administré par l’ethnie coréenne (朝鲜族) de Chine. A Yanji le double système d’écriture est de mise, les caractères coréens côtoient systématiquement les caractères chinois, et il y a presqu’autant de restaurants coréens qu’à Wudaokou. Depuis Yanji, je rejoins Baihe (二道白河) par bus, puis l’entrée du parc de la montagne Baekdu en taxi. 

Le récit reprend au sommet de la montagne :

Soudent des cris. L'image d'un lac reposant entre les nuages se dessine. Il se dévoile dans toute son ampleur devant nos yeux. La vision est brève, quelques secondes, avant que les nuages ne reviennent la recouvrir. On prépare la pause et l’appareil photo, prêts à saisir les quelques instants fugitifs où, derrière mon magnifique imper rouge loué pour l’occasion, le bleu foncée de l’eau du lac viendra remplacer le terne blanc des nuages.



Et puis vient un moment où les nuages ne reviennent plus. Le vent aurait-il réussi à vider l’immense cratère de cet amoncellement de nuages qui recouvrait le lac céleste ?

Blotti dans mon imper, je prends alors le temps d’admirer les détails du panorama. Je suis placé à plusieurs centaines de mètres en surplomb du lac, au sommet d’un des versants. Le lac est en fait encerclé d’un unique versant, normal puisqu’il repose au fond d’un gigantesque cratère de volcan. Les pentes abruptes sont pour la plupart recouvertes de pierres et d’éboulis. Aucun chemin ne permet de faire le tour du lac, ni au niveau du rivage, ni sur les crêtes, c’est vraiment trop à-pic.



Soudent je réalise que je viens de poser mon premier regard sur la Corée du Nord. Rien n’indique la position de la frontière, mais on sait que le lac est pour moitié située en Chine, pour moitié en Corée du Nord. En face de moi, dans l’axe du lac, des crêtes légèrement plus basses. Derrière elles on aperçoit des terres qui s’étendent vers le Sud. Plus loin dans cette direction sans doute Pyongyang, et puis Séoul. 

En bas un petit bateau agite les eaux. Il vient d’une petite base d’où s’élance un petit tuyau qui serpente sur les pentes jusqu’aux cimes du volcan. Je demande en quelle zone se trouve cette petite base. En Corée du Nord, me répond-on. Je demande à quoi elle sert. On me demande en retour si je suis un espion…







En tout cas, l’endroit est magnifique. Vraiment magnifique. Un mélange incroyable de couleur entre le bleu du lac, le gris et le vert des pentes, et le blanc du ciel. Il est dommage que les Chinois en ait fait une attraction, un spot à voir, et n’aient pas hésité à modifier tout l’environnement de cette montage mystique, révéré par tout le peuple coréen comme le berceau mythique de leurs ancêtres.


Ainsi l’entrée du « parc » est interdite à tout véhicule privé. Le billet d’entrée est à 100 RMB, un premier bus (baptisé bus écolo) nous monte à mi-chemin pour 68 RMB. Alors que je pensais m’arrêter ici pour passer la nuit dans un dortoir et monter à pied au petit matin pour admirer le lac dans les meilleures conditions, je découvre que les dortoirs ont été remplacé par des chambres hyper luxueuses (à 10 fois le prix), et plus grave encore, que le chemin pour monter à pied à été emporté en parti par une coulée de boue il y a deux ans, et que les chinois ont décidé de l’abandonner dans cet état, profitant de l’occasion pour imposer à tout le monde la montée dans leur mini-van tout terrain. Ça coute 80 RMB jusqu’au sommet, et le chauffeur appuie brutalement sur le champignon avant de donner de violents coups de volants dans les virages pour justifier le prix.

Bref, on est motorisé du pied au sommet de la montagne. C’est pratique pour celles qui montent en talons hauts, mais ce n’est pas l’endroit rêvé pour un amoureux de la montagne.

Nous nous quitterons sur une photo de mamies coréennes multicolores:

lundi 6 septembre 2010

Chinese Life Vision

Joe, un des nos instructeurs durant STeLA Forum était un grand partisan du visionning. Le visionning, c’est l’aptitude de concevoir le résultat vers lequel on veut se diriger. Avec une vision forte, nous créons une tension de vision, et nous tendons naturellement vers cette vision. Le visionning peut s’appliquer à tout, pour des projets à court terme comme à long terme, des projets personnes, comme des projets de groupes. 

Lors d’une séance de visionning durant le forum STeLA, Joe a tenté de nous aider à former notre life vision par des techniques proches de la sophrologie. Il nous a ensuite demander de prendre des pastels et dessiner cette life vision.

Un dessin fut particulièrement frappant. Barbara, jeune étudiante chinoise de l’université de Beida, a dessiné deux personnages au centre du dessin. Ils se tiennent par la main, ils semblent épanouis, et un gros cœur rouge flotte au dessus d’eux. Ce qui se passe derrière les personnages est beaucoup plus intéressant. Derrière le jeune garçon une grande maison, une grosse voiture, et beaucoup d’argent. Derrière la jeune fille le soleil, les vacances, une glace. Un dessin au final tellement révélateur de la life vision de toutes nos jeunes chinoises !



dimanche 5 septembre 2010

De l'Expression à la Créativité Chinoise

Durant le forum STeLA tous les soirs nous nous réunissions en petits groupes pour une heure de réflexion durant laquelle nous partagions nos sentiments sur les activités de la journée pour en tirer des leçons, des conclusions, des directions de progrès.

Un soir, nous avons discuté longuement de la façon d’exprimer une idée lors d’une discussion de groupe. Nous cherchions à résoudre le problème suivant : aucun de nous, Américains, Japonais et Français, ne parvenions à saisir les idées des Chinois lorsque ceux-ci s’exprimaient en public. Pourquoi ? Le problème ne résidait pas dans la qualité de la langue parlée, il est plus facile de comprendre l’idée d’un japonais s’exprimant dans un anglais très pauvre que l’idée d’un chinois s’exprimant dans un anglais excellent. 

La difficulté résidait dans leur façon d’exprimer les idées. Lorsqu’Américains, Français, mais aussi Japonais, annonçons d’emblée notre idée en prenant la parole, avant de l’expliquer et la démontrer à force d’exemples et de raisonnements, le chinois part dans un long discours déstructuré sans conclusion dans lequel l’idée n’est pas exprimée. L’idée directrice est laissée à l’interprétation de l’auditeur.

Au cours de ma conférence à Harbin, j’ai remplacé un de mes camarades du labo pour la présentation de son article. J’ai lu attentivement cet article et je l’ai trouvé clair et plutôt bien écrit. Je comprenais bien les travaux que mon camarade avait effectué, et les résultats qu’il avait obtenu. Un problème majeur persistait cependant : mon camarade n’avait décrit nulle part pourquoi ce travail de recherche avait été effectué, et plus gênant, il ne concluait pas. Malgré mes relances par mail en lui demandant cette conclusion, je crois qu’il n’a pas compris ce que j’attendais de lui et m’a laissé partir à Harbin sans savoir quoi retenir de son travail. 

Je suis convaincu que, au moins dans les domaines de la science et du management, une communication qui laisse à l’interprétation est un frein important. Elle ne permet pas aux différents acteurs de s’orienter sur une même direction. Elle ne permet pas le dialogue. 

Pendant toute la semaine de forum STeLA, j’étais fermement de retour dans le système de communication à l’occidentale. J’exprimais mon point de vue, que ce soit un accord ou un désaccord, et quelque soit le statut de mon interlocuteur. Celui-ci considérait cet avis avec respect (au moins dans le cas d’une bonne communication) quel que soit nos rangs respectifs et sans avoir eu l’impression d’être challengé. Résultat, sa réponse permettait de faire avancer le dialogue. Ce système de communication permettait un grand brassage d’idée. Il permettait aussi un développement des bonnes idées. Et surtout des idées créatives. La créativité est boostée par cette bonne communication de groupe. Un groupe a l’opportunité, à partir du moment où il communique bien, de créer beaucoup plus vite et beaucoup plus loin qu’un individu isolé. A titre d’illustration, toujours au cours de STeLA, notre petit groupe de travail était considéré comme le groupe ou l’on communiquait le mieux. Cela n’était certainement pas étranger au fait que nous ayons ensuite remporté le prix du meilleur projet de groupe.

Avec mon professeur, c’est l’antagonisme d’une bonne communication. Quand j’exprime une idée, il semble toujours la prendre comme une attaque personnelle. Comme si écouter et accepter une idée d’un élève consistait une remise en cause de son statut, et de ses connaissances. Au cours d’une des sessions de la conférence à Harbin, un petit dialogue a débuté entre le chairman de la session (d’origine finlandaise), mon prof et moi-même. Il était remarquable de constater que quand l’un m’écoutait, pour comprendre l’idée que je cherchais à exprimer, le second fronçait les sourcils en cherchant comment il pourrait s’opposer brutalement à ce que je venais de dire. Le résultat d’un tel comportement, c’est que les élèves chinois ne partagent pas avec leurs professeurs. Ils sont isolés, et leur capacité créative est sabotée.

La bonne communication, ouverte à toute idée tant qu’il ne s’agit pas d’attaques personnelles, va souvent à l’encontre des valeurs chinoises du respect et de l’harmonie. Il en résulte un échange bridé (!) et trop partiel des idées, et de là un blocage des idées créatives. Les Japonais, historiquement tout aussi confucéens que les chinois, se sont pourtant bien accommodés d’une bonne communication dans la démarche scientifique. Cela doit donc être accessible aux chinois aussi. Quand ils se mettront à communiquer comme les américains savent le faire, c’est là qu’il faudra avoir peur de l’innovation chinoise !

samedi 4 septembre 2010

Harbin (哈尔滨): Eglise Sainte-Sophie

En parallèle de la conférence, quelques déambulations dans la ville tranquille et agréable de Harbin, architecturalement marquée par sa période de colonisation Russe (En 1921, le tiers de la population de Harbin était russe). Admirez cette magnifique orthodoxe datant du début du siècle:

Eglise Sainte Sophie, Harbin

D'ailleurs si à Pékin, les étrangers sont des américains par défaut, à Harbin, nous sommes des Russes par défaut!

vendredi 3 septembre 2010

Le Nucléaire Harmonieux

Vous vous souvenez peut-être de l’engouement avec lequel j’ai écris mon premier article au cours du mois de juin dernier ? Après l’avoir peaufiné calmement, j’envoyais la version définitive à cette conférence à laquelle je postulais : ISSNP 2010, International Symposium on Symbiotic Nuclear Power 2010 – le titre chinois est plus amusant : 和谐核能, l’énergie nucléaire harmonieuse, une conférence internationale créée par 3 parties du Nord-est asiatique : la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Elle avait eu lieu en Corée l’été dernier, cette année elle se tenait à Harbin du 23 au 25 aout. 

Fin juillet alors que j’étais en France, je recevais la réponse définitive : mon article était accepté, et j’étais appelé à Harbin pour y faire une présentation ! Quelle excitation, mon premier article, ma première conférence ! Je découvrais de plus dans le programme que le professeur Wu, un professeur de l’institut chinois des plasmas qui publie régulièrement des travaux très avancés dans mon domaine, serait aussi présent à la conférence. J’étais excité à l’idée de le rencontrer. 

De retour à Pékin je préparais donc activement ma présentation. En réalité, je passais plus de temps en détails administratifs et dans la préparation de la présentation d’un camarade qui me demandait de le remplacer à cette même conférence. 

Le 22 aout nous étions cinq de l’institut à partir pour Harbin, mon prof compris. La conférence durait 3 jours avec quelques keynotes par des intervenants étrangers (Norvège, Danemark, Japon) et des sessions de présentations d’articles regroupés par thèmes. Les présentations étaient effectués en majorité par des étudiants, dont les 2/3 étaient originaires des universités chinoises. Alors, à quoi peut ressembler la présentation d’un élève chinois ?



L’étudiant chinois fait face à l’assemblée. Assis sur sa chaise et à moitié caché derrière son ordinateur il fixe le tableau sur lequel est projetée sa présentation. Pendant que nous admirons sont profil gauche, il tente péniblement de lire les phrases de son PPT. J’apprécie particulièrement le moment où il saute des lignes sans s’en rendre compte.

Arrive ensuite le temps des questions. Pas de questions. Personne n’a écouté, personne n’a compris de quoi il parlait. Le chairman tente une question en anglais. L’étudiant chinois ne comprend pas et prend un air paniqué. Au suivant. 

Mais pourquoi de si mauvais aptitudes à la présentation en public ? L’inaptitude à s’exprimer en anglais est certes un facteur important. Mais cela ne change pas tout. La description d’un meeting au labo ressemblerait beaucoup à la présentation précédente, au débit de paroles pres. En fait, s’ils sont nuls dans cet exercice, c’est qu’on ne leur a jamais appris. Avant la conférence j’ai moi-même demandé à mon professeur ses précieux conseils pour préparer ma présentation. Il m’a répondu trois phrases imprécises sur l’organisation du PPT, puis a pris un air sombre devant ma mine insatisfaite. J’ai malgré tout posé d’autres questions, plus précises, sur le contenu à mettre en valeur, sur le type d’auditoire auquel je devais m’adresser. Il n’a pas eu l’air de trop comprendre là où je voulais en venir. 

Retournons à la conférence. Des étudiants se sont régulièrement adressés à mon professeur pour faire des éloges à mon égard. Je fus étonné des réponses de ce dernier, allant systématiquement à l’encontre de ces éloges :

- Votre élève parle très bien chinois !
- Bof, comme ci comme ça
- Mais si, il parle vraiment bien !
- Mouais, enfin, tout au plus un peu mieux qu’attendu.

- C’est bien votre élève ?
- Il semblerait que oui
- Il s’exprime vraiment bien en Anglais !
-Oh, vous savez, l’anglais c’est du français avec une prononciation un peu différente.

Et tout le long comme ça. J’ai pensé à trois interprétations : 1) Il le prend comme un compliment personnel et montre donc de la modestie, 2) Il a l’impression que ça lui fait de l’ombre alors il essaie de minimiser le truc, 3) Il m’aime pas.

Revenons à nos moutons. Pour ma présentation, j’ai tenté de faire tout l’inverse des étudiants chinois. Debout, pas mal de gestuelle, un PPT attrayant. Cependant, personne n’écoutait… En fait on m’avait déplacé de mon groupe Integrated aspects with new energy system pour me mettre dans le groupe Fluid Flow Analysis and Plant Simulator. Il faut dire que tous les autres participants de mon groupe qui passaient durant la même session que moi avaient tous annulé, et je m’étais retrouvé seul avec le Chairman ! On avait donc choisi de déménager. Mais le résultat fut pire, car s’adresser à une assemblée qui n’a rien à faire de ta présentation, c’est un peu difficile. Il faut dire que la méca flotte et la neutronique en réacteur (ultra) nouvelle génération, ça ne se recoupe pas beaucoup. 

Néanmoins une personne m’écoutait: mon chairman qui avait déménagé avec moi,. Il m’écoutait même attentivement. C’était un professeur japonais en provenance de l’université de Kyoto. S’il était intéressé par ma présentation, c’est qu’à Kyoto, ils font des expériences sur l’ADS et les réactions de fusion DT. Ça se rapprochait donc beaucoup de mon sujet, et mes conclusions pouvaient l’intéresser. A la fin de la présentation, j’ai pu aller discuter plus longuement avec lui, et ces quelques minutes de conversation furent le bref et intense moment utile de cette conférence ! Il me conseilla une référence particulière, et remit en cause le choix « stratégique » que m’avait fait prendre mon prof et sur lequel je me cassais la tête depuis quelques mois...

jeudi 2 septembre 2010

Pékin, du 14 au 21 aout: STeLA Forum 2010

STeLA Forum, c’était une cinquantaine d’étudiants venus des plus grandes universités scientifiques des États-Unis, de France, du Japon et de la Chine, rassemblés à Pékin pour une semaine d’activités, de partage, d’apprentissage, et de réflexions autour de 3 thèmes intiment corrélés : Science et Technologie, Leadership, et Coopération Internationale. 

J’ai participé à STeLA Forum en tant que membre de la délégation française. Ce fut une expérience passionnante, extrêmement enrichissante, et ce particulièrement en terme de relations humaines.

Tout ceci aurait été impossible sans deux facteurs décisifs :
  • L’organisation était excellente. On sentait une maturité et une grande maitrise dans la gestion des activités. De la part d’une organisation prônant l’exercice du leadership, c’était à espérer, et ils n’ont pas failli ! Ils ont même excellé en la matière.
  • Les participants étaient tout aussi excellents. Et cela était sans doute le résultat de critères de sélection judicieusement choisis. On nous demandait de répondre aux deux questions suivantes : « Choose one current global issue in which science and technology play a role, and discuss how you think leaders from the scientific community should effectively adress the issue », et « What do you think your experience with STeLA Forum 2010 would bring to you regarding leadership and would benefit your future carreer ? ». Si la première question permettait de juger de l’aptitude du candidat à voir les enjeux en terme de problème de société de la science et des technologies, la seconde question fut décisive et permit de sélectionner les candidats qui aborderaient le forum avec l'attitude la plus positive et des objectifs personnels ambitieux.
La formation à proprement dite était assurée par les membres du staff les plus expérimentés, faisant leurs doctorats aux États-Unis, et ayant une maitrise impressionnante des challenges, techniques et modèles du leadership. 

Durant la première partie du forum, nous étions rassemblés sur le campus de la Peking University (北大), et les différentes activités étaient organisées autour de cinq pôles.
  • Activités pratiques permettant d’introduire ou illustrer des comportements individuels, comportements de groupe, techniques de leadership, etc.
  • Activités plus théoriques où l’on analysait les situations pratiques pour en déduire des modèles de leadership, de communication, de réflexion, etc.
  • Séances en petits groupes de réflexions indispensables à une bonne assimilation des notions. Aussi un entrainement à ce qu’on appelle la « facilitation », l’aptitude qui permet de stimuler le dialogue dans un groupe.
  • Petites présentations par les membres du staff sur la problématique du transfert de technologie, appliqués aux domaines de l’agriculture, et de l’énergie.
  • Des conférences faites par des représentants industriels et académiques, toujours sur le thème du transfert de technologie, et de la coopération internationale.
Si les conférences formelles, pour la plupart effectuées par des représentants chinois, m’ont paru d’un ininntérêt prononcé, les activités des quatre autres pôles se sont révélées passionnantes.

Durant la seconde partie du forum, nous avons déménagé pour le BIT, Beijing Institute of Technology. Le département de photo-électronique du BIT avait accepté de s’associer à l’organisation de STeLA Forum, et mettait de nombreux moyens techniques à notre disposition. Au BIT, nous devions réaliser notre projet de groupe. Un projet étalé sur quatre jours par petits groupes de six participants, où nous devions mettre en application nos compétences nouvellement développées au cours de la première partie du forum. L’enjeu était de construire un système de multiplication de la puissance d’un panneau solaire afin de répondre à un problème auquel la Chine fait face aujourd’hui. Nous étions jugés sur l’efficacité de notre collecteur solaire, le caractère innovateur de notre invention, l’importance du problème qu’il permettait de résoudre, et enfin, la capacité de notre invention à résoudre ce problème. Là où l’organisation s’est révélée magique, c’est que la totalité des notions relativement théoriques développées au cours de la première partie du forum ont toujours trouvé une illustration ou une application pratique au cours de ce projet de groupe.

Après cette description globale de STeLA, il est intéressant de se demander ce que j’ai moi-même retiré de ce forum.

Avant tout, j’ai associé quelque chose au terme de leader. La notion de leader était toujours restée une notion assez floue dans mon esprit. Je me souviens avoir été extrêmement maladroit le premier jour du forum en essayant de répondre à la question : « Parlez-nous d’une situation où vous avez été amené à vous comporter en leader. » Aujourd’hui je suis capable de définir ce que j’entends par leader, d’affirmer quelles sont mes compétences en terme de leadership, et de les illustrer à forces d’exemples convaincants. Alors que j’entre dans ma période de « job hunting », je pense que cela m’aidera beaucoup au cours de mes entretiens. 

J’ai appris à distinguer le leadership, la dominance, et la proposition d’idée. Le leadership rassemble diverses capacités permettant de faire avancer un projet de groupe. La dominance est un trait de caractère qui peut orienter vers une certaine pratique du leadership. Dominance et leadership ne sont ni synonymes, ni incompatibles. Enfin leadership et proposition d’idée font un dans le cas d’une dictature, mais pas dans le cas d’une situation de bon leadership !

La confrontation et le travail en groupe avec des étudiants venus des US, du Japon et de la Chine fut aussi très instructive. Les façons de travailler, de penser, de s’exprimer sont très différentes d’un pays à l’autre, et ces différences étaient mises au grand jour au cours du forum STeLA. J’aurais l’occasion d’y revenir dans les articles suivants…



mercredi 1 septembre 2010

C'est la rentrée pour Matapékin !

Matapekin rentre aujourd'hui de 6 longues semaines de vacances. Tel un bon parisien, on n’a pas entendu parler de lui du 15 juillet au 31 aout.

Mais d'ailleurs, que fait un parisien quand il rentre de vacances? Il raconte ses exploits de l'été. Avec force et détails, et suffisamment de fois pour que tout le monde soit au courant.

Matapekin, tu sais ce qu'il te reste à faire! Mais la tache est ardue. Car durant les 6 semaines de vacances, des expériences passionnantes et qui mériteraient d'être partagées sur ce blog, j'en ai eu des tas.

Par où commencer? Le début? La fin? Le milieu? Le plus émouvant? Le plus amusant? Le plus chaud? Le plus froid? Le plus agité? Le plus calme? Le plus passionnant? Le plus ennuyeux? Ce dont je me souviens le mieux? Ou ce que j'ai déjà oublie?

Commençons plutôt par ce que je n'ai pas fait durant ces 6 semaines.

Je n'ai pas essaye de nouveau métro asiatique. Mon total reste donc à 12/33.

Je ne me suis pas écrasé, et je n'ai pas perdu mes bagages durant mes vols avec Aeroflot. Je n'ai pas non plus vu de jolies hôtesses, seulement des vieilles décrépies habillées de rouge style guerre froide, bof...

Je n'ai pas trouve d'appart durant mes 3 petites semaines a Pékin. Sans doute parce que je suis à la recherche de quelque chose d'impossible, à savoir une colloc avec des chinois où une vie de colloc aurait lieu, avec un salon et une cuisine comme lieu de vie commune. Ça se trouve facilement avec des étrangers, mais les chinois préfèrent souvent s'enfermer dans leur espace personnel, et n'hésitent d'ailleurs pas à transformer le salon en une chambre à louer. Pourtant ce que j'espère trouver, ça existe. J’en veux pour preuve celle dans laquelle Tongheng vivait l'année dernière. J'ai encore donc un peu d'espoir. Maintenant que je suis de retour à pekin, c'est ma tache n°1.

Je n'ai pas commencé Le rêve dans le pavillon rouge (《红楼梦》) bien que Xuemei me l'ait offert. Il faut s'avoir que Le rêve dans le pavillon rouge, c'est un grand classique de la littérature chinoise. Des intrigues incroyables, une série de tableaux et de personnages, et le moyen ultime d'apprendre à conquérir les femmes (dixit Wu Min). Mais c'est aussi un pavé monstrueux écrit tout petit et en langue vernaculaire d'il y a plusieurs siècles. Il faut une heure pour lire chaque page m'a dit Xu Xiangming, qui n'en n'a lu que certains passages. Je suis preneur d'autres avis en la matière avant de m'engager sur ce bouquin!

Bon, c'est bien gentil des "je n'ai pas", mais ça ne fait pas avancer le schmilblick. Alors, qu'est-ce que j'ai fait? 

Tout d'abord, j'ai mangé japonais. Plusieurs fois, et toujours en excellente compagnie.

Il y a 6 semaines Je mangeais japonais a paris avec une bande d'amis. C'était fait maison, sur l'idée originale de pierre thomas, c'était convivial et c'était excellent. Parce que c'était fait avec amour, et en compagnie si rarement retrouvée !

Il y a 4 semaines je mangeais japonais à Isshin (一心) avec Xuemei (雪梅), la prune des neiges, une jeune chinoise originaire de Chongqing, rencontrée un soir de fête nationale (pourtant sans le GU) et qui envahit désormais ma boite SMS alors que je n'ai ni voiture ni maison à lui proposer. C'est bizarre. Xuemei travaille et habite à 798, un quartier artistique pékinois. C'est de l'autre cote de la ville par rapport à Wudaokou, mais une ligne de bus nous relie directement, ça suffit pour parler d'yuanfen (缘分) ;-)

Il y a 1 semaines je mangeais japonais entouré d'amis chinois, coréens, américains, et japonais bien sur. Ces gens ils venaient de Peking University, Harvard, MIT, Tokyo University, Paris Tech, Tsinghua University, etc. Pas n'importe qui dis-donc! Vous devez vous demander comment je choisis mes amis. Non diplômés des plus grandes universités mondiales s'abstenir ;-) En fait nous participions tous à un grand événement ayant lieu à Pékin et réunissant des étudiants de ces grandes universités autour du thème du leadership. Et pour revenir au diner, nos amis japonais furent des hôtes incroyables, assurant tout, de la commande à la distribution des plats, en veillant toujours que chacun soit toujours correctement servi. Encore merci a eux!

Qu’est-ce que j’ai fait d’autre ?

J’ai fini Messieurs Ma, père et fils (《二马》), roman de Lao She (老舍), ce grand écrivain chinois du début du XXème siècle. Ce fut mon second roman chinois en langue originale. Le défi était d’ailleurs plus grand que la lecture du vendeur de sang car la langue dans laquelle est écrite Messieurs Ma, père et fils est un mandarin écrit pas encore tout à fait finalisé, et donc comportant des différences avec du mandarin écrit d’aujourd’hui. Cela a ainsi demandé une durée de lecture relativement longue,  mais ça restait lisible, et j’ai pris un très grand plaisir à la lecture. Non pas parce que je me suis cassé la tête sur tous les caractères de botanique (l’histoire se passe en Angleterre), mais parce que la narration était passionnante. Passionnante car j’y ai trouvé beaucoup de points communs avec ma situation actuelle. Le roman met en effet le père et le fils Ma, arrivant en Angleterre au début du XXème siècle, le premier pour relancer le business de son frère décédé, le second pour y mener des études. L’Angleterre sort de la première guerre mondiale, mais toujours en pleine expansion industrielle. Il en ressort un pays qui évolue très vite, très fort, un pays dont la capitale en permanence bloquée par des embouteillages monstrueux baigne dans un nuage de poussière et de pollution permanent, un pays peuplés de citoyens aux mentalités diverses, des plus conservatrices aux plus ouvertes. Le résultat, c’est qu’à travers les yeux des pères Ma débarquant à Londres, j’ai presque l’impression de voir mon expérience de Pékin…

Quoi d’autres ? Oui ! J’ai aussi été pour la première fois consulter un médecin chinois  traditionnel! Après avoir consulter un médecin chinois exerçant la médecine occidentale, puis un médecin occidental exerçant la médecine occidentale, et constater leurs échecs respectifs, je me suis dit qu’il fallait mieux se tourner vers les médecins locaux exerçant la médecine locale. Je me suis donc rendu dans un petit cabinet de médecine chinoise. Ici, l’ambiance ne ressemble en rien à celle des hôpitaux ou pharmacies chinoises de médecine occidentale. On se retrouve dans un lieu paisible, agréable, joliment décoré. On attend tranquillement que le médecin nous fasse rentrer dans sa petite salle de consultation. Ce dernier commence par prendre le temps d’écouter ce que tu as à dire (l'Écoute est l'une des 4 méthodes de base de diagnostique en médecine chinoise, avec l'Observation visuelle, le questionnement oral, et la palpation du pouls: 望闻问切). Et en ce qui me concernait, le médecin a rapidement été capable de décrire l’ensemble de mes symptômes, précisément, et même ceux dont je n’avais pas eu le temps de parler. Je suis atteint de 湿气 me dit-elle. Mot à mot, c’est le souffle humide. Le dictionnaire me dit 1) Humidité, moiteur (Médecine Chinoise), 2) Eczéma, 3) Pied d’athlète. J’imagine que tout cela est plus ou moins relié, même si je n’y connais pas grand-chose. D’ailleurs il existe pas mal d’autres mots en chinois qui peuvent se traduire par Eczéma, donc je ne sais pas trop. Toujours est-il qu’elle m’explique que c’est la manifestation d’un état de déséquilibre du corps entier, et non seulement d’une petite partie de peau qui serait atteinte d’un petit mal localisé. Elle trouve dans l’état de ma langue et de ma gorge une confirmation de ses dires (mais qu’est-ce qu’elle a ma langue ?! ). Commence alors le temps de la prescription, et c’est clairement le meilleur moment. Elle énumère une très longue liste de divers ingrédients à son assistante qui prend en note. Au moins une vingtaine, peut-être plus. Puis c’est d’après cette liste que les petites mains des autres assistants vont me préparer une vingtaine de petites potions à faire chauffer et boire matin et soir. C’est pas bien bon, mais c’est efficace. Les symptômes s’amenuisent rapidement. Enfin, pour les premiers jours… Car c’est revenu fortement, et malgré la fin de la potion ! Alors bravo pour le diagnostic, mais échec de la médication. Dommage… Xuemei me disait d’ailleurs que la médecine chinoise, c’est quelque chose qui marche sur une longue période, j’aurais peut-être du retourner voir la médecin chinoise pour poursuivre encore quelques jours, quelques semaines… Mais à 400 RMB la semaine, et peu de résultats effectifs, j’ai abandonné.

C’est tout pour aujourd’hui, STeLA et ISSNP dans les prochains épisodes !